La sociologie du travail autour de Michel Lallement
Publié le :
15 février 2008
Michel Lallement est sociologue et professeur titulaire de la chaire d'Analyse sociologique du travail, de l'emploi et des organisations au Centre National des Arts et Métiers (Cnam). Il dirige également le Laboratoire Interdisciplinaire pour la Sociologie Economique (LISE-CNRS). Il est enfin membre des comités de rédaction de Sociologie du travail et Temporalités. Ses recherches en sociologie du travail ont essentiellement porté sur les relations professionnelles comme l'atteste le Repères[1] récemment réédité qui présente les règles structurant les rapports entre les salariés, les employeurs et l'Etat. L'auteur met en lumière dans cet ouvrage les logiques, variables d'un pays à l'autre, qui ont conduit à la genèse et au conditionnement de quelques modèles types de relations professionnelles distincts par les formes de représentation des intérêts, le niveau de négociation privilégié, les stratégies et identités des acteurs de la négociation sociale. M. Lallement s'attache aussi à décrire le passage progressif d'un «gouvernement de l'emploi», caractéristique des Trente Glorieuses, à une forme de «gouvernance de l'emploi»[2]. Cette notion de gouvernance traduit le souci de rendre compte de la diversité des acteurs qui interviennent dans la conduite d'une politique publique et des modes de coordination de leurs actions. Appliquée à la gestion de l'emploi, elle amène concrètement à souligner la valorisation des politiques d'emploi locales et la place nouvelle occupée par les collectivités territoriales et les petites entreprises. Les gouvernances sont donc plurielles, variant d'un territoire à l'autre mais aussi entre secteur d'activité. L'auteur souligne les enjeux d'une gouvernance de l'emploi par la flexibilité du temps de travail en se demandant comment le contrôle collectif peut garantir «l'équilibre entre les temps de la vie personnelle, de la vie familiale, de la sociabilité au sens large, de l'accès aux services...». Cette réflexion amorce celle engagée dans Temps, travail et modes de vie[3]. Michel Lallement a par ailleurs très tôt intégré une perspective comparative dans ses analyses en particulier avec l'Allemagne dans l'ouvrage précédant, mais aussi avec les grands pays occidentaux ou encore avec l'Algérie[4]. Cette lecture comparée fait ainsi l'objet d'une démarche critique et réflexive que l'auteur mène avec plusieurs chercheurs d'autres disciplines[5] sur les problèmes méthodologiques que posent les comparaisons internationales du fait de l'influence du contexte institutionnel sur l'objet de comparaison («l'effet sociétal»). La «posture de modestie et d'ouverture» que propose Michel Lallement induit de combiner davantage l'analyse relationnelle (pour saisir un objet souvent isolé dans ses relations avec les autres acteurs ou institutions concernés) et la mise en perspective historique (qui permet de mieux rendre compte des trajectoires et éventuelles bifurcations et convergences). Michel Lallement propose aussi une réflexion théorique riche comme celle engagée autour de la notion de capital social[6], de sa définition et de sa mesure mais aussi à travers son Histoire des idées sociologiques[7]. Ses recherches actuelles portent sur la construction de la notion de genre dans la sociologie classique française et allemande, mais aussi sur les stratégies de gestion de l'emploi dans le secteur de l'informatique et les effets de la globalisation sur la mobilité professionnelle. Il s'interroge enfin sur l'ébauche d'un passage d'une logique centrée sur l'identité à une logique de la reconnaissance [8]. En effet, dans un contexte où l'on demande aux salariés de s'investir fortement dans leur travail, leur reconnaissance apparaît indispensable pour les sortir du registre de la souffrance. Nous avons choisi de mettre en avant l'ouvrage de Michel Lallement sur Le travail. Une sociologie contemporaine[9] car il présente une synthèse extrêmement riche et pédagogique de ses travaux à la croisée de l'économie et de la sociologie. Les thèmes abordés sont fondamentaux en particulier pour les cours de Terminale. Nous remercions M. Lallement d'avoir accepté de répondre à nos questions.
L'entretien avec Michel Lallement et la présentation générale de son ouvrage sur le Travail.
Ecouter l'intégralité de l'entretien.
L'entretien question par question.
Question 1: Sur le choix des chapitres : di-vision / individuation / intégration / régulation.
Question 7: L'influence de l'environnement institutionnel sur les conceptions du rapport salarial. Une approche comparée entre la France et l'Allemagne.
Notes : [1]Sociologie des relations professionnelles, Paris, La Découverte, Repères, 2008 (1996). [2]Les gouvernances de l'emploi - Relations professionnelles et marché du travail en France et en Allemagne, Paris, Desclée de Brouwer, 1999 [3]Temps, travail et modes de vie, Paris, PUF, 2003 [4]Relations sociales et PME, co-édition avec Abedou A., Bouyacoub A., Madoui M., Paris, L'Harmattan, Logiques sociales, Cahiers du Griot, 2006. Entrepreneurs et PME. Approches algéro-françaises, co-édition avec Abedou A., Bouyacoub A., Madoui M., Paris, L'Harmattan, Logiques sociales, Cahiers du GRIOT, 2004, 280 pages. [5]Stratégies de la comparaison internationale, co-édition avec Spurk J., Paris, CNRS éditions, CNRS sociologie, 2003. Travail et emploi - Le temps des métamorphoses, Paris, L'Harmattan, Logiques sociales, 1994, 283 pages. [6]Le capital social. Performances, équité, réciprocité (dir), La découverte, 2006 [7]Histoire des idées sociologiques (2 tomes : t.1 : Des origines à M. Weber ; t.2 : De Parsons aux contemporains), Circa, Armand Colin, 2002. [8] Michel Lallement, Guillaume Malochet, « La reconnaissance », Revue Idées, no 149, Septembre 2007. [9]Le travail. Une sociologie contemporaine, Gallimard, 2007.