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Rapport : Conférence des doyens et directeurs des facultés et UFR de SEG (2001-2002)

Publié le 22/03/2006
La science économique occupe une position médiane dans le spectre des sciences allant des sciences physiques aux sciences humaines. Science théorique et appliquée, science spéculative et finalisée, elle possède des caractères qui en font une science dans une situation intermédiaire. Cette situation de la science économique détermine celle de l' Economie en tant que filière au sein du système scolaire et universitaire. La formation par l'Economie en retire sa capacité à donner à ceux qui en bénéficient une adaptabilité certaine comme l'indiquent la nature et la variété des débouchés offerts aux économistes.

Retour au dossier "Le rôle de l'économiste et la place de l'économie dans la société aujourd'hui"

I. Position intermédiaire de la science économique dans le champ des savoirs

La science économique ressemble à la Physique par ses méthodes et à la Sociologie par son objet. Elle est ainsi une science qui recourt de plus en plus à la modélisation et aux techniques quantitatives tout en restant une science humaine et sociale. La science économique, d'autre part, est une science théorique mais aussi très largement, une science appliquée. Si enfin, par certains aspects, elle est une science spéculative orientée vers la connaissance pure, elle est aussi une science pratique qui contribue à la résolution de problèmes concrets.

1. Science économique : science formelle / science humaine

Par son objet, la science économique se prête particulièrement bien à la formalisation et à la modélisation qui occupent dans la discipline, depuis Cournot (1838), une place croissante. De sorte qu'aujourd'hui l'Economie s'écrit en langage mathématique . Elle a pu être ainsi qualifiée de plus dure des sciences molles ; on pourrait dire, de manière symétrique, qu'elle est la plus molle des sciences dures .

De ce point de vue, l'Economie se présente comme la science qui fait le pont entre les sciences formelles et les sciences humaines. En témoigne l'attrait qu'elle exerce auprès des mathématiciens qui la choisissent comme champ d'application.

D'autre part, du fait de l'importance et de la spécificité des mesures dont elle a besoin, la science économique recourt aussi aux techniques statistiques et quantitatives les plus pointues, mobilisant l'outil informatique. Elle est donc également une science quantitative dont les méthodes sont utiles aux milieux professionnels les plus divers.

En tant que son objet fait partie du champ social enfin, elle s'intéresse aux institutions, aux normes sociales et juridiques, à l'histoire des faits. Elle reste ainsi une science sociale qui appartient aux sciences humaines en général. Le socio-économiste dialogue avec le sociologue, le théoricien de la décision avec le psychologue, l'économiste du Droit avec le juriste, etc.

2. Sciences économique : science théorique / science appliquée

D'un autre point de vue, l'Economie est à la fois une science théorique et une science appliquée.

Elle est une science éminemment théorique. La recherche en Economie, comme celle d'autres sciences comme la Physique par exemple, compte une forte tradition théorique et abstraite. Mais l'Economie trouve de nombreux champs d'application, par exemple, dans l'analyse de la conjoncture, le commerce international, la Banque, la Finance ou l'Assurance ; elle est impliquée dans de nombreux domaines d'expertise comme l'économie de la santé, du travail, des ressources humaines, de l'éducation, etc. De cette double nature vient le fait que, malgré la diversité de ses approches, la science économique se caractérise par sa capacité à avoir une approche systémique de la plupart des questions.

3. Science économique : science spéculative / science finalisée

Enfin, on peut dire dans cette double perspective que la science économique est à la fois une science spéculative et une science finalisée.

La théorie de l'équilibre économique général a été conçue par son fondateur, Léon Walras, comme une science pure , comme une branche des Mathématiques, et elle s'est développée en gardant ce caractère. Mais la Science Economique est aussi une science finalisée en ce qu'elle analyse la société, les institutions ou les organisations pour en améliorer le fonctionnement [1]. Les décisions de politiques économiques sont adossées aux études de Macroéconomie théorique et au traitement des données conjoncturelles de même que des décisions des Administrations Publiques s'appuient sur les expertises visées au point précédent. Les chercheurs en Economie sont sollicités pour apporter leur contribution à la résolution de problèmes concrets et nouveaux. Ainsi, les spécialistes d'Economie Industrielle sont-ils interrogés pour résoudre des problèmes d'organisation de réseau, de réglementation, de stratégie, etc. Par leur capacité à traiter l'information, les économistes trouvent aussi des débouchés spécifiques dans le champ de l'aide à la décision, dans l'entreprise ou dans d'autres institutions.

