Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Navigation
Vous êtes ici : Accueil / Les fiches de lecture / Filles-garçons. Socialisation différenciée ?

Filles-garçons. Socialisation différenciée ?

Publié le 09/10/2007
Auteur(s) : Anne Dafflon Novelle
Stéphanie Fraisse d'Olimpio
Presses Universitaires de Grenoble
Fiche de lecture de l'ouvrage "Filles-garçons. Socialisation différenciée ?" d'Anne Dafflon Novelle. Les chapitres proposés dans l'ouvrage sont regroupés en trois parties thématiques. La première partie se concentre sur la manière dont les adultes agissent de façon différenciés envers les enfants des deux sexes au sein de plusieurs institutions (la famille, les institutions de la petite enfance,l'école, les institutions d'accueil des délinquants...). La seconde partie traite plus spécifiquement des objets et des activités proposées aux enfants (pratiques vestimentaires, jouets, activités sportives...). La troisième partie aborde le thème des représentations véhiculées sur les deux sexes à travers notamment les albums illustrés et la presse enfantine, la publicité ou l'art. Nous choisirons de développer certains chapitres du livre avant de dégager ses conclusions plus générales.

Présentation

Sommaire et commentaire éditeur :
voir sur le site de Décitre

Nos commentaires :

Le titre de l'ouvrage ne présente aucun mystère. Les différents auteurs ayant apporté leur contribution s'interrogent en effet bel et bien sur les différences dans la manière d'élever, d'éduquer, de socialiser, de se représenter les filles et les garçons dans le monde occidental et sur l'évolution de la différenciation sexuelle au cours du temps. L'originalité de cet ouvrage collectif tient plutôt à la diversité des domaines abordés dans une perspective de surcroît interdisciplinaire et à la richesse de ses illustrations.

L'accent est mis d'emblée sur la terminologie. Ainsi, si le sexe d'une personne renvoie à des composantes biologiques, le terme de genredésigne la dimension sociale des rôles associés aux individus de sexe féminin et masculin. La dichotomie entre la notion de genre et de sexe ne résout toutefois pas le problème de savoir quels sont les comportements biologiquement déterminés et ceux ayant une origine psychologique ou culturelle. Ainsi les expressions de rapports de genre ou de rapports sociaux entre les sexes peuvent être utilisées indifféremment. Enfin, le terme d'identité sexuée fait référence aux différentes étapes à travers lesquelles passent un enfant pour se construire comme un garçon ou une fille.L'acquisition des connaissances relatives à ce qui est généralement dévolu à chaque sexe passe par l'activité de l'adulte sur l'enfant et l'activité de l'enfant à travers son observation du monde sexué.

Les chapitres proposés dans l'ouvrage sont regroupés en trois parties thématiques. La première partie se concentre sur la manière dont les adultes agissent de façon différenciés envers les enfants des deux sexes au sein de plusieurs institutions (la famille, les institutions de la petite enfance,l'école, les institutions d'accueil des délinquants...).

La seconde partie traite plus spécifiquement des objets et des activités proposées aux enfants (pratiques vestimentaires, jouets, activités sportives...).

La troisième partie aborde le thème des représentations véhiculées sur les deux sexes à travers notamment les albums illustrés et la presse enfantine, la publicité ou l'art.

Nous choisirons de développer certains chapitres du livre avant de dégager ses conclusions plus générales.

Lien rapire vers : Santé en tout genre : aperçu sur les déterminants historiques de la santé des filles et des garçons en occident. Joelle Droux

Lien rapire vers : Littérature enfantine : entre images et sexisme.Anne Dafflon Novelle.

L'auteur insiste dans le dernier chapitre du livre sur le maintien d'une socialisation différenciée à travers toutes les thématiques développées dans les chapitres du livre et dégage dans un deuxième temps toute une série de paradoxes engendrés par cette socialisation différenciée.

