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Le coût économique des discriminations. France Stratégie. Septembre 2016.

Publié le 25/09/2016

Les discriminations sur le marché du travail sont une entorse au principe républicain d'égalité des chances. Elles ont aussi un coût économique qu'un rapport de France Stratégie, publié le 20 septembre 2016, a cherché à évaluer. Les discriminations dans l'emploi entrainent en effet une exclusion du marché du travail d'une partie de la population en âge de travailler (sur-chômage, pertes d'activité), une mauvaise allocation de la main-d'œuvre, un gâchis de qualifications et une désincitation à accumuler du capital humain. Il s'agit donc aussi, dans cette étude, de chiffrer les gains potentiels associés, sur le long terme, à leur élimination, notamment les gains macroéconomiques en termes de création de richesses.

Pour estimer l'ampleur des discriminations, les auteurs du rapport ont retenu une méthode indirecte. Celle-ci a consisté à évaluer, à partir des données de l'enquête Emploi de l'Insee, les écarts "inexpliqués" entre groupes "à risque" (femmes, personnes issues de l'immigration, handicapés, personnes habitant en ZUS) et reste de la population, c'est-à-dire les écarts non justifiés par une variable objective (formation, expérience, origine sociale). Différentes dimensions économiques des discriminations ont alors été examinées : l'inefficacité allocative du moindre accès des femmes et des descendants d'immigrés aux postes les mieux rémunérés, les pertes résultant de leur moindre accès à l'emploi ou à l'activité professionnelle à plein temps, et les coûts de long terme liés aux inégalités d'éducation.

Résultat : le coût des seules inégalités d'accès à l'emploi et aux postes qualifiés s'élèverait à 150 milliards d'euros, les discrimination sur le marché du travail représenteraient, selon les scénarios étudiés, un manque à gagner de l'ordre de 3% à 14% du PIB. Leur réduction serait donc une véritable réserve de croissance.

Auteurs : Gilles Bon-Maury, Catherine Bruneau, Clément Dherbécourt, Adama Diallo, Jean Flamand, Christel Gilles, Alain Trannoy.

Document de présentation qui synthétique les principaux résultats de cette étude.

Lire le rapport complet.

Sommaire complet du rapport :

CHAPITRE 1 : État des lieux des discriminations sur le marché du travail

1. Définir et mesurer les discriminations : Qu'est-ce qu'une discrimination ? - Quelle méthode de mesure ? - Quel domaine d'observation ? - Présentation des groupes étudiés

2. Une mesure des écarts inexpliqués sur le marché du travail : Quelles caractéristiques des groupes étudiés ? - De fortes inégalités d'accès au marché du travail à l'encontre des Français originaires du continent africain - Des pénalités salariales importantes pour les femmes - Évolution des écarts depuis 1990

CHAPITRE 2 : Estimation des gains macroéconomiques liés à une réduction des discriminations

1. Quels gains attendre d'une réduction des discriminations ? Une illustration : La discrimination sur le marché du travail : une source de perte collective - Le gâchis des talents, un coût pour la société et les entreprises

2. Quels gains macroéconomiques attendre d'une réduction des discriminations ? Une estimation : Comment estimer les gains ? - Une estimation des gains macroéconomiques liés à la réduction des écarts inexpliqués sur le marché du travail

 

Pour aller plus loin : 

Faut-il mesurer le coût ou le bénéfice des discriminations au moyen d'un calcul économique ? Cette question est débattue parmi les économistes, les sociologues et les politistes :

• Réjane Sénac, chargée de recherche CNRS au Cevipof-Sciences Po, critique l'approche en termes de calcul coûts/bénéfices des discriminations qui s'intègre selon elle dans un mouvement de marchandisation de l'égalité et tend à dépolitiser et à déjudiciariser la lutte contre les discriminations.

Réjane Sénac, "L'égalité n'a pas à être «performante»", Observatoire des inégalités, 29/01/2016. Voir également cette interview dans Libération au lendemain de la sortie du rapport de France Stratégie.

Réjane Sénac, L'égalité sous conditions. Genre, parité, diversité, Presses de Sciences Po, 2015. Compte rendu dans Lectures.

• L'économiste Hélène Périvier, chercheuse à l'OFCE et initiatrice, avec Françoise Milewski, du programme PRESAGE (Programme de Recherche et d'Enseignement des Savoirs sur le Genre) de Sciences Po, estime que l'égalité professionnelle est avant tout un principe de justice (voir par exemple cette interview "Il ne faut pas avoir peur de dire que l'égalité femmes/hommes est avant tout un principe de justice", 13/01/2013). Nul besoin donc de justifications économiques pour la promouvoir. De plus, celles-ci peuvent avoir des effets pervers en renforçant les stéréotypes sexistes ou autres. Des propos réitérés dans un article de Marc Chevalier sur AlterEcoPlus en septembre 2016. A noter qu'Hélène Périvier a co-dirigé deux numéros spéciaux de la Revue de l'OFCE : "European labour markets in times of crisis. A gender perspective" (n°133, 2014/2), "Les discriminations entre les femmes et les hommes" (n°114, 2010/3).

• Jean Gadrey a également apporté sa contribution à ce débat : "L'égalité peut aussi être justifiée par d’autres arguments que la seule égalité" (Observatoire des inégalités, 8 mars 2016) ; "S'intéresser aux coûts économiques des inégalités : un piège politique et éthique ?" (Blog Alternatives Économiques, 26/09/2016).

• Des exemples de travaux économiques récents réalisés à l'OCDE ou au NBER qui évaluent l'impact des discriminations fondées sur le sexe ou la couleur de peau sur la croissance économique : "The Allocation of Talent and U.S. Economic Growth" (janvier 2013), "Does gender discrimination in social institutions matter for long-term growth ?" (mars 2016).

Une présentation des théories économiques de la discrimination et de leurs développements : Havet N., Sofer C., "Les nouvelles théories économiques de la discrimination", Travail, genre et sociétés, n°7, 2002.