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Agnès Van Zanten et les stratégies des acteurs du système éducatif

Publié le 25/06/2009
De plus en plus de familles sont aujourd'hui attentives au choix des établissements scolaires que fréquenteront leurs enfants, y compris dans des systèmes éducatifs comme le système français dans lequel existe une contrainte formelle forte, la carte scolaire, visant à limiter ces choix dans le secteur public. Autour de cette thématique, on observe une inflation des discours politiques et médiatiques, mais peu de recherches dans le contexte français. En prenant appui sur une enquête par entretiens auprès de plus de 160 familles, appartenant en majorité aux classes moyennes intermédiaires et supérieures, menée dans quatre communes de la banlieue parisienne, cette communication s'intéressera aux déterminants des choix parentaux et aux médiations qui influent sur leur contenu et sur leur mise en œuvre.

Agnès van Zanten est sociologue, directrice de recherche au CNRS. Elle travaille dans le cadre de l'Observatoire sociologique du changement, laboratoire de recherche de l'Institut d'études politiques de Paris associé au CNRS, et donne des enseignements dans le Master recherche "Politiques et sociétés comparées" de Sciences Po sur les inégalités d'éducation et les méthodes de recherche qualitatives en sociologie. Elle est directrice du Groupement de recherche "RAPPE" (Réseau d'analyse pluridisciplinaire des politiques éducatives) du CNRS, dans le cadre duquel elle anime des séminaires et des projets de recherche impliquant des chercheurs français et étrangers et de jeunes doctorants. Elle est également responsable du réseau thématique "Sociologie de l'éducation et de la formation" de l'Association française de sociologie et membre du comité de rédaction de plusieurs revues scientifiques, françaises et étrangères.
Ses principaux centres d'intérêt en matière de recherche concernent la construction des inégalités et des ségrégations scolaires, les dynamiques éducatives locales, les politiques d'éducation, la comparaison des systèmes locaux et nationaux d'éducation et les théories, les méthodes, la diffusion et la réception des recherches en sociologie de l'éducation. Ses recherches actuelles portent sur «Le choix de l'école et la polarisation scolaire à Paris et à Londres», «Décentralisation éducative et évolution du rôle des acteurs de l'éducation» et «La formation des élites du secondaire au supérieur : clôture sociale et ouverture internationale».

Elle a publié de nombreux ouvrages sur ses travaux de recherche, notamment au cours des cinq dernières années :
- L'école de la périphérie. Scolarité et ségrégation en banlieue (Paris, PUF, 2001) ;
- Quand l'école se mobilise. Les dynamiques professionnelles dans les établissements d'enseignement (avec M.-F. Grospiron, M. Kherroubi et A. Robert, Paris, La Dispute, 2002) ;
- Les nouveaux enseignants. Changeront-ils l'école ? (avec P. Rayou, Paris, Bayard, 2004).
- La carte scolaire. (Paris, PUF, collection "Que sais-je ?", 2008).

Elle a également publié des ouvrages de synthèse, notamment Sociologie de l'école (avec M. Duru-Bellat, Paris, A. Colin, 3e édition 2006) ; L'école : l'état des savoirs (La Découverte, 2000) ; Les politiques d'éducation (Paris, PUF, collection "Que sais-je ?", 2004).
 

La présentation d'Agnès Van Zanten.

Dans le cadre du cycle de conférences, "Au fil du travail des sciences sociales", Agnès Van Zanten, est intervenue sur le thème suivant : "Choisir son école. Logiques et médiations".
« De plus en plus de familles sont aujourd'hui attentives au choix des établissements scolaires que fréquenteront leurs enfants, y compris dans des systèmes éducatifs comme le système français dans lequel existe une contrainte formelle forte, la carte scolaire, visant à limiter ces choix dans le secteur public. Autour de cette thématique, on observe une inflation des discours politiques et médiatiques, mais peu de recherches dans le contexte français. En prenant appui sur une enquête par entretiens auprès de plus de 160 familles, appartenant en majorité aux classes moyennes intermédiaires et supérieures, menée dans quatre communes de la banlieue parisienne, cette communication s'intéressera aux déterminants des choix parentaux et aux médiations qui influent sur leur contenu et sur leur mise en œuvre. Parmi les déterminants, seront examinés les visées et les idéaux parentaux, ainsi que les croyances des parents concernant le fonctionnement des établissements et leurs ressources économiques et culturelles. Parmi les médiations seront examinés la négociation familiale, la circulation de jugements dans des réseaux locaux, l'influence de l'offre éducative locale et celle des régulations politiques locales et nationales. La perspective adoptée est celle d'une déconstruction du modèle économique du choix rationnel et d'une mise en évidence du caractère pluraliste et contextualisé des choix réels. »

Nous vous proposons la vidéo de sa présentation.

