Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Navigation
Vous êtes ici : Accueil / Articles / Françoise Héritier et Questions de Parenté : la transcription de la conférence

Françoise Héritier et Questions de Parenté : la transcription de la conférence

Publié le 05/07/2006
Transcription de la conférence donnée par Françoise Héritier, au cours de laquelle elle retrace toute sa carrière, opérant une mise en perspective qui est un véritable modèle dans sa démarche. Partant de deux énigmes anthropologiques, elle nous fait parcourir à sa suite les grandes étapes de sa carrière.
Retour à la présentation du dossier

Ce qui m'a été demandé de faire ici, c'était de vous présenter mon parcours - et donc je crains que ce parcours ne vous paraisse, condensé comme je vais vous le présenter, un peu aride, car la plus grande partie touchera à des questions de parenté. J'essaierai de les rendre les moins arides possibles, mais tout de même, je ne peux pas nier cette réalité, la parenté n'est pas toujours très spectaculaire...

Quand j'ai fait mes premiers pas sur le terrain en Haute-Volta - qui est devenue depuis le Burkina Faso - en 1958, il faut vous dire que j'ignorais absolument tout de la théorie de la parenté. J'ignorais l'existence même de système de parenté dont la structure aurait été différente de la nôtre, et, bien plus, il ne m'était jamais venu à l'idée, comme d'ailleurs à tous les membres de l'espèce humaine, qu'il put y avoir d'autres manières dans cette matière que celle que je pratiquais, qui me paraissait logique, tout à fait naturellement fondée et donc universelle.

Alors la collecte des terminologies de parenté que les manuels recommandaient de faire s'apparentait à la collecte d'un vocabulaire spécifique dans une langue donnée. Pourquoi étais-je si ignorante ? Eh bien parce qu'à l'époque, il n'y avait pas véritablement d'études de sciences sociales, et j'avais fait des études d'histoire, passé ensuite par pure curiosité le certificat d'ethnologie et ce certificat ne comportait pas de travaux sur la parenté. Quant au séminaire de Claude Lévi-Strauss, que j'avais découvert à la cinquième section de l'Ecole Pratique des Hautes Etudes, il m'apportait certes une ouverture d'esprit tout à fait éblouissante sur des mondes et des possibilités inconnues, c'est lui aussi qui m'incita à répondre favorablement à une proposition de recherche en Haute-Volta, mais que ce soit ce certificat d'ethnographie ou le séminaire de Claude Lévi-Strauss, ils n'avaient pratiquement rien à voir avec la question de la parenté...

Alors c'est vous dire que m'ont très fortement déconcertés mes premiers relevés, chez les Mossi d'abord puis chez les Samo, d'un ordre de terminologie qui me semblait radicalement absurde, que j'ai approfondi et renouvelé et je tombais toujours sur ces mêmes « absurdités », et il me fallut faire ensuite faire à marche forcée, une fois que j'eus été assurée de la constance des réponses faites auprès de différents interlocuteurs et en différents lieux, des recherches bibliographiques pour comprendre à quoi j'avais affaire. Or, c'étaient des terminologies de type « crow » et « omaha » dont l'existence était totalement ignorée en Afrique, et tout dans ma pratique anthropologique a découlé de cette rencontre originelle avec une série d'engrenages que je vais tenter donc de restituer ici.

