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Quand le capitalisme perd la tête

Publié le 27/07/2007
Auteur(s) : Stiglitz, Joseph E.
Editions Fayard
2-213-61659-0,
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Commentaires éditeur :
Poursuivant le procès du libéralisme sans limites amorcé dans La Grande Désillusion, Joseph Stiglitz s'appuie cette fois sur son expérience de quatre ans en tant que conseiller économique principal du président Clinton pour répondre à une question centrale : comment, au tournant du troisième millénaire, est-on passé du prétendu « triomphe » du capitalisme à l'américaine - bien entendu surévalué et fondé sur des bases très incertaines, notamment l'effervescence boursière et tout ce qui s'ensuit (stock-options, tyrannie des actionnaires...) - à une chute retentissante ? Avec une clarté de propos remarquable et une attention constante aux mécanismes économiques les plus concrets, il aborde le phénomène de la bulle spéculative, la vague des déréglementations aux Etats-Unis - en particulier dans le domaine des télécommunications - et leurs conséquences, ou encore les scandales comptables, à commencer par le premier et le plus retentissant : le cas Enron.

A l'occasion de cette plongée au coeur des centres de décision de la plus grande économie de marché du monde, l'auteur procède à la démolition des divers mythes qui étaient au fondement des politiques économiques des Etats-Unis, mais aussi de nombreux autres pays occidentaux, dans les années 1990 : la réduction du déficit ne relance pas l'économie ; l'impact des guerres sur cette dernière est négatif ; il n'y a pas de « héros » économiques (c'est la politique qui compte et non les hommes) ; la « main invisible » d'Adam Smith est invisible pour la bonne raison qu'elle n'existe pas ; la finance n'est pas la source de toute sagesse ; l'Etat n'est pas systématiquement mauvais...

Enfin, fort de ses observations, Stiglitz esquisse les grandes lignes d'un « idéalisme démocratique », vision d'avenir fondée sur un juste équilibre entre le marché et l'Etat, et sur des valeurs telles que la justice sociale (égalité des chances, priorité à l'emploi) ou encore le droit du citoyen à l'information.


Nos commentaires :
Le livre de Joseph Stiglitz est une analyse à la lumière des " folles années 1990 " de la politique économique américaine qui pose le problème du rôle de l'Etat, mais l'auteur ajoute : " Ce livre ne se contente donc pas de réexaminer l'histoire économique des années 1990 (ce qu'il fait aussi). Il porte sur l'avenir autant que sur le passé. Sa véritable ambition est de dire où en sont aujourd'hui les Etats-Unis et les autres pays développés, et dans quel sens ils devraient s'orienter " (p11).

La préface cerne les objectifs du livre et est suivie par les " remerciements " qui permet d'avoir une première idée de ce que l'on peut appeler le milieu de l'expertise économique aux Etats-Unis.

Le premier chapitre : " Expansion-récession : le ver dans le fruit " analyse les facteurs qui ont conduit à la fin de l'expansion des années 1990 en insistant sur les déséquilibres financiers et " l'idéologie du libre marché ".

Ensuite Stiglitz examine le déroulement des politiques budgétaires, fiscales, monétaires et montre comment les politiques de déréglementation ont alimenté la bulle financière (le chapitre quatre est largement consacré à la déréglementation dans les télécommunications).

Deux chapitres (5 et 10) sont consacrés aux problèmes des comptes des entreprises, des stock option, des cabinets d'audit, des fraudes réalisées par les entreprises (exemple d'Enron).

Le rôle des banques dans le gonflement de la bulle financière est analysé dans le chapitre six : analyse de la responsabilité des banques d'affaire et des analystes financiers et problème de l'absence de rationalité des investisseurs (Stiglitz présente une critique des anticipations rationnelles p200), enfin avec l'abrogation du Glass-Steagall Act c'est le mécanisme des fusions qui est démonté (exemple de Worldcom).

Le chapitre huit analyse les risques du système avec les changements sur le marché du travail liés au fonctionnement de la nouvelle économie, la réforme des régimes de retraite et de la sécurité sociale qui ont érodé les stabilisateurs intégrés aux prestations sociales.

Le chapitre neuf est consacré à la critique de la politique extérieure américaine accusée d'une mauvaise gestion de la mondialisation économique à travers les politiques de développement mises en oeuvre : gestion des crises en Asie et en Amérique latine, traités commerciaux injustes.

Le chapitre onze fait une synthèse des critiques en proposant de déboulonner les mythes comme la main invisible, la confiance dans la finance ou la critique sans nuance de l'Etat.

Stiglitz dans le chapitre douze, propose de s'engager " vers un nouvel idéalisme démocratique " avec des politiques qui reposent " sur une vision équilibrée du rôle des marchés et de l'Etat, la défense de la justice sociale, la stimulation de l'emploi, l'équité intergénérationnelle;


La plupart des chapitres se terminent par une section : « les leçons » qui met très utilement en perspectives les apports de l'analyse qui vient d'être développée.

Aucune formalisation. J. Stiglitz écrit : « Certains de mes collègues auraient peut-être préféré un ouvrage théorique, riche en équations et en régressions, avec preuves irrécusables et démonstrations rigoureuses à l'appui des hypothèses que j'énonce. J'ai publié ces preuves et ces démonstrations ailleurs. Ce livre a un objectif différent. Il s'adresse aux lecteurs non initiés qui souhaitent en savoir plus sur les problèmes économiques cruciaux nous touchant tous dans notre quotidien » (p27).


A noter :
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