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L'écho de la recherche : comportements religieux et gestion du risque

Publié le 15/10/2020
Auteur(s) : Eva Raiber
Eva Raiber, assistant professor à l'École d'Économie d'Aix-Marseille, est spécialiste en économie du développement, de la famille et de la religion. Elle mène des travaux en microéconomie appliquée en collectant des données dans des pays différents comme la Chine, l'Allemagne et le Ghana. Dans cette interview, elle présente les résultats d'une expérience de terrain sur les motivations de la participation religieuse. L'étude met en évidence un lien entre religiosité et gestion du risque.

« L'écho de la recherche » donne la parole à un ou une économiste, sociologue ou politiste pour présenter, dans un format court, son domaine et ses travaux de recherche. Cette vidéo a été réalisée à l'occasion des « Jéco étudiants » de novembre 2019. Eva Raiber a participé à la table ronde À la rencontre des grands économistes de demain.

Présentation

Les travaux de microéconomie appliquée d'Eva Raiber, enseignante-chercheure à l'Université d'Aix-Marseille, portent sur l'économie de la famille et de la religion. Elle s'intéresse aux choix et préférences des individus en matière de fertilité, d'éducation, de mariage et de participation religieuse, en lien avec des questions économiques. Dans l'article God insures those who pay ? Formal insurance and religious offerings in Ghana, Eva Raiber se demande avec ses co-auteurs pourquoi les membres des organisations religieuses font des dons à celles-ci et si la motivation des donateurs peut être de s'assurer afin de limiter leur exposition au risque.

Pour tester cette hypothèse, Eva Raiber a réalisé une expérience de terrain au Ghana où la population est très pieuse et donne beaucoup d'argent à l'église. Cette expérience, qui repose sur un essai randomisé contrôlé [1], a montré que les individus bénéficiant d'une police d'assurance font 10 % de dons en moins à leur église et aux organismes de bienfaisance par rapport aux individus qui ne sont pas assurés. Ces résultats tendent à prouver que, dans un contexte de faiblesse des institutions formelles de gestion du risque, les membres d'une organisation religieuse perçoivent celle-ci comme une source d'assurance matérielle. Cette perception repose sur la croyance en un Dieu interventionniste et protecteur récompensant les comportements charitables. L'existence d'assurances informelles via la participation religieuse, qui peuvent se substituer à des assurances formelles, est un élément important à considérer lors de la mise en place d'un système d'assurance santé dans un pays en voie de développement.

Interview d'Eva Raiber

Interview d'Eva Raiber

Pour télécharger la vidéo, cliquez sur l'icône de droite en bas de la vidéo ou clic droit et "enregistrer sous".
Version audio mp3.

Pour aller plus loin

Le site personnel d'Eva Raiber : https://evaraiber.weebly.com/

Sur les dons aux institutions religieuses au Ghana :

Auriol E., Lassébie J., Panin A., Raiber E., Seabright P., God insures those who pay ? Formal insurance and religious offerings in Ghana. Quarterly Journal of Economics (à paraître). Working Paper (2020).

Sur l'impact des anticipations du taux de fécondité sur les investissements en matière d'éducation :

Raiber E., Anticipated Fertility and Educational Investment : Evidence from the One-Child Policy in China. Working Paper, Aix-Marseille School of Economics, Aix-Marseille University (2020).

Sur l'approche expérimentale en économie du développement :

Banerjee A. V., Duflo E. (2009), L'approche expérimentale en économie du développement. Revue d'économie politique, vol. 119, 5, p. 691-726.

Voir également le dossier de SES-ENS consacré aux travaux d'Esther Duflo, Partie 1 : Une démarche novatrice d'expérimentation sociale mise en application dans le laboratoire d'action contre la pauvreté (mai 2010).

Note

[1] Les expériences randomisées contrôlées reposent sur le principe de l'affectation aléatoire d'un « traitement » (une politique publique, un essai clinique…) sur une population. La population est répartie en deux groupes de manière aléatoire afin qu'ils soient homogènes. L'un des deux groupes est affecté par le traitement (groupe de traitement), tandis que l'autre groupe n'est pas concerné (groupe témoin). La comparaison des deux groupes permet d'évaluer l'effet causal dudit traitement et donc son efficacité : un programme public ou un nouveau médicament par exemple. La méthode expérimentale de l'essai randomisé contrôlé a connu un essor important dans le champ de l'économie du développement au cours des années 2000, notamment sous l'impulsion des travaux d'Abhijit Banerjee et Esther Duflo au sein du laboratoire d'action contre la pauvreté, le J-PAL.

 

Interview réalisée avec le concours de la section d'économie de l'ENS de Lyon (département des sciences sociales). Texte de présentation rédigé par Charlotte Combier, élève à l'ENS de Lyon.

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