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André Orléan : la finance de marché et ses crises

Publié le 28/10/2009
Auteur(s) : André Orléan
Anne Châteauneuf-Malclès
L'approche conventionnaliste des marchés financiers d'André Orléan apporte un éclairage particulier sur la récente crise financière. André Orléan a développé une analyse critique de la théorie de la finance standard, inspirée de l'approche keynésienne. Il pense que les marchés financiers ont un fonctionnement qui leur est propre et s'oppose à l'idée d'efficience financière. La thèse qu'il défend est que ces marchés sont intrinsèquement instables : ils ne peuvent s'autoréguler comme des marchés ordinaires et le mimétisme des investisseurs sur ces marchés engendre de manière récurrente des bulles spéculatives et leur éclatement. A. Orléan s'efforce de montrer comment les agents coordonnent leurs actions sur les marchés financiers sans forcément aboutir à un équilibre, dans un système "autoréférentiel", où la valeur d'un actif n'est pas déterminée par les "fondamentaux" mais reflète simplement l'opinion moyenne des intervenants sur ce marché. Nous vous proposons dans ce dossier la vidéo et un compte-rendu de la conférence d'André Orléan sur la finance de marché et ses crises, ainsi que des ressources complémentaires sur ses travaux.

L'économiste André Orléan a donné une conférence sur la finance de marché et ses crises le 2 février 2009, à l'Université Jean Monnet de Saint-Etienne, dans le cadre de la formation continue des enseignants de sciences économiques et sociales et d'économie-gestion de l'Académie de Lyon.

André Orléan est directeur de recherche au CNRS et directeur d'études à l'école des hautes études en sciences sociales (EHESS). Il est actuellement chercheur au laboratoire Paris-Jourdan Sciences économiques (PSE, Ecole d'économie de Paris) et co-responsable du Master "Economie des Institutions" (EHESS et Paris X-Nanterre). Il est également membre du Conseil scientifique de l'Autorité des Marchés Financiers (AMF) et du comité de direction de la revue Annales. Histoire, Sciences Sociales.

André Orléan est un spécialiste de la monnaie, de la finance et de la théorie des institutions. Le fil directeur de ses recherches est la question des croyances et des représentations collectives en économie, qu'il développe tout particulièrement dans le domaine de la finance. Avec Michel Aglietta, il a élaboré une approche institutionnaliste de la monnaie[1]. A. Orléan s'efforce de promouvoir une approche interdisciplinaire de l'économie, comme l'illustrent l'ouvrage collectif qu'il a co-dirigé avec Michel Aglietta La monnaie souveraine[2], ses contributions en sociologie économique[3] ou encore sa participation à l'école des conventions[4].

L'approche conventionnaliste des marchés financiers d'André Orléan apporte un éclairage particulier sur la récente crise financière. André Orléan a développé une analyse critique de la théorie de la finance standard, inspirée de l'approche keynésienne. Il pense que les marchés financiers ont un fonctionnement qui leur est propre et s'oppose à l'idée d'efficience financière. La thèse qu'il défend est que ces marchés sont intrinsèquement instables : ils ne peuvent s'autoréguler comme des marchés ordinaires et le mimétisme des investisseurs sur ces marchés engendre de manière récurrente des bulles spéculatives et leur éclatement. A. Orléan s'efforce de montrer comment les agents coordonnent leurs actions sur les marchés financiers sans forcément aboutir à un équilibre, dans un système "autoréférentiel", où la valeur d'un actif n'est pas déterminée par les "fondamentaux" mais reflète simplement l'opinion moyenne des intervenants sur ce marché. Dans un système financier globalisé et interconnecté, où la concurrence financière est par nature déstabilisatrice, la lutte contre la formation de bulles et les krachs ne passe pas, selon lui, par une régulation plus efficace et davantage de transparence du système, mais plutôt par une modification en profondeur de la structure même de celui-ci en le segmentant.

André Orléan a publié de nombreux articles et ouvrages sur ce thème de recherche, dont le dernier en date en 2009, un opuscule intitulé De l'euphorie à la panique : penser la crise financière.

