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Les illusions de la fracture générationnelle. CEVIPOF. Mai 2022.

Publié le 15/06/2022

Note de recherche « Enquête électorale 2022 » / vague 10, Sciences Po CEVIPOF, mai 2022.

par Luc Rouban (directeur de recherche CNRS).

Résumé

L'élection présidentielle de 2022 a été marquée par une abstention record au premier tour (26,3 %) comme au second (28 %). Les résultats donnent l'image d'un paysage politique coupé en deux blocs, l'un représenté par Emmanuel Macron, qui viendrait défendre et illustrer la démocratie représentative comme la confiance dans les institutions, et l'autre représenté autant par Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, qui viendrait illustrer à la fois une vision critique de la démocratie et une forte défiance à l'égard des institutions. Cette opposition a souvent été présentée par les commentateurs comme l'effet mécanique d'une fracture générationnelle qui opposerait d'un côté des jeunes peu fortunés et soucieux de l'avenir à des vieux dotés de patrimoines importants et soucieux de préserver le système sociopolitique en l'état. Autrement dit, la fracture générationnelle viendrait renforcer un conflit de classe s'alimentant tout autant à des ressources économiques qu'à des registres culturels différents. Autant les jeunes générations, marquées par la crise environnementale et l'héritage qu'elles doivent aux « boomers » nés entre 1946 et la moitié des années 1960, seraient orientées vers l'écologie mais également le rejet de principe du « système » et donc le vote en faveur de la gauche radicale, autant les seniors seraient prisonniers d'une citoyenneté à l'ancienne où le vote est un devoir et une obligation morale et choisiraient en priorité Emmanuel Macron, gardien de leurs intérêts.

La question se pose donc de savoir si l'appartenance à une génération marquée par les mêmes évolutions est plus importante pour comprendre le vote que les caractéristiques qui définissent chaque génération comme le niveau de diplôme, la catégorie sociale, le rapport au travail, la religion, le niveau de libéralisme culturel. Pour le dire autrement, existe-t-il une mise en symbiose générationnelle qui viendrait subsumer les effets de ses différentes dimensions ?

Pour répondre à cette question, on s'appuie ici sur la vague 10 de l'enquête électorale française 2022 CEVIPOF / Fondation Jean-Jaurès / Le Monde / Ipsos, menée du 15 au 18 avril 2022 auprès de 12 706 enquêtés, et sur le panel électoral du CEVIPOF dans sa vague post-législatives, menée du 20 au 28 juin 2002 auprès de 1 417 enquêtés.

Sommaire

  • Les générations et le choix électoral au premier tour de l'élection présidentielle
  • Des générations socialement hétérogènes
  • Le rapport au travail et l'importance du déclassement
  • Une distribution des valeurs économiques et culturelles contrastée
  • Les valeurs culturelles jouent davantage que la génération sur le vote
  • Les effets du vieillissement : comment les boomers et la génération X ont changé en vingt ans
  • Pas de passe-partout pour la sociologie électorale
  • Annexe : Définition des catégories socioprofessionnelles

Cliquez sur les images pour agrandir les figures.

Graphique : La distribution du vote au premier tour de l'élection présidentielle de 2022 en fonction de la génération (%)

Tableau : La part des catégories socioprofessionnelles dans chaque génération (%)

Graphique : La répartition des valeurs économiques et culturelles par génération (% de la partie haute de l'indice)

Source : Sciences Po CEVIPOF, mai 2022.