Alors j'ai pensé que vous ne connaissiez peut-être pas ce que c'était qu'un système de parenté « omaha ». Pour ceux qui ne connaissent pas ce type structural de système de parenté, il s'agit de façon courante de la version patrilinéaire d'un type de terminologie que l'on appelle « oblique » et dont il existe une version matrilinéaire qui porte le nom de « crow ». Omaha - comme « Omaha Beach » - et Crow sont le nom de deux groupes indiens d'Amérique du Nord, où ces systèmes de parenté avaient été décrits pour la première fois, mais encore une fois, on ignorait leur existence en Afrique. Ces systèmes sont aussi - qu'on appelle crow et omaha sur le plan de la terminologie - sur le plan de l'alliance appelés des systèmes semi-complexes, car dans le cas le plus courant, ils s'accompagnent d'un jeu extrêmement complexe et élevé de prohibitions de mariage, qui portent non pas surtout sur des individus situés dans des degrés de parenté interdits - ce qui est le cas par exemple dans nos sociétés où nous avons des structures complexes de l'alliance - mais portent sur des classes de parents qui sont définis par une appartenance lignagère et générationnelle. Pour comprendre ce que c'est sur le plan de la terminologie, je m'en tiendrai à l'appellation des consanguins sur deux niveaux. Le trait distinctif, c'est que les germains, c'est-à-dire des frères et sœurs qui partagent le même père et la même mère - être germain c'est être « de lit entier » comme on dit - les germains parallèles des deux parents - on appelle parallèle ceux qui sont de même sexe, donc les germains parallèles des deux parents, c'est la sœur de la mère et le frère du père, ego va les appeler non pas « oncle » et « tante » mais « père » et « mère ». Il s'ensuit pour ego que les enfants de ces individus qu'il appelle « père » et « mère », il va les appeler « frères » et « sœurs » comme si c'étaient des germains. En revanche, les germains croisés des deux parents, c'est-à-dire la sœur du père et le frère de la mère ont des désignations spécifiques et c'est là que s'opère cette obliquité terminologique dont j'ai parlé et qui les caractérise. En effet, on va donner au frère de la mère un terme qui signifie disons « frère de la mère » dans les langues locales et qui signifie parfois « grand-père » dans les systèmes locaux. Il est appelé de ce terme là mais les enfants de ce « frère de la mère » sont appelés par ego « mon oncle » et « ma mère », c'est-à-dire qu'ils sont rapportés à la génération supérieure, donc sont appelés « oncle maternel » et « mère », et ensuite, tout homme que j'appelle « oncle maternel » produit toujours des « oncles maternels » et des « mères » quel que soit le niveau généalogique. En revanche, toutes ces femmes qui normalement sont mes cousines et que j'appelle « mères » quelle que soit leur génération, les enfants qu'elles vont mettre au monde, comme leur mère je l'appelle « mère », je les appelle des « frères » et des « sœurs ». Et si ego est un homme, les enfants de ceux qu'il appelle « frères » sont ses enfants, et les enfants des filles qu'il appelle « sœurs », il va les appeler ses « neveux » et « nièces ». Donc il y a une pesanteur générationnelle de la sorte qui en gros remonte d'une génération. Mais du côté de la sœur du père, cette fois-ci celle-ci est appelée d'un terme spécifique dont la réciproque dans la langue samo établit une relation de germanité entre ego, celui qui parle, et elle-même. Ils sont comme s'ils étaient des frères et sœurs et les enfants sont pour ego des neveux et nièces, comme s'ils étaient les enfants de sa propre sœur et non de la sœur de son père. C'est ce double décalage, vers les génération supérieures d'un côté, vers les générations inférieures de l'autre qui fait désigner ces systèmes de parenté comme obliques. Ainsi, si je m'en tiens à la génération zéro, celle où chez nous, dans notre système de parenté qui est une structure de parenté esquimaux, tous les cousins sont appelés indifféremment cousins germains, ego va distinguer selon les lignes des « frères » et « sœurs », des « oncles » et des « mères », des « neveux » et des « nièces », à cette génération où nous n'avons que des cousins germains.

Je vais vous le représenter. Par tradition - vous verrez pourquoi tout à l'heure - je représente ego au masculin, et une sœur ici, qui lui donne des neveux et des nièces, le père, la mère, sœur de la mère, frère de la mère, frère du père, sœur du père (figure 1).

image

figure 1

Bien. Ici, les enfants des parallèles - les parallèles ce sont ces deux-là - ici nous allons avoir des enfants que je représente globalement par un rectangle, qu'ego appelle « frères » et « sœurs » selon leur sexe (figure 2).

image

figure 2

Ici, celle-ci étant appelé « mère », celui-ci étant appelé « père » - je le mets à la française - ici, celui-ci est appelé disons « oncle maternel », il va donner naissance à un « oncle maternel » et une « mère » (figure 3)

image

figure 3

et toujours pour ego, à la génération d'après, un « oncle maternel » donne naissance à un « oncle maternel » et une « mère » (figure 4),

image

figure 4

et ça pourrait se continuer comme ça indéfiniment. Les femmes qu'il appelle « mère » donnent naissances à des « frères » et « sœurs » (figure 5),

image

figure 5

et là aussi ça continue indifféremment, et si ego est un homme, les enfants de ceux qu'il appelle « frères » deviennent ses « enfants » et les enfant de celles qu'il appelle « sœurs » deviennent des « neveux » et « nièces » (figure 6).

image

figure 6

Ici, entre lui et cette femme, il y a une relation de fraternité : cette sœur du père est une sorte de « sœur » et ses enfants sont des « neveux » (figure 7).

image

figure 7

A la génération d'après, d'ailleurs, les enfants de ces « neveux » sont pour ego des « petits-enfants » (figure 8).

image

figure 8

Voilà disons, en gros, ce que c'est qu'un système de parenté oblique en m'en tenant à deux générations et en montrant que du côté du frère de la mère cela peut continuer quelle que soit la profondeur généalogique, même si, à dire vrai, au bout d'un certain temps on peut ignorer ce type de rapports.

Alors quels engrenages sont ceux dont j'ai parlés ? Deux questions se sont très vite posées à moi.