Nous vous proposons dans ce dossier la vidéo et un compte-rendu de la conférence d'André Orléan sur la finance de marché et ses crises, ainsi que des ressources complémentaires sur ses travaux.Dans cette conférence, André Orléan aborde la question de l'efficience des marchés financiers et confronte les différents paradigmes permettant d'analyser le fonctionnement de ces marchés : la "finance de marché", la "finance comportementale" et la "finance conventionnaliste".

La conférence d'André Orléan

Télécharger : http://ens-real.ens-lsh.fr/SES/orlean/video_orlean.xml

Dans cette conférence, André Orléan aborde la question de l'efficience des marchés financiers et confronte les différents paradigmes permettant d'analyser le fonctionnement de ces marchés : la "finance de marché", la "finance comportementale" et la "finance conventionnaliste".

Pour compléter :

Lire le compte-rendu détaillé de la conférence.

Regarder une conférence en ligne dans le cadre du séminaire ARC2 "Accumulation, régulation, croissance et crise", sur le site ENS Paris : "Quel cadre théorique pour comprendre la crise financière: efficience, finance comportementale ou finance auto-référentielle?" André Orléan, 15 décembre 2008.

A propos du livre " De l'euphorie à la panique: penser la crise financière "

En 2009, André Orléan a publié un opuscule : De l'euphorie à la panique: penser la crise financière, Editions de la rue dUlm, Collection du CEPREMAP, mai 2009, 111 p.

Ce livre est téléchargeable sur le site du CEPREMAP.

Dans cet opuscule, André Orléan nous livre son analyse de la crise financière et bancaire récente. Critiquant l'interprétation dominante qui met en avant les dysfonctionnements du cadre institutionnel ou l'irrationalité des acteurs, sans remettre en cause la finance de marché, A. Orléan propose un autre diagnostic de la crise financière : celle-ci a été provoquée par l'instabilité intrinsèque des marchés financiers. En d'autres termes, la concurrence financière produit des excès de prix et amplifie les déséquilibres au lieu de les corriger. En centrant son analyse sur la logique cumulative des prix sur les marchés d'actifs et en mobilisant les concepts de "croyance", de "convention d'évaluation" et d'"autoréférentialité" du marché, issus du cadre analytique de la finance conventionnaliste, A. Orléan montre que la même mécanique est à l'oeuvre lors des emballements spéculatifs qui mènent à la formation de bulles et lors les vagues de panique et de défiance qui caractérisent les krachs.

Il passe en revue des différents éléments qui ont joué un rôle particulier dans la crise des subprimes et sa propagation : la titrisation et son opacité, les notations des agences, le phénomène de déflation de bilan des banques, la course à la liquidité... Mais ce qui explique à ses yeux l'ampleur de la crise et les mécanismes de contagion est d'ordre structurel : l'"aveuglement" des investisseurs produit par la concurrence financière et la force des croyances sur le marché ; la polarisation des acteurs vers la liquidité ; et l'interconnexion des marchés qui a contribué à sa diffusion planétaire.

Dès lors, quelles leçons tirer de la crise ? Keynes avait déjà mis en garde contre le fétichisme de la liquidité. A. Orléan insiste sur la nécessité de réviser de la structure du système financier mondial. Réguler davantage des institutions, comme le préconise le G20, ne lui paraît pas être la bonne solution : il faut revenir sur la primauté accordée à la finance de marché et à la liquidité parfaite, en cloisonnant les marchés financiers de manière à rétablir de l'hétérogénéité dans le système financier et le stabiliser.

Pour approfondir :

- Consulter notre fiche de lecture sur SES-ENS.

- Ecouter l'entretien avec André Orléan sur Radio BFM à propos de son livre, le 8 juillet 2009 (15mn34).

- Regarder l'intervention d'André Orléan le 14 octobre 2008, lors d'un débat organisé à l'école d'économie de Paris, "La crise financière et l'avenir du système financier", sur le site La vie des idées.

- Regarder l'entretien du 19 juin 2009 avec André Orléan sur le site La vie des idées : "Quelle régulation pour sortir de la crise financière ?".

- Lire l'entretien avec André Orléan publié par Alternatives Economiques n°283, septembre 2009, pp.83-85 : "Crise financière : l'erreur du G20".

