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Que deviennent les jeunes des quartiers prioritaires de la ville après leur bac ? Céreq. Juin 2020.

Publié le 15/06/2020

Les parcours d'études et d'insertion professionnelle des jeunes lycéens des quartiers prioritaires de la ville (QPV) sont marqués par leurs appartenances sociales. Ces jeunes sont en effet massivement issus de milieux familiaux immigrés (c'est le cas de la moitié d'entre eux) ou populaires (plus de la moitié bénéficie d'une bourse sur critères sociaux). Ils sont aussi plus souvent scolarisés dans des lycées « défavorisés » avec une faible mixité sociale. Aux effets de cet environnement social s'ajoute un « effet quartier » qui peut jouer à court terme, pour la poursuite d'études des lycéens, et à plus long terme, pour la réussite dans les études supérieures et l'insertion sur le marché du travail.

Des chercheurs du Céreq et de l'Agence nationale de la cohésion des territoires ont étudié cet effet quartier sur les trajectoires de formation et d'emploi des jeunes sortis du système éducatif en 2013, à partir de l'enquête « Génération 2013 ». Ils observent tout d'abord que 29 % des jeunes qui résidaient en QPV sont sortis de formation initiale en 2013 sans diplôme, soit plus du double de ceux résidant dans un autre quartier des unités urbaines englobantes (AQUUE). Ils constatent par ailleurs une surreprésentation des bacheliers professionnels et une sous-représentation bacheliers généraux parmi ceux qui sont titulaires du bac.

Il ressort ensuite qu'à caractéristiques identiques, « le fait de résider en QPV au moment du bac réduit significativement les chances d'atteindre un niveau de diplôme supérieur à bac +2 ». Ainsi, 34 % des jeunes bacheliers de QPV engagés dans les études supérieures n'y obtiennent aucun diplôme, contre 20 % des jeunes des AQUUE. « L'écart de taux d'échec dans le supérieur entre ces deux populations est particulièrement fort à l'université (45 % contre 29 %) », où beaucoup de titulaires d'un bac pro ou technologique, n'ayant pas été retenus pour poursuivre une filière sélective (STS notamment), intègrent ce cursus pour lequel ils ont été peu préparés.

Enfin, du fait que « les jeunes qui résidaient en QPV au moment de leur bac se sont, en moyenne, moins souvent engagés dans l'enseignement supérieur, pour des scolarités plus courtes et moins prestigieuses », leurs conditions d'insertion sur le marché du travail ont été plus difficiles : ils accèdent moins souvent à l'emploi (37 % n'ont pas d'emploi trois ans après leur sortie de formation initiale) et occupent des emplois globalement moins qualifiés (45 % sont employés ou ouvriers).

D'importantes inégalités scolaires subsistent donc malgré « plusieurs décennies d'éducation prioritaire et d'accompagnement éducatif visant les jeunes de milieux sociaux défavorisés ». « Décrocher son bac, poursuivre et réussir ses études supérieures relèvent en effet de la gageure pour les résidents de QPV à la fin du lycée », concluent les auteurs de l'étude, qui soulignent le cas particulièrement problématique des bacheliers professionnels de QPV dont l'échec massif dans le supérieur (73 %) va à l'encontre d'un « vrai appétit pour l'enseignement supérieur ».

Une étude intéressante pour le chapitre de sociologie en terminale « Quelle est l'action de l'École sur les destins individuels et sur l'évolution de la société ? » (« Comprendre la multiplicité des facteurs d'inégalités de réussite scolaire dans la construction des trajectoires individuelles de formation »).

Céreq Bref n° 391, 4 juin 2020.

Version PDF imprimable.

par Thomas Couppié, Pascal Dieusaert, Mélanie Vignale.

Résumé

Les lycéens des quartiers prioritaires font face à des difficultés spécifiques pour décrocher le bac et poursuivre des études supérieures. Au-delà des effets liés à leurs appartenances sociales, le fait de résider en quartier prioritaire a-t-il un impact propre sur leur parcours post-bac et leur insertion professionnelle ? Une collaboration entre le Céreq et l'Agence nationale de la cohésion des territoires permet d'éclairer les trajectoires de formation et d'emploi des jeunes qui, sortis en 2013 du système éducatif, résidaient en quartier prioritaire au moment du bac.

Sommaire

  • Une poursuite d'études globalement plus faible dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville, mais plus importante chez les bacheliers professionnels
  • Une orientation vers des filières moins sélectives, des sorties sans diplômes plus fréquentes
  • Des trajectoires professionnelles moins linéaires et des emplois moins qualifiés

Graphique : Taux de sortie sans diplôme du supérieur selon l'orientation post-bac (en %)

Graphique : Taux d'emploi trois ans après la sortie de formation initiale par lieu de résidence au moment du bac (en %)

Source : Céreq Bref n° 391, juin 2020.

Pour aller plus loin : 

Les enfants d'immigrés à l'école : entretien avec Mathieu Ichou. SES-ENS, juin 2020.

Van Zanten A. (2015), Les inégalités d'accès à l'enseignement supérieur, Quel rôle joue le lycée d'origine des futurs étudiants ? Regards croisés sur l'économie, 2015/1, 16.