La première : quel était le moteur assez puissant pour créer les conditions de l'existence de ces systèmes locaux de parenté comme types structurels et leur apparition comme modes légitimes de pensée, d'expression et de vie dans des groupes humains divers qui peuvent être sans contact les uns avec les autres, puisque je vous ai dit que ceux qu'on avait trouvés étaient en Amérique du Nord, et qu'on va en trouver dans différentes régions du monde sans qu'on puisse exciper de phénomènes de diffusion ? Il fallait donc bien penser à un moteur unique, à un moteur puissant susceptible de produire par sa seule action, dans des conditions particulières toutefois puisqu'on observe quelques variantes - là je vous prends le système le plus « classique », disons, mais on observe quelques variantes - susceptible de produire des émergences locales qui se présentent et qui fonctionnent toujours de la même façon logique, nonobstant quelques variantes observées sur le terrain. En clair, pourquoi et pour quelle raison ce type de système terminologique existe-t-il ? C'est vraiment une question : d'où ça vient ? A quel moteur cela obéit ? Sur cette question - et de façon plus englobante puisqu'il s'agissait d'expliquer la diversité même des types structurels de terminologie - on a six grands types, disons, de par le monde - il y avait des explications très rationnelles et classificatrices de grands auteurs comme Kroeber, Lowie, White, Racliffe-Brown, Murdock, Lounsbury - lequel traitait seulement des systèmes obliques crow et omaha. Ils disaient tous quelque chose du même mode opératoire qui est situé au niveau des germains, selon qu'ils sont de même sexe ou de sexe différents.

En effet le traitement par ego des germains de ses parents, en raison du jeu de divers critères, est à l'origine des grands types structurels de parenté dont nous reconnaissons toujours la validité en théorie ethnologique. Mais ces explications ne disaient rien de la force interne qui animait cette combinatoire, au point même de ne pas faire apparaître dans les exposés logiques de ces auteurs certaines combinaisons qui auraient pu faire aboutir à la naissance de types structurels de parenté tout aussi valables que les autres, mais qui n'existent pas... Alors je vais vous le montrer.

Il y a un grand absent dans la combinaison des positions patrilinéaires et croisée des germains de parents comme auteur de la classification structurelle des grands types de systèmes de parenté.

Disons en gros un individu quelconque, il a nécessairement un père et une mère qui ont des frères et des sœurs (figure 9).

image

figure 9

Bon. Alors là aussi, par tradition et par convention, on représente les choses uniquement du côté de l'existence des frères. Ca marche aussi du côté des sœurs, mais je vous prends tel que c'est présenté depuis Kroeber, en regardant du côté des frères.

Eh bien, si nous regardons la façon dont sont classés ces systèmes, nous avons une première occurrence qui va dire que le frère du père est appelé du même terme que le père et ce terme désigne aussi le frère de la mère (figure 10).

image

figure 10

Pardonnez-moi, là je les mets à l'anglaise. C'est le système hawaïen, en gros si vous voulez, nous avons comme ceci trois positions masculines, et c'est le même terme qui les désigne toutes les trois. Donc voilà, ça c'est une première possibilité.

Il y en a une deuxième, qui va dire que le frère du père est appelé d'un terme différent du père, qui est un terme aussi différent de celui qui désigne le frère de la mère, lequel est également différent de celui qui désigne le frère du père. Donc c'est la même chose si vous voulez, nous avons ici le père puis la mère et puis des positions donc, et là, et bien elles sont toutes séparées les unes des autres (figure 11).

image

figure 11

Et ça, ce système là, c'est un système qu'on appelle soudanais : il y a des termes spécifiques pour chacune des trois positions.

Alors, il y a un autre type de système, qui va vous dire quelque chose car c'est le nôtre, où nous avons un même terme pour désigner le frère du père et le frère de la mère et ce terme est différent du terme qui désigne le père. Donc nous avons ça (figure 12):

image

Figure 12

Il y a un quatrième cas, cette fois-ci qui va regrouper trois positions structurales, mais les différences s'expliquent quand on regarde d'autres générations, c'est le suivant : il y a un seul terme pour désigner frère du père et père et ce terme est différent de celui qui désigne le frère de la mère. Alors là ce sont les systèmes iroquois, crow et omaha dont je viens de parler. Vous avez un même terme ici, différent de celui-là (figure 13).

image

figure 13

. C'est la quatrième possibilité.

Eh bien pour ceux qui sont mathématiciens ou logiciens, vous pouvez vous rendre compte qu'il manque une possibilité. On a là toute une combinatoire, une combinatoire de toutes les façons de jongler avec toutes les positions. Eh bien, il en manque une, une combinaison logique qui n'est jamais envisagée, pour une raison très simple : c'est qu'elle n'est jamais réalisée. Et cette combinaison logique est la suivante : un même terme pourrait être utilisé pour le père et le frère de la mère, et ce terme serait différent de celui qui désigne le frère du père. C'est-à-dire ceci, voilà, ces deux termes-là sont confondus et celui-ci est à part (figure 14).