En tant qu'elle est une discipline finalisée, l'économie est scientifique, technologique, et professionnelle :

  • Scientifique : c'est-à-dire reposant sur un gisement de connaissances alimenté par la recherche
  • Technologique : c'est-à-dire impliquant un certain nombre de savoir faire', en liaison avec des procédures et/ou des équipements spécifiques
  • Professionnelle : c'est-à-dire visant à préparer à des métiers spécifiés [2].

La science économique est donc dans le champ des savoirs dans une position intermédiaire. Intermédiaire entre les sciences dures et les sciences humaines et sociales, elle est à la fois une science à orientation fortement théorique et à orientation plus appliquée, et une science à objectif généraliste et à objectif professionnel. Cette position intermédiaire dans les sciences confère à la filière de l' Economie une position médiane dans la culture scolaire et universitaire.

II. Position médiane de la filière Economie dans le système scolaire et universitaire

L' Economie dans le système scolaire est une discipline majeure de la filière Science économiques et sociales . En tant que filière universitaire, l'Economie est un prolongement important de cette filière.

1. Place des Sciences Economiques et Sociales dans la culture scolaire

L'Economie est une matière majeure de la troisième culture . Perçue par les élèves comme intermédiaire entre la culture scientifique et la culture littéraire, la troisième culture est dispensée par la filière Sciences Economiques et Sociales . Pendant longtemps, cette filière a été choisie par les élèves qui ne se sentaient à l'aise, ni dans les matières scientifiques, ni dans les matières littéraires. Aujourd'hui, notamment grâce à l'option Mathématiques créée par la réforme de 92 (et suivie par 48 % des Terminale ES), elle l'est de plus en plus par des élèves qui sont à l'aise et dans l'une et dans l'autre. On observe que parmi les bacheliers en avance ou à l'heure , les bacheliers ES ont un taux d'accès en deuxième cycle universitaire égal à celui des bacheliers des autres filières [3]. De sorte qu'après avoir largement porté le poids de la démocratisation de l'enseignement secondaire, on voit que, de plus en plus, la troisième culture attire de bons élèves et forme sa propre élite au même titre que les autres. On note par ailleurs que c'est la filière du secondaire qui résiste le mieux à l'érosion des effectifs. En 98-99, elle a reçu 28 % des élèves de Terminale de la voie générale [4].

2. Place de l'Economie dans les cursus universitaires

Au niveau de l'enseignement supérieur, l'Economie offre aux élèves de Sciences Economiques et Sociales un éventail complet de poursuites d'études : classes préparatoires aux ENS (khâgnes B/L, préparations à l'ENS Cachan), classes préparatoires aux Grandes Ecoles de Commerce, filières universitaires d'Economie et Gestion, d'AES, IUT et BTS du tertiaire. Elle offre toute une gamme de formations plutôt mathématisées ou plutôt littéraires, plutôt théoriques ou plutôt appliquées, plutôt généralistes ou plutôt spécialisées.

En ce qui concerne l'Economie à l'Université, la filière reçoit des titulaires de tous les bacs généraux, ES, S et même L. En première année de DEUG d'Economie et Gestion, les bacheliers ES représentent les deux tiers des bacheliers généraux [5]. En 2ème cycle ou en 3ème cycle, viennent aussi à l'Economie ou à l'Econométrie des étudiants qui ont choisi de commencer par les études scientifiques de la filière MASS.

De plus en plus, par ailleurs, l'Economie, traditionnellement enseignée aux juristes, est une discipline complémentaire dans les Ecoles d'Ingénieurs, dans le secteur de la Santé, en Gestion, dans les MIAGE, en LEA, en STAPS, etc.

La position intermédiaire de la science économique dans le champ des savoirs et la position médiane de la troisième culture dans l'appareil scolaire et universitaire confèrent à l'Economie des caractéristiques formatrices particulières.

III. Formation à, et par, l'Economie

On comprend pourquoi l'Economie, comme discipline universitaire, est à la fois une filière de spécialité, transmettant des connaissances particulières, et une filière de formation, donnant des compétences générales. En tant que discipline de spécialité, elle transmet des savoir faire spécifiques. En tant que discipline de formation, elle donne des compétences générales.

L'apprentissage des techniques de formalisation confère aux étudiants des qualités intellectuelles spécifiques d'analyse, d'abstraction, de raisonnement, de rigueur. L'acquisition des techniques statistiques et la maîtrise de l'outil informatique transmettent des compétences largement utilisables dans de nombreuses situations professionnelles. La nécessaire connaissance du matériau social et des faits requiert un travail de textes et de données. Mais les études d'Economie favorisent aussi l'acquisition de connaissances techniques ou la maîtrise de langages spécialisés. Enfin, les enseignements d'Economie proprement dite sont naturellement articulés avec des enseignements complémentaires, Droit, Histoire, Sociologie, Gestion, etc. De sorte que les études d'Economie favorisent l'accès à une culture large et générale.

