Accueil > Dossiers > Les grands dossiers
Des cadres conceptuels jamais neutres
L'approche et le vocabulaire de la discrimination, en particulier pour les discriminations dites raciales, n'ont été développés en France que depuis peu. Les problèmes qu'ils désignent sont bien sûr beaucoup plus anciens, mais ils étaient soit déniés, soit abordés d'une autre manière et avec d'autres mots. Il convient donc de bien comprendre les significations et les nouvelles perspectives qu'apporte l'approche en terme de discrimination, et de bien comprendre ce qui la relie, mais aussi ce qui la distingue, d'approches plus anciennes comme celles de l'intégration ou des inégalités.Les mots sont importants.
Partant du sujet des discriminations de type racial, il est question ici des principales catégories qui servent à désigner les personnes et qui peuvent être mobilisées dans ce type de discrimination. Mais ce qui est évoqué ci-dessous en termes de stéréotypes arbitraires, de rapports entre les représentations, les sciences et le droit, de pensées du mépris ou de pensées obsessionnelles, pourra souvent être appliqué, corrections faites, à d'autres critères prohibés de discrimination : sexe, handicap, orientation sexuelle...Le refus de la discrimination au coeur des politiques de l'Union Européenne et l'influence des directives européennes sur le droit français
Du fait de la nature même du projet de Communauté européenne, le refus de la discrimination, au moins sur le critère de nationalité, s'est logiquement trouvé au centre du droit communautaire européen. Dès le début, entre les membres de la Communauté européenne créée par le traité de Rome, en 1957, la nationalité des personnes physiques ou morales est par définition un critère interdit de discrimination. Et cela pour des raisons essentiellement économiques.Des discriminations multiformes: focus sur les discriminations dans l'emploi, dans l'accès au logement et à l'école
Le travail, en France, est communément considéré comme la principale condition de ce que l'on appelle l'intégration. Or les discriminations en général, et les discriminations raciales en particulier, y sont fortement présentes. Le domaine du logement, question tout aussi vitale pour les individus, est l'un des autres domaines où s'exprime la discrimination raciale, que ce soit dans le parc public ou dans le secteur privé. Mais, la discrimination n'est pas toujours aisément identifiable, car elle se réalise souvent sur fond de phénomènes de ségrégations qui relèvent moins de la discrimination que de la traduction, dans l'espace urbain, des inégalités sociales. Ensuite, plus spécifiquement du côté du logement social et des politiques locales de l'habitat, l'énoncé des objectifs de mixité sociale impose des sélections qui prennent en compte l'origine ethnique et raciale des ménages (donc des critères illégitimes au regard de la loi). Ce n'est pas la moindre des questions que pose cette notion même, dès qu'on l'interroge. Enfin, présenter la problématique des discriminations raciales dans le système scolaire français reste toujours très sensible puisque, de fait, elle attaque les fondements du modèle républicain d'intégration car l'école française est, dans ses principes, indifférente aux différences et reste dans l'esprit de beaucoup le dernier rempart de la République. Pourtant, sans nier les efforts réalisés depuis vingt ans par le système éducatif et sans remettre en cause le modèle républicain, on remarque depuis quelques années que ce modèle est moins adapté aux réalités d'une société inégalitaire et d'une école qui produit, elle aussi, parfois des inégalités. Depuis 20 ans, l'appartenance à un milieu socio-économique défavorisé est la première, voire la seule explication, donnée à la scolarité difficile des élèves issus de l'immigration. Par contre, il apparaîtrait qu'à condition sociale égale, être issu de l'immigration pourrait être un avantage, du fait d'une plus grande motivation. La reconnaissance officielle de l'existence des discriminations raciales et ethniques par l'Etat en 1998 a modifié le regard porté sur ces analyses trop peu affinées pour en tirer des conclusions évidentes.Quelques outils et démarches spécifiques des politiques antidiscriminatoires