image

figure 14

Or ce type de système qui est structurellement et logiquement possible n'existe pas. Bien entendu, il peut sembler difficile de fonder l'identité sur la seul relation croisée, en niant l'identité perçue au cœur de la relation parallèle, mais il n'empêche qu'il pourrait exister et que je me suis d'ailleurs amusée, dans « L'exercice de la parenté », sur plusieurs pages, à montrer comment fonctionnerait un système de ce type, s'il existait. Un système de ce type capitaliserait toute une série d'occurrences de phénomènes, de situations dont on sait qu'elles n'existent pas. Par exemple « l'amitalocalité ». Alors qu'est-ce que c'est « l'amitalocalité » ? C'est le pendant de l'avunculocalité. En terme de résidence, on peut résider chez son père - « patrilocalité » - chez sa mère - « matrilocalité » - chez son oncle paternel -« avunculocalité ». Et donc si on peut résider chez son oncle maternel, on pourrait penser qu'il y aurait des situations où on pourrait résider chez sa tante paternelle - « amitalocalité » puisqu'on utilise le terme latin. Mais cette situation n'existe pas ! Ce type de système regroupe toute une série d'inconnues de la parenté qui ont été signalées par différents auteurs sans s'y attarder, justement parce qu'on ne connaît pas le mécanisme qui permet structurellement à ce type de système d'exister.

Ces explications, remarquant la différence de traitement selon que l'on est parallèle ou croisé, ont bien été vues par les différents auteurs, mais ces auteurs ne disaient rien de la force interne qui animait cette combinatoire, et elles traitaient de ce qui était, en rendant le réel analysable, mais elles ne traitaient pas ce qui aurait pu être, tout aussi logiquement, en utilisant les mêmes voies - c'est-à-dire ce dernier cas - et elles ne disaient surtout rien de la raison qui pouvait expliquer à la fois les manipulations différentielles et l'absence de certaines figures. Il ne s'agit donc pas simplement de les classer et de comprendre la logique interne de chacun de ces grands types terminologiques de parenté, ou de reconnaître que chacun de ces grands types décrit socialement un cadre d'obligations, de droits, d'affects, et même de règles d'alliance matrimoniales, directement identifiables et incorporées au sein de la terminologie dans certains cas, comme chez les Dravidiens, mais de les comprendre comme un tout indifférencié, alors même que les individus qui ont vécu ou qui vivent chacun d'eux - comme nous vivons notre système esquimaux sans nous poser de problème - n'ont pas conscience du ressort qui les a fait se couler dans le forme aboutie qu'ils pratiquent et pas dans une autre forme - ressort dont ils ne peuvent strictement rien dire. Si je vous demande, à vous qui êtes ici, pourquoi vous fonctionnez avec un système esquimau, vous ne le savez pas, ça vous paraît naturel, mais en fait on est amené par la force des choses à incorporer un même type de système dont il est quand même impossible de dire quelque chose sur sa logique interne. Alors c'est la première question : pourquoi ? Pourquoi est-ce qu'ils existent ? Quel est le moteur qui les fait exister ?

La deuxième question est apparue plus tardivement, après que j'ai inventorié chez les Samo - donc ces gens chez qui je travaillais au Burkina - par l'enquête généalogique directe d'une part, mais aussi en notant systématiquement au cours du relevé des appellations, que j'ai fait de façon très approfondie sur huit générations, les unions possibles et impossibles entre ego et alter et avec les individus intermédiaires de la chaîne qui unit ego et alter pour un nombre de positions de consanguinité et d'affinité réparti sur huit générations ainsi que les raisons des impossibilités. Ces interdits, tels qu'ils sont formulés par les informateurs - hommes et femmes d'ailleurs - et qui permettent de faire un relevé systématique des lois de l'alliance, telles qu'elles sont formulées sous un mode général, les règles sont toujours proposées au masculin. Je le dis tout de suite, on aura largement l'occasion de revenir là-dessus, c'est très classique : dans toutes les sociétés, elles ont formulées au masculin, et elles sont donc les suivantes. Rappelez-vous, on est dans un système de patrilinéarité, c'est-à-dire que l'appartenance à un lignage est dite par rapport à une chaîne de parenté qui ne comprend que des mâles. Pour un appartenir à un lignage donné dans un système patrilinéaire, par exemple, si je mets ego ici, vous voyez, une chaîne avec uniquement des mâles, et bien cette cousine appartient à son lignage, elle appartient au lignage d'ego (figure 15).

image

figure 15

En revanche, si je fais ce schéma-là, vous voyez, avec ego, sa mère, le père de sa mère, le frère du père de la mère, son fils et sa fille, et bien ces deux femmes appartiennent au même lignage, et c'est le lignage maternel d'ego (figure 16).

image

figure 16

Ces deux femmes appartiennent à un même lignage défini par les hommes, elles sont aux deux extrémités d'une chaîne masculine, et pour ego, c'est le lignage de sa mère. Donc cette cousine, on dira qu'elle appartient à son lignage maternel. Donc ça, c'est la définition de la patrilinéarité, c'est extrêmement simple : la chaîne doit être faite exclusivement d'hommes.

Alors, quelles sont les règles ? Les règles sont les suivantes :

Une homme ne peut prendre une épouse dans son propre lignage, celui dont il est issu, celui de sa mère et celui de ses deux grand-mères, maternelle et paternelle.

