Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Navigation
Vous êtes ici : Accueil / Actualités / Rapports, études et 4 pages / La démographie de taille à bouleverser le modèle économique allemand? Trésor-Eco. Juillet 2015.

La démographie de taille à bouleverser le modèle économique allemand? Trésor-Eco. Juillet 2015.

Publié le 24/07/2015
Lettre Trésor-Eco n°149, juillet 2015.

Résumé
L'affaiblissement démographique allemand est déjà engagé malgré l'immigration, force stabilisatrice de court terme. En 2013, l'Allemagne comptait une population totale de 81,3 millions de personnes, en diminution de 500000 personnes par rapport à 2003. Elle s'est cependant stabilisée sur la période très récente grâce à la forte hausse de l'immigration, dont la pérennité est incertaine, comme en témoigne l'alternance de périodes de flux nets positifs et négatifs sur le passé. Depuis 2008, l'Allemagne est à nouveau une terre d'accueil, principalement grâce aux flux en provenance des pays d'Europe de l'est, malgré le renforcement des flux en provenance du sud de la zone euro avec la crise. En projection, les estimations tablent sur des soldes migratoires annuels nets oscillant entre +100000 et +250000 personnes, en fonction de l'horizon temporel et des hypothèses, des niveaux qui restent dans tous les cas trop faibles pour enrayer le déclin démographique outre-Rhin.
à long terme, la diminution de la population devrait s'accélérer outre-Rhin où la population totale deviendrait inférieure à celle de la France à partir de 2050. La tendance baissière devrait s'accentuer et la population allemande continuer de vieillir, suivant l'allongement de l'espérance de vie à la naissance et le faible niveau de fécondité. Elle se contracterait de 13,5% d'ici 2060 selon la Commission européenne. Le recul de la population en âge de travailler serait plus important encore, de l'ordre de 30%. En 2050, la population totale allemande s'élèverait à 75 millions de personnes, identique au niveau atteint en France, où la population poursuivrait ensuite sa progression jusqu'à 75,7 millions de personnes contre 65,7 en 2013. Les simulations réalisées font état d'une diminution de la population active d'ici 2060. Le mouvement serait particulièrement prononcé d'ici à 2035, pour ensuite s'atténuer entre 2035 et 2060. Déjà proche du plein emploi, l'économie allemande serait privée d'une partie de sa population active, contraignant l'offre de travail et donc la croissance potentielle, qui, selon les organisations internationales, tomberait à +0,7% autour de 2030, pour remonter à environ +0,9% à horizon 2050-2060, contre +1,5% en 2015.
Le vieillissement de la population s'accompagnerait d'une augmentation des dépenses sociales liées à la retraite, la santé ou la dépendance, jusqu'à 25% du PIB en 2060 contre 18% en 2010. à recettes inchangées, cela pourrait conduire à une importante dégradation du solde public, puis de la dette publique.
Les autorités ont pris des mesures pour faire face au phénomène : relancer la natalité via une politique familiale plus généreuse ou l'élargissement de l'accueil des enfants en bas âge, alléger les restrictions à la libre circulation des travailleurs issus des pays d'Europe centrale et orientale, encourager l'immigration de personnel qualifié, inciter l'insertion des seniors et des femmes sur le marché du travail, etc. L'impact de ces mesures reste néanmoins encore incertain.

A lire également :

"Les positions de l'Allemagne peuvent simplement être expliquées par un comportement "patrimonial" lié au vieillissement", Flash Economie n°590, 21/07/2015.

par Patrick Artus.

Résumé
Les positions récentes de l'Allemagne dans la crise de la zone euro:
- refus de réduire la dette de la Grèce;
- désaccord de la Bundesbank avec le maintien de l'assistance en liquidité aux banques grecques;
- demande de garanties (d'un collatéral) associées à une nouvelle aide à la Grèce;
- exigence d'une hausse importante de l'excédent budgétaire primaire de la Grèce;
- indépendamment de la crise grecque, refus de passer à une politique budgétaire plus expansionniste en Allemagne et de réduire l'excédent extérieur de l'Allemagne;
- utilisation depuis 2008 de l'excès d'épargne de l'Allemagne pour prêter au Reste du Monde et pas à la zone euro;
- désaccord avec la mise en place du Quantitative Easing par la BCE;
- et, de manière plus globale, refus de l'Europe (zone euro) "des transferts" au profit de l'Europe "des règles";
peuvent se comprendre simplement par le comportement "patrimonial" lié au vieillissement de l'opinion allemande et en conséquence des hommes politiques allemands. Dans une société vieillissante, il est d'abord important d'accumuler des actifs et pas des dettes : la réduction de la dette publique, l'augmentation des actifs extérieurs, l'élimination de ce qui pourrait être un coût pour l'Allemagne sont donc considérées comme absolument indispensables. De plus, dans une société vieillissante, il y a rejet des investissements risqués et demande de taux d'intérêt réels élevés, d'où l'hostilité au financement du reste de la zone euro et aux politiques monétaires expansionnistes.
Ce comportement patrimonial lié au vieillissement de l'Allemagne est dangereux pour la stabilité de la zone euro : il y freine la croissance à court terme et à long terme; il fait apparaître un conflit entre l'Allemagne et la BCE; il empêche qu'il y ait avancée vers le fédéralisme, pourtant nécessaire en raison de l'hétérogénéité des pays de la zone euro.