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L'élévation du niveau d'éducation et du statut social des femmes n'est plus un frein à leur mise en couple. OFCE. Février 2019.

Publié le 23/02/2019

«Dans la dernière livraison de sa revue (Revue de l'OFCE, VARIA, n°160-2018), l'OFCE présente une étude de Milan Bouchet-Valat qui soulève deux paradoxes liés à l'augmentation du niveau d'éducation des femmes :

Le premier est que la disparition des différences entre hommes et femmes en termes de célibat et d'hypergamie relative selon la classe sociale [1] s'est réalisée sans que les inégalités de genre en termes de carrières professionnelles ne se soient résorbées. Le marché conjugal semble de ce point de vue nettement en avance sur le marché du travail.

Le second paradoxe tient à ce que la diminution des inégalités de genre s'est accompagnée d'un renforcement des inégalités de classe du point de vue du célibat. Si vivre en couple était déjà plus fréquent pour les hommes occupant une position sociale élevée dans les années 1960, c'est bien l'inverse qui était vrai chez les femmes. Or, l'augmentation du taux de célibat a frappé d'abord les femmes et les hommes les moins socialement favorisés, mettant fin à ce qu'on peut considérer comme une anomalie dans le système des inégalités sociales. Désormais, les individus des deux sexes disposant de moins de ressources culturelles et économiques sont aussi ceux qui mettent le moins en commun ces ressources au sein d'un couple.» (Blog de l'OFCE, 18 février 2019)

L'étude repose sur l'exploitation de 47 enquêtes Emploi annuelles menées par l'Insee de 1969 à 2016. Trois dimensions de la stratification sociale sont étudiées : le diplôme, la classe sociale (classification EGP) et la classe sociale d'origine. L'échantillon observé est limité aux couples cohabitants âgés de 30 à 59 ans.

"Hypergamie et célibat selon le statut social en France depuis 1969 : une convergence entre femmes et hommes ?", Revue de l'OFCE, n°160-2018.

par Milan Bouchet-Valat (sociologue, chargé de recherche à l'Ined).

Résumé

À la suite de l'augmentation du niveau d'éducation des femmes, les couples dans lesquels la femme est plus diplômée que son conjoint sont désormais majoritaires en France : l'hypergamie féminine s'est inversée. Cet article actualise ce résultat à partir des enquêtes Emploi de l'Insee, et met en évidence une tendance similaire quoique de moindre ampleur sur le plan professionnel : la proportion de femmes appartenant à une classe sociale (classification EGP) plus élevée que leur conjoint est passée de 13% en 1969 à 23% en 2016. Ces tendances sont allées au-delà de ce que l'évolution de la structure de la population impliquait (hypergamie relative). En revanche, on ne relève aucune hypergamie en termes d'origine sociale. La théorie classique liant l'hypergamie à une distribution asymétrique du célibat selon le sexe est pleinement confirmée. Ainsi, si le célibat augmentait à mesure que le diplôme, la classe sociale et l'origine sociale s'élevaient chez les femmes en début de période, cette échelle s'est inversée pour les deux premières dimensions et a disparu pour la dernière. La distribution du célibat des femmes s'est globalement rapprochée de celle des hommes.

Homogamie, hypergamie, hypergamie relative : de quoi s'agit-il ?

Sommaire détaillé

1. L'hypergamie et le célibat dans la littérature

1.1. La signification sociologique de l'hypergamie
1.2. L'évolution de l'hypergamie et du célibat dans la littérature

2. Données et méthode

2.1. Source et champ
2.2. Variables
2.3. La définition de l'hypergamie : hiérarchiser les classes sociales

3. L'évolution de l'hypergamie : entre affaiblissement et inversion

3.1. L'inversion de l'hypergamie de diplôme
3.2. Le développement de l'hypogamie féminine de classe sociale
3.3. L'absence d'hypergamie selon la classe sociale d'origine : les couples dans lesquels la femme est d'une origine supérieure à celle de son conjoint sont aussi fréquents que ceux dans lesquels l'homme a une origine sociale supérieure

4. La distribution du célibat des femmes a convergé vers celle des hommes

4.1. Une convergence des taux de célibat par diplôme des femmes vers ceux des hommes
4.2. Une atténuation des différences genrées de célibat selon la classe sociale
4.3. Une atténuation des différences selon la classe sociale d'origine chez les femmes

5. Une synthèse de l'hypergamie et du célibat : le modèle d'association anti-symétrique

5.1. L'inversion des asymétries selon le diplôme
5.2. La disparition des asymétries selon la classe sociale
5.3. La fin des faibles asymétries selon la classe sociale d'origine

6. Conclusion

Évolution des taux d'homogamie, d'hypergamie et d'hypogamie observés et attendus en situation d'appariement aléatoire

L'inversion de l'hypergamie de diplôme : la proportion de couples dans lesquels la femme est la plus diplômée est désormais supérieure à la proportion de couples dans lesquels l'homme est le plus diplômé (37% contre 25% des couples).

Le développement de l'hypogamie féminine de classe sociale : les couples à hypergamie féminine demeurent majoritaires en termes de classe sociale (40% des couples), mais la part des couples dans lesquels la femme a un statut professionnel supérieur à celui de son conjoint (23%) progresse régulièrement depuis les années 1990.

L'absence d'hypergamie selon la classe sociale d'origine : les couples dans lesquels la femme est d'une origine supérieure à celle de son conjoint sont aussi fréquents que ceux dans lesquels l'homme a une origine sociale supérieure.

Source : Revue de l'OFCE, n°160-2018

 

Pour aller plus loin :

Milan Bouchet-Valat, "Plus diplômées, moins célibataires. L'inversion de l'hypergamie de diplôme au fil des cohortes en France", Population, vol. 70, n° 4, 2015.

Milan Bouchet-Vallat, L'évolution du taux d'endogamie de classe sociale en France, SES-ENS, mai 2016.

Note :

[1] L'hypergamie relative selon la classe sociale correspond à la surreprésentation des couples au sein desquels la position sociale de la femme est inférieure à celle de son conjoint. «Dans le modèle classique de l'hypergamie, les hommes aux positions sociales les moins élevées et les femmes aux positions sociales les plus élevées sont les groupes les plus frappés par le célibat, du fait de leur situation défavorable sur le marché conjugal. (...) ce modèle a été largement remis en cause par une convergence de la distribution sociale du célibat parmi les femmes vers celle qui prévalait parmi les hommes» (M. Bouchet-Valat).