Le fil directeur de l'exposé d'André Orléan dans cette conférence est
la question de l'efficience. En théorie de la finance, le problème central est en effet se savoir si les marchés conduisent à une allocation efficace du capital, ce que cherche à montrer la théorie standard de la finance. Cette question est également l'élément clé de compréhension des mécanismes des crises financières récurrentes.
Selon A. Orléan, il existe plusieurs lectures possibles de la crise financière dite des
subprimes. Une première lecture ne remet pas en cause le fonctionnement du marché, toujours considéré comme efficient, mais attribue la crise à des causes exogènes ou à des accidents (un manque de régulation, de transparence, le laxisme des normes de crédit sous-jacentes aux crédits hypothécaires...), ou à une irrationalité collective. L'autre point de vue possible, celui que défend A. Orléan, met en cause le principe concurrentiel lui-même : il n'existerait pas sur les marchés d'actifs financiers de mécanismes de rééquilibrage en cas d'écart de prix. En d'autres termes, ces marchés ne sont pas de même nature que les marchés de biens ordinaires : ils induisent des comportements mimétiques et ont une tendance intrinsèque à l'instabilité sans laquelle le système financier n'aurait pu connaître des dérèglements aussi massifs
[1]. Ainsi, la crise des
subprimes, et les crises financières plus généralement, seraient le résultat logique du jeu de la concurrence financière.
Par ailleurs, la question de l'efficience intervient également à un autre niveau, celui des croyances financières. La constitution de la bulle de crédit de 2004-2007 serait aussi le produit de la "surconfiance" des acteurs de la finance dans l'efficacité d'un marché libéralisé et mondialisé, une surconfiance à l'origine de la multiplication rapide et sans précédent des innovations financières (par exemple les CDS). Cette confiance exagérée dans les nouveaux produits s'est trouvée légitimée conceptuellement par une théorie - la théorie néoclassique de l'efficience des marchés financiers - et idéologiquement par le prestige et la consécration des investisseurs qui s'enrichissaient sur ces marchés. Cette adhésion forte au modèle de base, partagée par les plus hauts responsables de la finance, Alan Greenspan, puis Ben Bernanke
[2], a suscité un "aveuglement conceptuel" et a entretenu ce "faux sentiment de sécurité" qui a beaucoup joué dans le développement de la crise affirme A. Orléan.
Pour justifier cette lecture, A. Orléan propose de confronter les différents paradigmes permettant d'analyser le fonctionnement des marchés financiers
[3] :
- La "finance de marché", qui désigne la théorie néoclassique de l'efficience des marchés.
- La "finance comportementale", qui propose un modèle alternatif à la finance de marché en s'appuyant sur la psychologie cognitive.
- La "finance conventionnaliste", qui est la voie explorée par A. Orléan en économie des conventions et se situe dans une perspective keynésienne.
I. La finance de marché.
II. La finance comportementale.
III. La finance conventionnaliste.Notes :
[1] Comme l'explique A. Orléan, "Sur un marché standard, l'augmentation du prix d'un actif engendre un accroissement de son rendement sous forme de plus-value, ce qui le rend plus attractif auprès des investisseurs. Une fois enclenché, ce processus produit de forts désordres puisque la hausse se nourrissant de la hausse, il s'ensuit une augmentation vertigineuse des prix, ce que l'on appelle une bulle." ("Liquidité et fluidité excessives, à la racine de la crise",
Le Monde, 16/09/09).
[2] Début 2007, A. Greenspan écrivait encore dans son livre
Le temps des turbulences : "Nous avions affaire, non à une bulle, mais à une écume - de nombreuses petites bulles locales qui n'atteignaient jamais une échelle suffisante pour menacer la santé de l'économie" (cité dans A. Orléan,
De l'euphorie à la panique : penser la crise financière, Editions Rue d'Ulm, Coll. CEPREMAP, 2009, p.38).
[3] A. Orléan a exposé ces trois paradigmes dans
"Efficience, finance comportementale et convention : une synthèse théorique", in Boyer R., Dehove M. et D. Plihon,
Les crises financières, Paris, La Documentation Française, Rapport du Conseil d'Analyse Économique, octobre 2004, Compléments A, pp.241-270.
Retour au dossier.