Quelques articles et ouvrages fondamentaux d'André Orléan sur la théorie et la crise financière

De nombreux articles sont accessibles sur la page personnelle d'André Orléan.

Articles :

- "Liquidité et fluidité excessives, à la racine de la crise", Le Monde, 16 septembre 2009. Lire l'article.

- "Au-delà de la transparence de l'information, contrôler la liquidité", Esprit, novembre 2008, pp.38-42. Lire l'article.

- "La notion de valeur fondamentale est-elle indispensable à la théorie financière ?", Regards Croisés sur l'Economie : Comprendre la finance contemporaine, n°3, mars 2008, La Découverte, pp.120-128. Lire le document de travail préparatoire.

- "L'aveuglement au désastre. Le cas des crises financières", Esprit, n°343, mars-avril 2008, pp.9-19. Un entretien avec André Orléan sur la crise financière et ses sources. Lire l'article.

- "Les marchés financiers sont-ils rationnels ?", in Philippe Askenazy et Daniel Cohen (eds.), Vingt sept questions d'économie contemporaine, Albin Michel, 2008, pp.63-85. Lire le document de travail préparatoire.

- "Connaissance et finance : de l'hypothèse d'objectivité du futur à l'hypothèse conventionnelle", Working Paper, 2006. Article publié en anglais dans Handbook of Knowledge and Economics, Richard Arena, Agnès Festré (eds), Edward Elgar, 2006. Lire le document de travail.

- "Réflexions sur l'hypothèse d'objectivité de la valeur fondamentale dans la théorie financière moderne", in D. Bourghelle, O. Brandouy, R. Gillet, A. Orléan (éd.), Croyances, représentations collectives et conventions en finance, Economica, 2005, pp.19-42. Lire l'article.

- "Efficience, finance comportementaliste et convention : une synthèse théorique" in Boyer R., Dehove M. et D. Plihon, Les crises financières, La Documentation Française, Rapport du Conseil d'Analyse économique, octobre 2004, Compléments A, pp.241-270. Lire l'article.

- "Comprendre les foules spéculatives", in Gravereau J. et J. Trauman (eds.), Crises financières, Economica, 2001, pp.105-128. Lire le document de travail préparatoire.

- "L'individu, le marché et l'opinion : réflexions sur le capitalisme financier", Esprit, novembre 2000, pp.51-75. Lire l'article.

Ouvrages :

- La monnaie entre violence et confiance, avec Michel Aglietta, Economica, Odile Jacob, 2002. Consulter la Lettre de la régulation de juin 2002 présentant l'ouvrage.

- Le pouvoir de la finance, Odile Jacob, Paris, 1999. Sommaire.

- La violence de la monnaie, avec Michel Aglietta, Puf, Coll. "Economie en liberté", première édition 1982 ; seconde édition avec avant-propos 1984.

Direction d'ouvrages :

- Croyances, représentations collectives et conventions en finance, Economica, coll. "Recherche en gestion", 2005, en collaboration avec Daniel Bourghelle, Olivier Brandouy et Roland Gillet.

- La monnaie souveraine, avec Michel Aglietta, Odile Jacob, 1998. Sommaire.

D'autres ressources utiles sur le thème

Notre dossier SES-ENS : "Banques, crédits, qu'avons-nous appris ?"

Synthèses et ouvrages collectifs

- Sandrine Lardic, Valérie Mignon, L'efficience informationnelle des marchés financiers, La Découverte, Coll. Repères, août 2006, 128 p.

- Anton Brender, Florence Pisani, La crise de la finance globalisée, La Découverte, Coll. Repères, avril 2009, 128 p.

- Michel Aglietta, La crise. Pourquoi en est-on arrivé là ? Comment en sortir ?, Michalon, nov. 2008, 125 p.

- Patrick Artus, Henri Bourguinat (dir.), Théorie économique et crises des marchés financiers, Economica, 1989.

- Patrick Artus (dir.), La crise financière. Causes, effets et réformes nécessaires, Puf, Les Cahiers du Cercle des économistes, avril 2008.

- Alexis Trémoulinas, Comprendre la crise, Bréal, Coll. Thèmes et Débats, 2ème éd. 2010.