Deuxièmement - on est en régime qui admet la polygamie, la polygynie - un homme ne peut prendre une épouse appartenant à l'une de ces mêmes quatre lignages de référence de ses précédentes épouses. Donc chaque fois qu'un homme se marie - il a pris une épouse dans un endroit où il pouvait la prendre - les quatre lignages fondamentaux de cette épouse lui deviennent interdits pour un nouveau choix.

Ensuite, un homme ne peut pas prendre une épouse dans un lignage où quelqu'un qu'il appelle « mon frère » - c'est-à-dire ses frères, mais aussi ses cousins parallèles patrilatéraux et ses cousins issus de germain dans un même lignage - un frère réel ou ce que l'on appelle classificatoire, ou un « père » - c'est à dire son père, mais aussi les frères de son père et aussi les cousins parallèles patrilatéraux de son père, donc il appelle « père » un certain nombre d'hommes - il ne peut pas prendre une épouse dans un lignage où quelqu'un de son lignage qu'il appelle « mon frère » ou « mon père » a déjà pris une épouse. Chaque fois qu'un mariage s'est fait, ce lignage est donc interdit pour ego.

Un homme ne peut prendre une épouse qui partage avec lui un même lignage maternel ou de même lignée grand-maternelle ou dont les lignages fondamentaux sont ses lignages maternels ou grand-maternels. Il ne s'agit plus d'appartenance lignagère, mais de partage, c'est-à-dire que l'on touche des parents cognatiques et cela sur trois générations.

Alors je vais vous montrer pour que ça soit clair quelle est la différence entre partage et appartenance. Ici c'est l'appartenance, tel que vous le voyez, parce que, comme vous ai dit, ces deux femmes ont issues d'hommes qui appartiennent au même lignage : elles appartiennent au même lignage (figure 17).

image

figure 17

. Donc je dirai que cette femme appartient au lignage de la mère d'ego. En revanche, si je vous fais un schéma extrêmement simple des ces cousins-là, issus de deux sœurs, et bien, cette fille appartient de façon patrilinéaire au lignage qui est défini par son père, et donc ici nous avons un même lignage, défini par cet homme et ses ascendants et ses collatéraux, et ces deux femmes appartiennent à ce lignage. Donc celui-ci et celle-ci partagent un même lignage maternel, mais il n'est pas le lignage ni de l'un, ni de l'autre : ils le partagent en communs seulement (figure 18).

image

figure 18

. Ce mariage, entre ces des deux personnes serait interdit, alors que ni lui ni elle n'appartiennent à un lignage interdit à l'autre, mais ils partagent en commun un même lignage maternel.

Donc, comme vous le voyez, c'est une masse importante d'interdits, auxquels s'ajoutent d'ailleurs d'autres interdits, dont je ne parlerai pas, qui peuvent sembler de convenance, mais qui renvoient à des idées beaucoup plus sophistiquées qui me sont apparues ensuite, par une étude de l'anthropologie symbolique du corps. La questions générale posée du coup est celle des modalités de fonctionnement de ces systèmes matrimoniaux à interdits multiples, qui portent à la fois sur des groupes d'appartenance, les lignages, et aussi sur des positions, puisque pour les parents cognatiques, c'est sur en gros trois générations par rapport à des unions antérieures qui justifient ces interdictions, ces systèmes semi-complexes dont relèvent les régimes crow et omaha. Lévi-Strauss a posé cette question en 1965. Lévi-Strauss, comme vous le savez, c'est l'auteur des Structures élémentaires de la parenté, et ensuite, il a travaillé sur des systèmes où on prescrit l'alliance - par exemple avec la cousine croisée matrilatérale, ou dans les systèmes arabes avec la cousine parallèle patrilatérale - mais il n'a pas travaillé sur des systèmes complexes, comme le nôtre, ni sur ces systèmes semi-complexes, c'est-à-dire les systèmes crow et omaha dont je viens de parler, mais il a posé la question dans une conférence très célèbre, qui s'appelle la Huxley Memorial Lecture, qui a été reprise dans l'introduction de la deuxième édition des Structures élémentaires de la parenté. Il note en effet que le nombre de clans ou de lignages qui sont impliqués dans ces régimes matrimoniaux peut être extrêmement élevé, et que chaque mariage change le modèle de réalisation pour les générations suivantes, puisque si un père ou un frère a pris une épouse, vous ne pouvez plus aller vous marier dans ce même lignage, il est évident que ça a une action sur les générations suivantes. Alors il fait l'hypothèse que si la société était réduite à simplement quatre groupes de descendance, en clair, les groupes des grands-parents d'un ego, on pourrait imaginer que le système pourrait fonctionner comme ce qu'il appelle un super-système aranda - les Aranda, c'est un des groupes aborigènes australiens qui fonctionne avec quatre sous-groupes. Mais comme cette limite mathématique est extrêmement rare, pour ne pas dire qu'elle n'existe pas, dans les systèmes crow et omaha, cette structure, qu'il appelle quasi-aranda se trouve immergée, dit-il, dans un flot d'événements de caractère purement probabiliste. Alors, il arrive à cette conclusion, en définissant ainsi la règle de fonctionnement de ces systèmes. « A chaque fois », écrit-il, « qu'une ligne de descendance a été sélectionnée pour fournir un conjoint », il utilise donc une définition neutre et asexuée « à un membre homme ou femme d'une autre ligne de descendance, tous les individus de la ligne qui a fourni ce conjoint sont exclus du domaine du choix pour la deuxième, celle qui a reçu le conjoint au moins pendant plusieurs générations. Or si le processus se répète à chaque mariage, le résultat ne peut être qu'une turbulence permanente, au rebours des régularités engendrées, elles, par le mariage asymétrique des Structures élémentaires de la parenté ». Il proposait pour vérifier cette hypothèse de la turbulence - cette impossibilité de se marier de façon endogame, cette obligation d'aller toujours plus loin chercher un conjoint - il proposait plusieurs méthodes, un calcul mathématique d'abord, qui a d'ailleurs été réalisé par Robert Jaulin, j'aurai peut-être l'occasion d'y revenir, et aussi des simulations informatiques, mais à l'époque personne ne pensait à le faire et d'ailleurs, personne ne l'a fait depuis, pour s'attaquer à ce problème et déterminer si des régularités sont cependant observables.