Partie 1 :

Télécharger : SES/vanzanten1.flv


Partie 2 :

Télécharger : SES/vanzanten2.flv

 

L''école, espace pour des stratégies d'acteur ? Une évolution des analyses théoriques.

Les analyses théoriques de l'école sont en profonde évolution et la question sociologique classique de la «fonction de l'école» est aujourd'hui repensée au regard d'une multitude de travaux qui éclairent les mécanismes de fabrication des inégalités au sein de l'école.
Les théories de la reproduction observaient que la fonction principale de l'école n'est pas de transmettre des connaissances ou des compétences mais de donner une sanction perçue comme légitime à des inégalités sociales qui se jouent en dehors de l'institution scolaire. L'analyse est centrée sur les inégalités sociales de réussite à l'école : son fonctionnement et sa fonction sont pensés ensemble.
Les conclusions des théories de l'acteur et notamment celles de Raymond Boudon sur les fonctions de l'école sont très divergentes. L'école occuperait un rôle plus modeste que ne le laisseraient entendre les théoriciens de la reproduction, puisque le diplôme n'est qu'un déterminant de l'insertion parmi d'autres. Les inégalités sociales ne se réduisent pas aux inégalités scolaires. Pour Boudon, c'est la stratification sociale qui, par l'intermédiaire des stratégies d'acteurs situés socialement, constitue «le principal facteur responsable de l'inégalité des chances scolaires comme de l'inégalité des chances sociales». Boudon rejoint ici Bourdieu et Passeron : l'institution scolaire ne parvient pas à atténuer les inégalités sociales.

En somme, pour Bourdieu comme pour Boudon, les inégalités sociales surplombent l'école, mais ni l'un ni l'autre ne se sont intéressés à ce qui se passe en son sein. Pourtant, la question sociologique classique de la «fonction de l'école» doit selon Agnès Van Zanten pouvoir être «repensée à la lumière de tous les travaux qui éclairent la manière dont se fabriquent, au niveau de l'école, les inégalités : par l'accès des élèves à tel contexte scolaire et à tel public de camarades, par des interactions entre pairs inégalement stimulantes, par le biais de notation et les pratiques d'enseignants eux-mêmes situés socialement, par les stratégies des familles et des établissements, par des effets parfois pervers des politiques et de l'autonomie des divers acteurs en présence...» [1]. L'enjeu est désormais, comme le soulignent F. Dubet et D. Martucelli, d'analyser «les relations entre les multiples logiques du système et les pratiques des acteurs» [2]. Il s'agit alors de parvenir à mobiliser à la fois les apports des approches microsociales et macrosociales de la réalité scolaire, en faisant le lien entre les interactions individuelles et les régularités statistiques.
La notion «d'expérience scolaire» des élèves [3] illustre cette démarche d'élaboration d'un concept qui met en perspective la situation sociale des jeunes et les contraintes qui les marquent et les stratégies mises en œuvre par ces acteurs. Le va-et-vient est alors constant entre la subjectivité des acteurs et les cadres objectifs de leur expérience. J-M. de Queiroz et M. Ziolkovski notent que «le champ de l'école est celui où le plus clairement est en train de s'opérer la jonction entre l'analyse du «vécu» interactionnel et celle des contraintes structurale » [4].
Aujourd'hui, les élèves sont amenés à se construire comme sujet dans un système scolaire structuré par plusieurs logiques d'action qui peuvent être contradictoires : intégration sur la base d'une culture commune, formation et sélection d'élèves en concurrence pour des places rares, reconnaissance et éducation des élèves comme individus singuliers ou comme citoyens.
«La subjectivité de l'acteur s'élabore (...) sur la base de perceptions et d'interactions éminemment sociales (utilité sociale des filières, logiques de fraternisation ou d'opposition avec les enseignants par exemple), et dans des contextes (des classes, des établissements, des Académies) qui offrent des possibilités plus ou moins importantes d'accès à des ressources scolaires, culturelles et sociales. On conçoit donc que la construction d'une expérience soit plus ou moins difficile selon l'origine sociale des élèves, leur lieu de résidence et de scolarisation ou le type de filière choisie, la hiérarchie sociale s'incarnant dans une hiérarchie des expériences.» [5].
 
 

Notes :

[1] A. Van Zanten, A.Duru-Bellat, Sociologie de l'école, Armand Colin, 2006, p.215
[2] F.Dubet, D.Martucelli, Dans quelle société vivons-nous ? Paris, Seuil, 1998.
[3] F.Dubet, D.Martucelli, A l'école : sociologie de l'expérience scolaire, Paris, Seuil, 1996.
[4] J-M.de Queiroz et M.Ziolkovski, L'interactionnisme symbolique, Rennes, PUR, 1994.
[5] A. Van Zanten, A.Duru-Bellat, Sociologie de l'école, Armand Colin, 2006, p.217