Les études d'Economie à l'Université devraient ainsi permettre la poursuite d'objectifs professionnel, scientifique et culturel et social, en veillant à privilégier peut-être plus qu'actuellement le premier. Les conséquences pour la formation sont qu'il y a plusieurs équilibres à trouver entre

  • la culture générale et une formation analytique forte
  • une formation théorique et une orientation plus appliquée
  • les enseignements économiques proprement dit et les enseignements complémentaires, notamment les langues.
  • une technicité sophistiquée et la parfaite maîtrise des instruments simples (ceux qui sont vraiment nécessaires dans les entreprises)
  • le respect du pluralisme des approches et l'écueil d'un relativisme excessif
  • l'apport de réponses techniques et le maintien de l'intérêt des étudiants
  • l'enseignement académique, le travail en petit groupe et l'apprentissage de la vie en entreprise

Les études d'économie actuellement ne respectent pas toujours suffisamment ces équilibres ce qui conduit à préconiser la substitution d'heures de travaux dirigés à des heures de cours , une orientation plus pratique des cursus, l'insistance sur les stages, l'augmentation des enseignements complémentaires, le recul, dans le temps, des apprentissages économiques techniques et spécialisés au profit d'enseignements d'ouverture et d'autres consacrés à la politique économique, une importance accrue donnée à la transmission de connaissances transférables dans les domaines professionnels.

Les études d'Economie, a fortiori sous ces conditions, favorisent l'accès à cette culture générale et applicable, transmettant à ceux qui la possèdent une adaptabilité certaine.

Cette adaptabilité s'observe dès le troisième cycle des études universitaires. Les maîtres en Economie peuvent accéder à des DESS dont la diversité est considérable, et dans des domaines de compétence extrêmement variés, et pas seulement en Economie stricto sensu : Ressources Humaines, Commerce Extérieur, Aménagement Local, Techniques de la décision dans l'entreprise, Gestion des services de santé, etc. Cette professionnalisation venant compléter une formation à la fois technique et généraliste comme on l'a indiqué donne d'ailleurs d'excellents résultats : on observe que les économistes titulaires de DESS font une concurrence sévère aux Ecoles de Commerce y compris celles de haut niveau. On n'observe pas par ailleurs de difficultés particulières d'insertion pour les économistes titulaires de DEA.

Or, de manière paradoxale, cette adaptabilité nuit d'une certaine façon à la réputation de la filière dans la mesure où elle brouille la visibilité des débouchés. De telle sorte que certains étudiants ayant entamé des études d'Economie vont vers des filières qui leur semblent, souvent à tort, plus professionnelles .

IV. Les débouchés

L'adaptibilité des économistes peut se déduire des deux observations suivantes :

  • 1. les débouchés offerts aux économistes sont de bonne qualité
  • 2. ils sont d'une grande variété.

L'enquête réalisée en 1999 par l'APEC sur le marché de l'emploi des jeunes diplômés en Sciences économiques témoigne de leur bonne insertion professionnelle. Pour ceux qui s'étaient inscrits à l'APEC en 1997 (correspondant à la population étudiée pour l'enquête de 1999), la durée médiane de recherche d'emploi a été de 4 mois. 88 % de ces jeunes diplômés ont désormais un emploi. La plupart sont employés dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée. 41 % ont le statut de cadre dans le secteur privé ou sont fonctionnaires de catégorie A. Leur salaire annuel moyen est de 153 KF, avec un minimum de 85 KF et un maximum de 250 KF. Cette enquête montre par ailleurs que les débouchés en effet des étudiants en Economie sont extrêmement variés. Ils dépassent largement le champ de l'Economie proprement dite ; quant à ceux qui sont économistes, leurs pratiques sont diverses.

Une enquête locale [6] sur les débouchés par secteurs donne des indications globalement significatives : 1 % dans l'agriculture, 8,5 % dans l'Industrie, le reste se plaçant dans le secteur tertiaire, 6 % dans les services aux particuliers, 18,5 % dans les services aux entreprises, 28 % dans la Banque et l'Assurance, 8,5 % dans la Recherche et l'Enseignement, 19,5 % dans l'Administration et 10 % dans les divers tertiaires. La diversité des emplois est évidemment plus grande encore, les plus cités étant ceux de chargés d'études, de conseiller commercial, d'analyste financier, d'enseignant.

 


Notes :

[1] Rapport Perez sur les disciplines de gestion.

[2] id.

[3] Rapport Simler , p 12.

[4] id., p 4.

[5] id,. p 12.

[6] Université de Toulouse 1.