Alors de mon côté, j'avais noté, comme ça, simplement, sur le terrain, un taux extrêmement élevé d'endogamie locale, sur un ensemble de trois villages qui étaient reliés par des liens très solides de gestion patrimoniale, de gestion religieuse et politique, par des activités collectives communes et par leur histoire. C'est sur ces trois villages que j'ai donc fait un relevé généalogique. Comme ça, immédiatement, à vue de nez, sans même chercher des choses extrêmement sophistiquées sur un ordinateur, je voyais cette endogamie locale. Alors par quel mécanisme était-il possible de maintenir ce très fort taux, tout en respectant scrupuleusement, du moins pouvait-on le supposer et chercher à le vérifier, des interdits dont l'application croisée, si j'en croyais les hypothèses levi-straussiennes, auraient dû mener tout droit à la dispersion, à l'éclatement et à la turbulence ? J'ai donc choisi d'aller y voir, non pas par la simulation ou par le calcul mathématique, mais par l'analyse proprement dite des alliances matrimoniales effectivement réalisées, que j'ai relevées dans le corpus généalogique intégral des trois villages que je viens de citer, Gono, Dallo et Traoré, en vérifiant l'application des règles - parce que c'était la première des choses à faire : peut-être après tout qu'ils n'appliquaient pas leurs règles ! Mais je peux vous dire qu'ils les appliquent tout à fait bien - et en testant les hypothèse par un traitement informatique approprié qu'il fallut créer de toutes pièces, avec l'aide d'une informaticienne, dans les années soixante-dix, et avec le soutien évidemment intellectuel, matériel parce qu'il fallait de l'argent, des crédits, et moral de Claude Lévi-Strauss...

Voilà les deux questions que je m'étais posées au départ. Je reviens à la première, le moteur : quel est le moteur assez fort pour faire que ce type de système existe ? Il ne fait aucun doute à mes yeux que le noyau dur de l'organisation logique des systèmes type terminologiques considérés comme un tout et du fonctionnement interne de chacun d'eux, c'est bien en effet le rapport de germanité, car c'est là le lieu primordial où s'expérimente pour chacun l'identité et la différence au sein d'un rapport d'équivalence, c'est-à-dire le statut partagé d'enfants par rapport aux mêmes parents... Mais on peut être des frères ou des sœurs, garçons ou des filles. Le rapport d'engendrement du père à son enfant et celui d'enfantement de la mère au sien permet certes à l'enfant selon qu'il est garçon ou fille d'expérimenter également l'identité et la différence dans le rapport à ses parents - un fils est identique à son père, une fille est identique à sa mère - mais au sein d'un statut que n'est plus de partage, de réciprocité, mais où l'antériorité de la naissance des parents - ce qui est un fait qu'on ne peut nier, même si certains mythes, comme celui de l'Age d'Or ont essayé d'établir la possibilité d'existence de sociétés où les enfants naissent vieux - l'antériorité de la naissance des parents et l'état temporaire mais durable de dépendance des enfants crée, entre ces pairs, parents/enfants, père/fils, mère/fille, un rapport de supériorité hiérarchique. Cependant, le statut partagé des germains, où les positions sont apparemment et à priori semblables et équivalentes, est travaillé de l'intérieur par deux éléments de différenciation. S'ils sont plusieurs, les germains ne sont pas nécessairement du même sexe et ils sont rarement nés tous ensemble, l'ordre de naissance implique l'établissement et la reconnaissance de rapports d'aînesse au sein du groupe des germains tels là aussi que l'antériorité de naissance vaut supériorité hiérarchique. Et la différence sexuée qui ne devrait à priori reconnaître, au sein de l'équivalence du statut des germains, que la hiérarchie due aux rapports d'antériorité/aînesse se coule en fait dans ce même rapport hiérarchique pour des raisons sur lesquelles je ne me suis penchée que beaucoup plus tardivement, et c'est ensuite dans les ouvrages sur Masculin/féminin.