Tout d'abord, la comparaison des différentes institutions en charge des enfants souligne les similitudes dans les représentations que les adultes se font du comportement des filles et des garçons. L'univers dans lequel évoluent filles et garçons est différent dans chacune des institutions et les représentation des adultes (parents ou non)sont différentes selon le sexe. La communication émotionnelle entre les parents et leurs enfants en est affectée (les filles manifestent plus d'émotions que les garçons mais la colère de ces derniers est plus tolérée et discutée),l'autonomie et l'indépendance sont plus valorisées chez les garçons, les comportements doivent être conformes au sexe de l'enfant...

Les jouets ou les objets constituent des agents périphériques de socialisation. L'autonomie favorisée à travers les vêtements proposés pour les garçons l'est également à travers les jouets qui leur sont destinés, tandis que le paraître féminin est encouragé par la diversité des types de vêtements proposés et leurs caractéristiques.

Ensuite, l'analyse comparative des médias pour enfants, de la publicité,des catalogues de jouets pour enfants... souligne les représentations stéréotypées données des filles et des garçons dans ces matériaux. Les filles plus passives, sont représentées plus à l'intérieur et dans l'espace privé,sont illustrées avec des accessoires clairement identifiables, en compagnie familiale (jeune frère ou soeur) avec lesquels elles peuvent exercer des activités domestiques et maternantes. L'image des jeunes filles est le plus souvent associée à des critères esthétiques. Plus actifs, plus autonomes, les garçons sont plus souvent mis en scène avec des copains avec lesquels ils font du sport ou bravent les interdits.

Cette socialisation différenciée a de multiples implications sur le développement de l'enfant. L'auteur souligne ainsi que les filles vont développer des compétences verbales alors que les garçons, encouragés à explorer, manipuler, vont acquérir des compétences spatiales, analytiques et scientifiques. L'esprit de compétition est valorisée chez les garçons notamment à travers la pratique du sport. Les filles appliquées et ordonnées devraient leur réussite scolaire à leur travail et leur échec à leurs aptitudes insuffisantes, tandis que les garçons échouent par leur paresse mais réussissent par leur talent. Ces normes sont petit à petit intégrées et peuvent expliquer le manque de confiance des adolescentes et le maintien de représentations stéréotypées comme celle stipulant que les filles sont moins bonnes en sciences, qui peuvent affecter les performances scolaires.L'intériorisation de la hiérarchisation des rôles induit que la différence entre sexe se pose en termes d'inégalités entre les sexes et génère de multiples paradoxes.

L'un d'eux est certainement que bien que les filles réussissent mieuxscolairement que les garçons, elle ne parviennent pas à maintenir cet avantage sur le marché du travail. Un autre paradoxe est, qu'aujourd'hui, en dépit du fait que le monde des filles et des garçons est moins dichotomisé que dans le passé (école mixte, programmes scolaires communs, secteurs professionnels largement ouvert aux femmes...), les agents périphériques de la socialisation(jouets, habits, sports, publicité, livres...) sont devenus de plus en plus sexués et à destination d'enfants de plus en plus jeunes.

Chapitre 10. Santé en tout genre : aperçu sur les déterminants historiques de la santé des filles et des garçons en occident. Joelle Droux.

L'auteur pose la question du poids respectif des identités sexuées sur la santé des filles et des garçons au cours de l'histoire occidentale : garçons et filles souffraient-ils des mêmes pathologies, étaient-ils traités de la même manière, et si non, pourquoi ?

Si l'espérance de vie des femmes est aujourd'hui supérieure à celle des hommes, cette configuration est récente. On a ainsi observé une surmortalité des femmes jusque dans les années 1940. Ce sont spécifiquement les classes d'âge pré-pubères et immédiatement post-pubères qui semblent avoir été le plus atteintes par cette inégalité devant la maladie et la mort (30 à 50% de surmortalité féminine des 10-14 ans jusqu'aux années 1890). Cette situation invite à s'interroger sur la valeur respective attachée aux existences féminines et masculines au cours du temps.

