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Sociologie du travail et activité

Publié le 10/02/2008
Auteur(s) : Alexandra Bidet (dir.)
Octarès, Coll. "Le travail en débats"
Fiche de lecture de l'ouvrage "Sociologie du travail et activité" d'Alexandra Bidet. Cet ouvrage collectif est le résultat d'un pari : celui que l'observation du travail dans sa version technique, mettant en évidence le corps, les gestes, la parole, apporte quelque chose de plus à l'analyse du travail. Le choix de croiser les approches disciplinaires (sociologues, ethnologues, anthropologue et linguiste collaborent pour cet ouvrage) et par là même les problématiques et les méthodes de recherches très fécondes offre un ouvrage agréable à lire et varié. Il présente l'originalité d'offrir des visions singulières de milieux sociaux étudiés jusque-là d'une manière différente.

Par Frédérique Giraud [1]

Présentation

Cet ouvrage témoigne d'un intérêt nouveau de la sociologie du travail pour l'activité, le travail en actes. L'activité de travail dans son déroulement concret a longtemps été ignorée des sociologues, focalisés, dans une tradition friedmaninenne, sur l'analyse de l'autonomie ou des contraintes du rapport salarial. L'introduction générale de l'ouvrage, intitulée « Le travail et sa sociologie au prisme de l'activité », écrite par Alexandra Bidet, prend de fait l'allure d'un manifeste pour une prise en compte rapide et complète du travail en train de se faire, du travail comme accomplissement pratique.

Les ergonomes ont très tôt saisi les lacunes des travaux des sociologues du travail qui ignorent selon eux la complexité des opérations du travailleur. Pour les sociologues, l'intérêt pour le déroulement de l'activité n'était pas présent parce que le travail était le moyen d'étudier le rapport salarial. Jamais ces travaux n'ont fait un récit du travail : il n'a jamais été présenté comme un activité s'inscrivant dans une temporalité propre, exigeant une cohérence interne. La description du poste de travail n'est pas faite pour elle-même, mais elle permet au sociologue d'en déduire la nature plus ou moins contrainte ou autonome du poste considéré. Or par là même, la mesure abstraite de cette autonomie n'est fondée sur rien de concret. Le temps de ce travail, sa technicité ne sont pas réellement abordés. L'effort de travail est observé à partir des critères de choix et de désutilité mais jamais dans sa technicité.

On l'aura compris, cet ouvrage collectif est le résultat d'un pari, selon A. Bidet : le pari que l'observation du travail dans sa version technique, mettant en évidence le corps, les gestes, la parole, apporte quelque chose de plus à l'analyse du travail. Ce serait donc un manque qui se comble. Pari tenu pourrait-on dire après la lecture de l'ouvrage : les articles qui le composent offrent des visions singulières de milieux sociaux étudiés jusque-là d'une manière différente. Ainsi l'étude de Jean-Pierre Hassoun sur les marchés financiers « à la criée » se focalise sur les émotions, les expressions verbales et physiques et le rôle qu'elles peuvent avoir dans la pratique des marchés. Et dans sa contribution, Anne Monjaret étudie de son côté la façon différenciée dont les espaces de travail à l'hôpital sont appropriés par les ouvriers de services techniques et par les administratifs.

L'article de Gérard Dubey sur les contrôleurs aériens nous initie à la technicité inconnue de ce métier. Brossons la situation en quelques traits. Le contrôleur aérien a une situation de travail caractérisée par l'incertitude. Ici le contrôleur aérien qui n'est pas seulement celui installé dans la tour de contrôle, mais le contrôleur de route qui vit dans un environnement éloignée des installations aéroportuaires, sa situation de travail est donc éloignée physiquement du système qu'il contrôle. Pour un contrôleur, le ciel est décomposé en volumes d'espace, appelés secteurs ; un binôme de contrôleurs est affecté un secteur. Le poste de travail est technique : deux écrans RADAR restituent une image numérique du ciel, le contrôleurs sont équipés de casque et de microphone. Le trafic aérien est synthétisé sur des strips, qui sont des bandes de papiers bristol indiquant les plans de vol, véritables indicateurs spatio-temporels des avions. Ce que l'on découvre donc à la lecture de cet article, c'est donc un ensemble de gestes et de préoccupations précises qui font le métier de contrôleur aérien.

Les contributions sont réparties en quatre sections qui distinguent des registres de créativité et de technicité du travail différents. La première section intitulée Corps et technicités dans l'action évoque des formes de travail à distance qui passant par l'intermédiaire de dispositifs techniques : l'ordinateur personnel, le contrôle du trafic aérien, la messagerie instantanée dans l'entreprise.

La seconde section Réaliser un produit, les détours d'un accomplissement concret s'intéresse à des actions moins équipées, le travail s'organise plus entre groupes de travail : il en est ainsi pour la création d'un film, le travail d'un huissier de justice et les autres actes juridiques. Enfin la section L'engagement subjectif dans l'activité, exigence anthropologique considère des actions où ma technique est encore moindre mais où c'est la personne qui est extrêmement mobilisée que ce soit dans une salle de marchés financiers, une usine automobile ou encore un hôpital. Une dernière section Le travail d'organisation en actes considère les formes de travail très instituées. Cet ouvrage nous offre donc un parcours dynamique au sein du travail, mobilisant sous différents aspects plus ou moins d'intermédiaires techniques.

Le choix de croiser les approches disciplinaires (sociologues, ethnologues, anthropologue et linguiste collaborent pour cet ouvrage) et par là même les problématiques et les méthodes de recherches très fécondes offre un ouvrage agréable à lire et varié.

 

Note :

[1] Frédérique Giraud est élève en sociologie à l'ENS Lettres & Sciences Humaines.

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