Alors, le principe que j'ai appelé la valence différentielle des sexes, qu'il ne faut pas confondre tout uniment avec la domination masculine et que j'ai défini comme la place différente des deux sexes sur une table des valeurs reproduit les rapports hiérarchiques parents/enfants ou aînés/cadets qui ne peuvent être renversés. En quelque sorte c'est un rapport, la valence différentielle des sexes, c'est un rapport que l'on pourrait écrire de la manière suivante et qui se fonde donc sur des faits d'observation qui sont des faits d'observation constants puisqu'ils n'ont pas varié depuis l'origine des temps et le rapport parents/enfants est au rapport aînés/cadets et aussi au rapport masculin/féminin, mais on y reviendra plus tard, dans une position telle que antérieur/postérieur équivaut à supérieur/inférieur (figure 19).

image

figure 19

Les parents sont nés avant les enfants, ils leurs sont supérieurs, comme les aînés sont nés avant et sont supérieurs et comme le rapport masculin/féminin s'inscrit là dedans pour des raisons sur lesquelles je reviendrai par la suite. Donc, ça c'est le principe de valence différentielle des sexes, c'est ce principe qui est à mes yeux le moteur de la différenciation interne de l'ensemble des systèmes type de parenté, selon qu'il est pris ou non en considération et selon la manière dont cette prise en considération se passe.

Tout se passe en gros comme s'il n'y avait que trois manières de concevoir le rapport croisé frère/sœur, celui où s'incarne la différence en terme de hiérarchie ou de valence différentielle des sexes. Ces trois rapports, c'est une absence de hiérarchie visible, je parle en terminologie, dans les terminologies de parenté, ou alors deuxième possibilité, un vecteur orienté qui mène du frère vers la sœur et troisième possibilité, un vecteur orienté qui mènerait de la sœur vers le frère. Alors on peut penser que les manières identifiées respectivement comme hawaïenne, esquimau et soudanaise de traiter les germains des parents, illustrent la combinatoire que j'ai appelée absence de hiérarchie visible dans la terminologie car ils ne différencient pas la relation de germanité en parallèle et en croisé. Même si la dominance apparaît à d'autres niveaux que le niveau proprement terminologique, le principe de dominance n'est pas utilisé dans l'établissement de ces modèles structuraux de parenté, en effet ; encore qu'on puisse montrer dans le détail du fonctionnement de certains d'entre eux, et notamment les systèmes hawaïens, la façon dont ce principe intervient quand même en sous main. Par exemple, là je me place dans un système hawaïen où à la génération des parents d'ego tous les individus sont des « pères » ou des « mères » pour ego. Et bien dans une même génération si une différence d'âge se trouve significative, être significative entre ego et un cousin par exemple où ils vont tous s'appeler « frère », puisqu'ils appellent les frères et sœurs de leurs parents « pères » et « mères », donc entre eux ils s'appellent tous « frères » et « sœurs ». Mais, s'il y a une différence d'âge significative entre deux cousins, le plus jeune, si cette différence d'âge excède une certaine temporalité, le plus jeune passe dans la classe « enfant », il ne reste plus dans la classe « frère/sœur », il est rapporté à la génération en dessous. Cela est toujours vrai si ego et alter sont de même sexe, mais si ego est une femme et qu'elle a un « frère » plus jeune, elle ne pourra jamais le mettre dans la classe « enfant », alors qu'un ego masculin appelle toujours et systématiquement « ma fille » une sœur plus jeune que lui. Donc vous voyez, un homme peut appeler « ma fille » une « sœur » beaucoup plus jeune que lui, alors qu'une femme ne peut pas appeler « mon fils » un « frère » plus jeune qu'elle. Donc, le principe de la dominance apparaît en sous main dans la terminologie comme on peut le montrer à travers des travaux ethnologiques : ceux-là sont ceux de Kernan et Krunt ..........................

Dans le cadre du vecteur orienté de la sœur vers le frère que l'on trouve associé à la filiation matrilinéaire et au système de parenté de type crow l'inverse des omaha et bien l'on observe qu'il est rare que dans la terminologie il exprime jusqu'au bout cette supériorité implicite du féminin sur le masculin dans le rapport de germanité. En effet, la discursivité terminologique ne va jamais à son terme, car l'aînesse réelle des germains mâles réintroduit l'égalité avec les sœurs tandis que la naissance cadette de la sœur conduit à nier sa prééminence structurale sur le frère dans les systèmes crow.