Filles et garçons d'Ancien Régime

L'héritage spirituel chrétien constitue une clef de compréhension à travers la place accordée aux hommes dans la communauté religieuse ou encore du fait de l'image teinté de suspicion que l'on attribue à la femme depuis le péché originel. De même, les enjeux liés à la dot ont pu consacrer la préférence pour une descendance masculine. Dès l'Ancien Régime, ces éléments expliquent toutefois plus les abandons ou infanticides de fillettes plutôt que la surmortalité pré-pubère, mais consacrent néanmoins un héritage culturel qui se traduira dans le droit.

C'est du côté de la pratique de la médecine que se trouvent certainement les explications les plus probantes. Dans l'état actuel des connaissances, il ne semble pas que les filles malades étaient moins bien soignées que les garçons mais leurs pathologies étaient envisagées dans le cadre d'une médecine humorale qui opposait très fortement les constitutions masculines et féminines. Ainsi, à partir de la puberté, l'organisme féminin est perçu comme une sorte d'éponge à humeur, considéré comme prompte à retenir les fluides vitaux dont seule une parfaite circulation semblait à même d'assurer la santé. Le but est alors de faciliter l'évacuation des humeurs surnuméraires, en particulier parla saignée. La pratique des saignées répétées a donc pu contribuer à aggraver des états anémiques liés initialement aux fréquences de carence en fer des jeunes filles et ont rendu les filles pubères plus fragiles encore face aux risques infectieux.

Genre, Révolution et santé

Le statut du sexe féminin va, au XIXe siècle être profondément influencé par une double évolution : d'une part l'essor de la révolution industrielle qui va affecter les structures de la vie quotidienne des classes laborieuses et d'autre part la construction d'un mode de vie bourgeois instaurant des sphères séparées entre les sexes. Ces processus vont induire des situations de morbidité et de mortalité différentes selon le genre.

Sans revenir en détail sur les conditions de travail des classes laborieuses pendant le Révolution industrielle, il paraît nécessaire de souligner que les spécificités de l'emploi féminin à cette époque ont eu un impact sur leur mortalité puisque leur fréquent confinement dans des couvents-usines a favorisé leur exposition aux effets désastreux des contagions infectieuses. Les filles étaient alors non seulement exposées aux risques du milieu de travail, mais aussi aux retombées de stratégies familiales de survie qui pouvaient se traduire pour elle par une privation de nourriture au profit des pères ou frères dont la force de travail était mieux rémunérée.

Dans les familles bourgeoises, les chances de survie étaient bien meilleures du fait notamment de la valorisation de l'enfance propre aux milieux aisés. Les médecins généralistes ou spécialistes sont mobilisés en cas de maladie infantile et on n'observe pas de ce point de vue là de différences significatives entre traitement des filles et des garçons par la famille.Pourtant le monde médical continue de souligner les particularités physiologiques féminines. C'est ainsi au moment sensible de la puberté que s'exacerbent les différences entre sexes. Alors que pour les garçons cette période se manifeste le plus souvent pour les classes aisées, par l'entrée dans l'enseignement secondaire et au pensionnat, où l'entretien de la santé masculine se fait par la pratique du sport, les jeunes filles restent confinées au foyer ou en pension, à l'abri des agressions potentielles de l'espace public. Les manifestations de la puberté étaient perçues comme autant de pathologies liées à l'éveil d'une sensualité troublée et troublante et diagnostiquées par la médecine du XIXe siècle comme un déséquilibre des nerfs indissociable de la nature féminine. Dans ce contexte, le corps médical suggérait de ne pas exciter ce tempérament. Ainsi, raréfier les contacts avec l'extérieur, bannir les lectures romanesques, modérer les amitiés trop ardentes devait geler le réveil des sens. En définitive, il n'est pas exclu que le régime éducatif et sanitaire s'appuyant sur l'enfermement des jeunes filles ont pu nuire gravement à la santé de jeunes filles évoluant dans des mondes clos où la tuberculose faisait des ravages.

