Jeunesse d'hier et d'aujourd'hui : le grand déclassement ? France Stratégie. Octobre 2025.
Note Flash n° 4, octobre 2025.
Par Antoine Bristielle, Anne Bucher et Pierre-Yves Cusset.
Résumé
En 2024, trois Français sur quatre estiment que « c'était mieux avant ». Cette nostalgie ne touche pas que les personnes âgées : deux jeunes de moins de 35 ans sur trois partagent ce diagnostic. Mais est-ce bien le cas ? Dans la France d'aujourd'hui, un jeune de 30 ans vit-il moins bien qu'un jeune de 30 ans au milieu des années 1970 ? Pour objectiver la situation des jeunes, à cinquante ans d'intervalle, cette note propose une compilation de données couvrant les grands domaines du niveau et de la qualité de vie : diplômes, emploi, revenus et prélèvements, patrimoine et logement, conditions de travail, famille et temps libre. Qu'en ressort-il ?
Aujourd'hui, les moins de 30 ans ne représentent plus qu'un tiers des Français, contre un Français sur deux en 1975 (soit près de 2 millions de moins). Les jeunes sont, bien plus souvent que par le passé, des diplômés du supérieur : un sur deux contre un sur cinq au milieu des années 1970. Mais l'insertion professionnelle est devenue plus difficile et la précarité de l'emploi (CDD, intérim, etc.) s'est développée, surtout en début de carrière. Quant au diplôme, son rendement s'est érodé à mesure qu'il devenait moins rare : l'évolution de la structure des emplois n'a pas suivi celle des qualifications.
Les jeunes de 2025 ont en moyenne des revenus supérieurs à ceux de 1975, même en tenant compte de l'inflation. Mais la hausse des salaires entre les deux dates, très inférieure à celle du PIB par habitant, est aussi inférieure à celle qu'ont connue les salariés plus âgés. La position relative des jeunes, dans l'échelle des salaires, s'est donc dégradée. Entre 1975 et 2025, la part des seniors a augmenté et donc, aussi, le poids du financement de la santé et des retraites. Mais contrairement à ce que l'on pourrait imaginer, la protection sociale n'est pas plus généreuse aujourd'hui qu'hier avec les plus âgés. Les plus de 60 ans concentrent de nos jours, beaucoup plus que par le passé, une grande part du patrimoine, notamment immobilier, alors que l'accès au logement et à la propriété est devenu beaucoup plus difficile pour les jeunes.
Du côté des conditions de vie, certains progrès sont difficiles à ignorer : réduction du temps de travail, augmentation du temps libre, accès à de nouveaux biens et services, nouveaux droits, notamment pour les femmes ou les minorités sexuelles. Mais dans le même temps ou en contrepartie, les trajectoires familiales et conjugales sont devenues moins linéaires, les situations de monoparentalité se sont développées, l'autonomisation à l'égard des parents est devenue plus tardive. Tout se passe comme si une forme de fragilité avait contaminé toutes les sphères, de la plus proche à la plus extérieure, de l'intime à l'état du monde et de l'environnement. La jeunesse n'est plus insouciante.
Sommaire
- Diplômes, revenus, patrimoines : une jeunesse déclassée ?
- 1975-2025 : une transformation des conditions de vie de la jeunesse.
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Niveau de diplôme selon l'année de naissance, de 1935 à 1989.
Évolution du patrimoine net médian en fonction des catégories d’âge (base 100 pour les individus de 50 à 59 ans).
Source : France Stratégie, Note Flash n° 4, octobre 2025.
Pour aller plus loin
Maurin E. (2013), « Classes moyennes et déclassement » (conférence), SES-ENS.
Mettetal B. (2020), « Massification et démocratisation de l'accès à l'école et à l'enseignement supérieur », SES-ENS.



