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L'économie de marché

Publié le 27/07/2007
Auteur(s) : Roger Guesnerie
Editions Le Pommier
Fiche de lecture "L'économie de marché" de Roger Guesnerie. Cet ouvrage apporte des éclairages très utiles au débat public sur la place du marché dans nos sociétés avec une analyse claire et rigoureuse. Pour l'auteur, la construction sociale du marché pose le problème de la viabilité de l'économie de marché qui s'appuie à la fois sur l'intérêt égoïste des individus mais aussi sur une part d'altruisme nécessaire au lien social. Point de "tout-marché" donc, nos sociétés seraient plutôt un lieu de coexistence entre marché et organisation économique.

Présentation

Couverture de "l'économie de marché" de R. GuesnerieNos commentaires :

Avec l'effondrement du socialisme soviétique et l'ouverture de la Chine aux entreprises capitalistes, on peut se demander si on assiste au triomphe de l'économie de marché. Roger Guesnerie écrit : « Est-ce à dire que tout débat d'organisation économique a disparu et que le marché, le tout-marché fournit les clés de l'avenir ? Non, aujourd'hui comme hier, et il en ira de même demain, nos sociétés ont fait et feront coexister marché et organisation » (p 5).

Cet ouvrage apporte des éclairages très utiles au débat public sur la place du marché dans nos sociétés avec une analyse claire et rigoureuse organisée en trois parties :

La première partie adopte un angle rétrospectif en partant d'exemples de marchés spécifiques pour en arriver à la notion générale de marché en économie, c'est à dire une organisation décentralisée des échanges coordonnée par des mécanismes d'ajustement de prix. L'auteur rappelle qu'il y a une grande variété d'économies de marché (selon la nature des biens échangés, selon les systèmes juridiques, selon la place de l'Etat et de la monnaie) mais on ne peut se contenter d'une description de cette diversité, la réflexion a conduit les économistes à construire une catégorie abstraite, un marché stylisé afin d'en expliquer le fonctionnement. Roger Guesnerie fait une présentation très pédagogique du marché isolé de Marshall et du marché généralisé de Walras pour en arriver à poser la question : « la poursuite de l'intérêt individuel et l'harmonie économique sont-elles vraiment compatibles » (p 42) ce qui conduit au problème du planificateur bienveillant, à la notion d'efficacité productive, à la maximisation du bien être, aux situations de défaillances du marché qui montrent que le prix est un signal très imparfait.

La deuxième partie passe en revue les débats suscités par le fonctionnement des marchés, avec d'abord une interrogation sur la capacité des prix issus du marché à conduire à une bonne allocation des ressources (avec une analyse des échecs de la planification soviétique et une réflexion sur les faiblesses du marché pour dépasser les anticipations de court terme). La réalité nous montre d'abord que l'on est très loin de la théorie fondée sur un système de marchés complets, ensuite on voit que la concurrence s'accompagne de nombreuses frictions (différenciation des produits, collusion entre producteurs, contradictions entre les intérêts du consommateur et du producteur, monopole de l'innovateur, intervention de la puissance publique pour réglementer les marchés). Ensuite, c'est le problème des inégalités de marché qui est posé avec les questions d'équité horizontale et verticale. Enfin l'auteur examine les phénomènes de fluctuation de court terme et de croissance de long terme dans les économies de marché.

La troisième partie « prend un point de vue prospectif plus risqué » comme le précise Roger Guesnerie en traitant en trois chapitres brillants et très clairs des débats actuels. Premier débat, celui autour de la mondialisation avec une mise en perspective historique et théorique pour en arriver aux effets distributifs qui posent les problèmes des inégalités entre les nations et à l'intérieur des nations. Le second débat est celui du développement durable avec la question des politiques climatiques dans les économies de marché. Enfin, l'ouvrage se termine sur un chapitre consacré à la place de l'Etat et du marché dans la régulation économique avec une présentation très claire des théories de l'Etat qui sont soumises à l'épreuve des faits. Roger Guesnerie s'interroge en particulier sur les tendances actuelles du retrait de l'Etat de la sphère économique alors que la théorie identifie de nouvelles sources de défaillance des marchés mais aussi les asymétries d'information qui affaiblissent l'efficacité de l'intervention de l'Etat. Le besoin d'Etat apparaît évident mais il opère dans un contexte modifié, en particulier avec l'extension du marché dans une économie mondialisée, Le problème est donc de trouver les formes et les niveaux d'intervention publiques adaptés à ce changement de contexte.

En conclusion, Roger Guesnerie évoque de nombreux débats qui accompagnent la construction sociale du marché en posant le problème de la viabilité de l'économie de marché qui s'appuie à la fois sur l'intérêt égoïste des individus mais aussi sur une part d'altruisme nécessaire au lien social.

A noter :

  • On trouve à la fin de l'ouvrage une galerie de portraits d'économistes, un glossaire, une bibliographie
  • Pas de formalisation
  • Un index des termes économiques utilisés