Ainsi, le XIXe siècle a été marqué par une séparation plus profonde entre les espérances de vie féminines et masculines, et ce tant au sommet qu'au bas de la société.

Le XXe siècle : filles et garçons sous l'oeil des experts.

On peut se demander comment le développement de différentes spécialités médicales tournées vers l'enfant, en énonçant de nouvelles normes éducatives et sanitaires, ont pu affecter le traitement différencié des enfants en fonction de leur sexe.

Le premier élément du contexte occidental qui va affecter les jeunes filles est certainement la scolarisation obligatoire en modifiant leur mode de socialisation, notamment en les soustrayant à une partie des tâches domestiques. De surcroît, l'entrée à l'école permet aux jeunes filles de bénéficier d'une meilleure protection sanitaire. La médecine scolaire cherche ainsi à valoriser l'espace-temps scolaire pour protéger l'enfant des fléaux sociaux auxquels il pourrait être exposé dans son milieu familial (tuberculose,syphilis, alcoolisme...) ou pour atténuer les effets les plus nocifs du paupérisme (malnutrition, travail précoce...). A partir de la fin du XIXe siècle« cet emmaillotement philanthropique de l'enfance embrasse avec une égale ambition les filles et les garçons. »

En outre, la médecine scolaire et parascolaire, largement féminisée va favoriser une amélioration du niveau de prestations ou de conseils sanitaires offerts aux filles.

Toutefois, en dépit des efforts faits grâce notamment à l'essor des politiques sociales centrées sur l'enfance, des inégalités persistent dans le domaine de la santé tant entre classes sociales qu'entre sexes. Ainsi, les filles étant plus repliées que les garçons sur l'univers domestique et les tâches ménagères qui les attendent après l'école, sont plus souvent atteintes de scoliose, de trouble de la vue et de tuberculose. De fait, jusqu'au milieu du XXe siècle, les filles entre 5 et 20 ans auront une moindre espérance de vie que les classes masculines correspondantes.

L'an 2000 et après...

La mortalité due aux maladies infectieuses graves a chuté dès l'introduction des sulfamidés (années 1930), puis des antibiotiques (années1940). Toutefois, les risques les plus importants sur la santé des jeunes portent sur les suicides ou les accidents (accidents de la route ou blessures dues à des violences). Aujourd'hui, 2/3 des suicides enregistrés sont commis par des garçons, mais les tentatives de suicide sont surtout le fait de filles surtout entre 15 et 19 ans. La prévalence des idées suicidaires est ainsi bien plus marquée que celle des garçons surtout entre 15 et 19 ans (33% de fréquence chez les filles contre 23% chez les garçons). Les adolescentes formulent plus de plaintes somatiques et présentent plus souvent des symptômes de dépression.Les médecins ont tendance à prescrire plus de psychotropes aux jeunes filles,au moindre trouble de comportement. Les filles semblent effectivement aujourd'hui encore plus enclines à manifester leur malaise dans des comportements pathologiques centrés sur leur corps (boulimie, anorexie...).

Chapitre 16 : Littérature enfantine : entre images et sexisme.Anne Dafflon Novelle.

Les enfants sont exposés à de multiples supports comme les livres, les émissions télévisés, la presse, les dessins animés, les DVD dont les histoires proposent des représentations du monde aux enfants, intéressantes à appréhender à travers le prisme du genre. L'auteure se consacre ici à l'analyse des livres de jeunesse destinés au 0-9 ans.

Deux approches complémentaires peuvent être retenues pour observer les livres pour enfants avec un regard genré. Une approche quantitative permet ainsi de recenser le nombre de personnages de chaque sexe dans les titres des ouvrages,sur les pages de couverture, dans les rôles principaux et illustrés sur les pages inférieures des livres. A l'opposé, une seconde catégorie d'études s'est davantage focalisée sur les indices plus qualitatifs soulignant les représentations multidimensionnelles données des deux sexes.

 

Par Stéphanie Fraisse d'Olimpio

Mots-clés associés :