- Bertrand Jacquillat, Vivien Levy-Garboua, Les 100 mots de la crise financière, Puf, Coll. "Que sais-je?", 4ème édition juin 2011.

- Bertrand Jacquillat, Les 100 mots de la finance, Puf, Coll. "Que sais-je?", 5ème édition mai 2011.

Numéros spéciaux de revues

- Journée d'étude de l'OFCE du 12 février 2009 : "La crise financière, ses causes, son déroulement, ses conséquences. Quelles leçons?". Consulter le document de travail d'A. Cartapanis. Les articles et interventions ont été publiés dans le numéro de juillet 2009 de la Revue de l'OFCE (n°110 "La crise du capitalisme financier", sous la direction d'Henri Sterdyniak et Christophe Blot). Tous les articles de ce numéro sont disponibles sur le site de l'OFCE.

- Deux numéros de la revue Esprit en 2008 :

"Dans la tourmente (1). Aux sources de la crise financière" (novembre 2008). Sommaire.

"Dans la tourmente (2). Que fait l'état ? Que peut l'état ?" (décembre 2008). Sommaire.

- Regards Croisés sur l'Economie : Comprendre la finance contemporaine, n°3, mars 2008, La Découverte. Accès sur cairn.

Interventions en ligne

- Ethique à l'ENS, 13 janvier 2003 : "Économie, finances, confiance: les enjeux éthiques", avec les interventions de Monique Canto-Sperber (CNRS-ENS), Daniel Cohen (Paris I/ENS), Olivier Favereau (univ. Paris X) et André Orléan (CNRS, PSE, EHESS, ENS).

- Vidéos accessibles : La crise expliquée aux étudiants (septembre 2009). Des experts de haut niveau expliquent la crise aux lycéens : Michel Aglietta, Jean-Paul Pollin, André Orléan, Antoine Merieux, David Thesmar, Jacques Mistral, Agnès Belaisch, Christian Chavagneux, Elie Cohen, Olivier Godechot....

 


Notes :

[1] Michel Aglietta, André Orléan, La monnaie entre violence et confiance, Economica, Odile Jacob, 2002. Cet ouvrage renouvelle l'essai de 1982, La Violence de la monnaie, et propose une théorie institutionnaliste de la nature de la monnaie, en y développant l'idée que la monnaie devient, grâce à la confiance de la collectivité, l'institution fondatrice de la société marchande.

[2] La monnaie souveraine sous la direction de Michel Aglietta et André Orléan, Odile Jacob, 1998.

[3] Il a notamment participé récemment à l'ouvrage collectif Traité de sociologie économique édité par François Vatin et Philippe Steiner en 2009 (Puf, Coll. "Quadrige") : "La sociologie économique de la monnaie", pp.209-246. Il a également publié dans la revue L'Année Sociologique "La sociologie économique et la question de l'unité des sciences sociales", dans un numéro dirigé par P. Steiner et I. This Saint Jean consacré aux "Sociologies économiques", vol.55, n°2, 2005, pp.279-305.

[4] L'école des conventions est un courant intellectuel né en 1989 qui rassemble des économistes, des sociologues et des juristes (François Eymard-Duvernay, Olivier Favereau, André Orléan, Robert Salais, Laurent Thévenot...) et plaide pour une réunification dans les sciences économiques, sociales et politiques. L'économie des conventions a connu des développements dans l'analyse des marchés financiers sous l'influence d'A. Orléan. Mettant au jour les limites de la théorie standard, l'économie des conventions cherche à articuler dans un même cadre d'analyse les valeurs et les forces normatives, la coordination des actions, et la rationalité (limitée) de l'agent, pour aller vers une "science générale des relations humaines". Voir par exemple "Valeurs, coordination et rationalité. L'économie des conventions ou le temps de la réunification dans les sciences sociales" par F. Eymard-Duvernay, O. Favereau, A. Orléan, R. Salais et L. Thévenot, octobre 2003 ou L'économie des conventions. Méthodes et résultats, François Eymard-Duvernay (ed), La Découverte, 2006.

 

 

Anne Châteauneuf-Malclès pour SES-ENS.