En revanche, dans le troisième cas, le vecteur orienté du frère sur la sœur, qui est le cas des systèmes omaha, surtout patrilinéaires, encore qu'il y en ait de cognatiques, là on va jusqu'au bout de cette prééminence exprimée dans la terminologie, on observe quelque chose que j'ai appelée une pesanteur structurale due à l'effet de la valence différentielle des sexes qui fait de l'ensemble des filles du lignage, quelque soit leur niveau générationnel, des équivalents de « sœurs » et de « filles » pour tous les hommes de ce lignage et qui fait que tous leurs enfants sont des « neveux », encore une fois, quel que soit leur niveau générationnel. Je vous le représente, c'est une suite logique de ces effets terminologiques dont j'ai parlé en présentant deux générations seulement, je pars au plus simple, voici mon ego à qui je représente une sœur qui donne naissance à des neveux et nièces, lui-même, je représente simplement sa lignée patrilinéaire, il a un père qui a une sœur, un grand-père qui avait une sœur, et je peux continuer encore à un arrière grand-père qui avait une sœur. Et bien, toutes ces femmes, quelque soit leur niveau, donnent naissance à des enfants, que ego ici appelle « neveux » et ils sont tous pour lui des « neveux » (figure 20),

image

figure 20

et toutes ces femmes il les appelle « ma sœur ». Et vous voyez ici, quel que soit son âge, quel que soit son niveau générationnel, toutes ces femmes sont ses « sœurs », la sœur du père, du grand-père, de l'arrière grand-père, sont des équivalents de sœurs et leurs enfants sont des « neveux » utérins pour ego ce que j'appelle une pesanteur structurale vers le bas (figure 21).

image

figure 21

Et, ce n'est pas seulement dû, comme l'aurait voulu Radcliffe-Brown, qui avait bien vu ce genre de choses, ce n'est pas seulement dû à l'effet de groupe perçu de l'extérieur, il dit, c'est parce que tel qu'on le voit, il faut imaginer la façon dont les autres voient de l'extérieur le lignage, et ils vont dire que tous les hommes du lignage de ma mère sont pour moi et pour tous les individus dont la mère est issue de ce même lignage, on va les appeler des « mères masculines », donc des oncles utérins, des grands-pères, etc, et donc ça, ce serait le rebours, puisque en fait des appellations semblables peuvent être données à des consanguins qui n'appartiennent pas, loin s'en faut, à ce groupe lignager. Par exemple, on appellera de la même manière ce même type de rapport, on va le trouver, dans un cas comme celui-ci : vous avez là deux femmes, deux sœurs qui sont issues d'un même lignage patrilinéaire, elles vont se marier dans des lignages différents et leurs enfants appartiennent à des lignages différents, ils n'appartiennent pas au même lignage (figure 22),

image

figure 22

et cependant ces deux là comme leur deux mères étaient sœurs, ces deux là s'appellent « frère/sœur » (figure 23).

image

figure 23

Celui-ci appelle celui-là « mon oncle maternel » (figure 24)

image

figure 24

et celui-ci va appeler celle-ci « ma sœur » et celui-ci « mon neveu utérin » (figure 25, figure 26, figure 27)

image

figure 25

 

image

figure 26

 

image

figure 27

. Et ce n'est pas une question de la façon dont les gens de l'extérieur conçoivent un lignage d'appartenance, et je prends ici un cas mais il y en a beaucoup d'autres, puisque l'on peut appeler de la même manière des individus où il n'y a plus cette question d'appartenance lignagère « en corps », « en corps » puisque c'était la façon dont Radcliffe-Brown utilisait ce type de langage, lignage « en corps ».

Alors les principes d'identité et de différence sexuée au niveau des germains, et l'inclusion de la différence avec une force plus ou moins grande dans un cadre hiérarchique bâti sur le modèle du rapport parents/enfants et aîné/cadet sont les moteurs ultimes de la différenciation structurale des grands systèmes type de parenté.

Mais ce n'est pas tout, partant toujours de cette expérience samo d'un système de parenté omaha et d'alliances semi-complexes, il m'est apparu très vite, parce que la chose était dite clairement et comme une bonne plaisanterie d'ailleurs par des informateurs masculins, il est apparu très vite que les femmes « agissent à l'envers des hommes. » Quand les informateurs disent cela de façon plaisante, cela impliquait certainement de leur part des jugements de valeur mais c'était aussi plus que cela, c'était la perception de quelque chose et c'est en effet trivial de constater que là où il y a cette préférence pour le mariage avec la cousine croisée matrilatérale - les systèmes élémentaires de Lévi-Strauss - qui est un type de mariage bien connu, décrit, analysé, le mariage asymétrique, avec des conséquences structurantes du champ de l'alliance, et bien si l'on se place du point de vue de l' épouse cette fois ci, le mariage avec la cousine croisée matrilatérale, c'est un mariage contracté avec un cousin croisé patrilatéral. Car si lui il épouse la fille du frère de sa mère (figure 28)

image

figure 28

- on est donc dans un système élémentaire où l'on doit épouser cette fille là - il épouse donc la fille du frère de sa mère, mariage donc croisé matrilatéral ; et bien elle, elle épouse le fils de la sœur de son père, elle épouse un cousin croisé patrilatéral, donc elle agit à l'envers, à l'envers des hommes (figure 29).

image

figure 29