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Émeutes en banlieues : lectures d'un événement

Publié le 05/07/2008
Auteur(s) : Sabi-Olivier Benouaddah
Les « émeutes » au sein des « banlieues » survenues en novembre 2005 a fait apparaitre l'importance joué par le traitements médiatiques où les mots utilisés sont toujours chargés de sens et très souvent détournés. La sollicitation de la sociologie à la suite de ces évènements a fait ressortir qu'Il ne s'agit plus d'analyser un individu par ses actes mais de prendre en compte le rapport entre des groupes et le territoire qu'ils s'approprient.

Un numéro de la revue "Espaces et Sociétés" (n° 128-129, 2007)

Les sciences sociales, notamment la sociologie, ont été immédiatement sollicitées lorsque les « émeutes » au sein des « banlieues » sont survenues, en novembre 2005. Ce numéro d'Espaces et Sociétés n'a pas dérogé à cette règle presque devenue classique. Les traitements médiatiques qui en sont faits ne sont jamais innocents et les mots utilisés sont toujours chargés de sens et très souvent détournés. Cette série d'articles a comme questionnement principal les relations des sociétés à leurs espaces. C'est d'ailleurs une interrogation centrale de la revue. Dès lors que les auteurs font une rupture avec le discours politique et médiatique en les analysant comme des faits sociaux avec leurs particularités, les prises de position s'atténuent. Il ne s'agit plus d'analyser un individu par ses actes mais de prendre en compte le rapport entre des groupes et le territoire qu'ils s'approprient. Les problèmes dans les quartiers de périphérie changent indépendamment des espaces dans lesquels ils surgissent. Dans tous les articles, et l'éditorial l'indique, ce sont les tensions entre le spatial et le social que les auteurs entendent interroger.

Dans la première partie de la revue, c'est une étude comparative des grands ensembles urbains en Europe qui est proposée. C'est un regard sociologique, parfois anthropologique, qui met l'accent sur les « violences » urbaines comme « fait social total » [Mauss, 1925]. Chaque auteur décrit un contexte avec une problématique particulière. Ainsi, Isabelle Garcin-Marrou analyse le traitement médiatique qui a été fait des évènements en novembre 2005. Elle tente, en autre, de comprendre les normes sociopolitiques résultant des traitements médiatiques. Julie Deville, de son côté, s'intéresse à la parole accordée aux jeunes filles des quartiers dits « populaires ». Elle interroge donc la question du genre dans un quartier de périphérie parisien. Elle questionne la place dans l'espace du quartier des jeunes filles. Jean-Pierre Garnier, quant à lui, parle d'un changement de violence. Nous serions passés d'une « violence historique » à une « violence contemporaine ». Maurice Blanc analyse ensuite ce qu'il appelle la « politique de la ville » et l' « exception française ». Les actions sur le terrain restent proches de celles des pays voisins, notamment l'Allemagne et la Grande-Bretagne. Ce qui diffère ce sont les plans architecturaux mises en place pour « palier » aux déficits des politiques sociales. Carsten Keller fait la description des grands ensembles périphériques des grandes villes d'Allemagne de l'Est. Il explique que les « cités » sont devenues des espaces de luttes de respectabilité entre classes ouvrières. Il fait un parallèle intéressant avec les « cités » françaises sans pour autant oublier de souligner les différences entre celles-ci. Marta Bologami, avec un regard anthropologique, explique que les conflits à Bradford en Grande-Bretagne (en 1995 et 2001) ne sont pas le fait de petits groupes d'émeutiers isolés. C'est en utilisant un des postulats méthodologiques de l'anthropologie, à savoir la contextualisation, que l'auteur montre les changements politico-culturels entre 1990 et 2001 et l'histoire très particulière de la ville de Bradford. Les « émeutes ethniques » sont analysées à la lumière d'un travail de contextualisation pertinent car il diffère des analyses parfois trop « ethnicisantes » des émeutes, qu'elles se déroulent en France et en Grande-Bretagne. Comme l'ensemble des auteurs de la revue, M. Bologami fait une comparaison, mais pour cet article, entre la situation anglaise et les émeutes françaises de novembre 2005.

Le dossier est complété par un entretien avec un ancien habitant de Clichy-sous-Bois, effectué en janvier 2006 et ayant un regard, selon l'intervieweuse Nadia Ménenger, assez représentatif de la jeunesse des cités. Pour conclure ce numéro, deux comptes-rendus thématiques ont été écrits par Jean-Pierre Garnier et Jean-Yves Authier. Le premier a recensé une série d'ouvrages, qu'il analyse et découpe en trois catégories : ceux qui ont été écrits avant les « émeutes » de 2005, ceux qui apportent un nouveau regard ethnico-culturaliste et enfin ceux qui mettent en lumière les incohérences et les rejets des problèmes sociaux dans les « quartiers » par la société française. Le second, Jean-Yves Authier, fait dialoguer trois auteurs : Cyprien Avenel, Michel Kokoreff et Stéphane Beaud. Il en ressort, selon lui, que les trois sociologues appréhendent les « quartiers » comme des réalités sociales et des espaces où se créent des identités, des modes de vie ou des cadres de référence. A contrario il a constaté que les trois ouvrages font une analyse qui se limite parfois à la jeunesse des « quartiers » et manque également de références sur les « quartiers d'hier ». Ce que Jean-Yves Authier conclut, comme la majorité des auteurs de la revue, c'est que la réalité des « banlieues » ne se réduit pas aux « quartiers » qui sont les plus médiatisés mais que cela dépend du traitement social, religieux, politique, historique, médiatique et économique qui en est fait.

 

Sabi-Olivier Benouaddah, Chargé de recherche au Centre de Recherche et d'Education par le Sport, pour Liens Socio.