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Les gagnants et les perdants de la mondialisation. Banque de France. Novembre 2017.

Publié le 16/11/2017
La délocalisation profite aux travailleurs qualifiés et nuit aux travailleurs moins qualifiés

Cette publication de la Banque de France confirme que les bénéfices de la mondialisation sont inégalement répartis entre les salariés des économies développées comme la France. Dans l'industrie manufacturière, les entreprises cherchent à réorganiser leurs processus productifs afin de tirer profit de la mondialisation par des gains en efficacité. Selon cette étude, celles qui abandonnent les productions de biens intermédiaires intensives en main-d'œuvre peu qualifiée, pour importer ces biens à moindre coût des pays à bas salaires, tendent à modifier la composition de leur main-d'œuvre en employant des salariés relativement plus qualifiés. Il s'ensuit une hausse de la demande de travail qualifié et une baisse de la demande de travail peu qualifié, et en conséquence une hausse des salaires relatifs des salariés qualifiés. Les délocalisations et le commerce international apparaissent donc comme un facteur de hausse de l'intensité en main-d'œuvre qualifiée dans l'industrie manufacturière des pays riches, s'ajoutant à l'effet du progrès technique.

Cette étude montre aussi comment le modèle Heckscher-Ohlin, qui relie les avantages comparatifs aux dotations factorielles des pays (ici les dotations en main-d'œuvre qualifiée/non qualifiée), peut être prolongé et réinterprété à une échelle plus microéconomique, en tenant compte de l'hétérogénéité des firmes à l'intérieur de l'industrie, pour comprendre l'impact de la mondialisation sur la structure de l'emploi dans les pays riches [voir l'extrait ci-dessous, utilisable en classe de terminale, Thème 2.1 "Quels sont les fondements du commerce international et de l'internationalisation de la production ?"].

Rue de la Banque n°51, 15 novembre 2017.

par J. Carluccio, A. Cunat, H. Fadinger et C. Fons-Rosen.

Résumé

Les économistes s'accordent sur le fait que le commerce engendre des gains en termes de bien-être car il entraîne une utilisation plus efficace des ressources, accroissant ainsi la productivité et le revenu national. Ils partagent également l'opinion selon laquelle ces bénéfices sont inégalement répartis entre les différents membres de la société, créant ainsi des gagnants et des perdants de la mondialisation.

Ce Rue de la Banque propose une approche nouvelle de la relation existant entre délocalisation et demande de qualification dans l'industrie manufacturière française, en s'appuyant sur les travaux de Carluccio, Cunat, Fadinger et Fons-Rosen (2015). Il démontre que la délocalisation vers des pays à bas salaires a largement déterminé la situation des travailleurs peu qualifiés sur le marché du travail en France au cours de la période allant de 1995 à 2007. Les résultats confirment la vision largement répandue selon laquelle le commerce international engendre des gains de productivité, en permettant notamment d'obtenir des biens intermédiaires moins chers, ces gains n'étant toutefois pas répartis de façon égale entre les différents acteurs économiques. Pour tirer le meilleur parti de la mondialisation, il est par conséquent nécessaire de mettre en œuvre des politiques publiques, en matière notamment de formation professionnelle, afin d'accompagner la transition vers des emplois plus qualifiés.

Sommaire

  • Le progrès technique et la mondialisation favorisent la demande de qualification
  • Des données récentes nous permettent de reconsidérer le rôle du commerce international
  • Les délocalisations profitent davantage aux travailleurs qualifiés

Encadré : Définition de la délocalisation

Graphique évolution part des importations provenant des pays dotés d’une abondante main-d'œuvre non qualifiée dans le total des importations manufacturières

Source : Banque de France, Rue de la Banque n°51, novembre 2017

Extrait : Le commerce et la demande de qualification sont liés

« [A]u sein de l'économie mondiale, les pays se spécialisent en fonction de leur avantage comparatif, c'est-à-dire les biens qu'ils peuvent produire aux coûts les plus faibles. Les pays dotés d'une abondante main-d'œuvre non qualifiée, comme la Chine, se spécialisent dans la production et l'exportation de biens à forte intensité en main-d'œuvre non qualifiée. Les pays dotés d'une abondante main-d'œuvre qualifiée, comme les États-Unis ou la France, se spécialisent dans la production de biens à relativement forte intensité en main-d'œuvre qualifiée. Dans l'économie mondialisée, les entreprises ont la possibilité de transférer des parties du processus de production vers différents endroits, en tirant parti des différences de coûts entre les pays, en important des biens intermédiaires des endroits les moins chers du monde. Les entreprises qui importent des biens à forte intensité de main-d'œuvre non qualifiée choisissent de le faire en provenance de pays dotés de cette main-d'œuvre tout en arrêtant de produire elles-mêmes ces biens. En abandonnant cette production, les entreprises se concentrent sur les parties les plus qualifiées du processus de production et emploient donc des salariés plus qualifiés. De la même façon, les entreprises qui importent de pays dotés d'une abondante main-d'œuvre qualifiée tendent à importer des biens dont la production nécessite des salariés relativement qualifiés. Le fait d'importer ces biens implique qu'ils ne sont plus fabriqués en interne. Par conséquent, les entreprises qui importent de pays dotés d'une abondante main-d'œuvre qualifiée réorganisent leurs processus de production pour employer des salariés moins qualifiés. » [J. Carluccio, A. Cunat, H. Fadinger et C. Fons-Rosen, "Les gagnants et les perdants de la mondialisation", Banque de France, Rue de la Banque n°51, novembre 2017, consulté le 16/11/2017].