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Regards sur le terrorisme : que nous disent les économistes, les sociologues et les politistes ?

Publié le 23/11/2015
Auteur(s) : Anne Châteauneuf-Malclès
Suite aux attentats qui ont touché Paris le 13 novembre 2015, un travail d'analyse et de réflexion sur ces évènements s'avère essentiel, en particulier pour apporter à nos élèves des réponses à leurs interrogations et des clés pour comprendre. L'éclairage que donnent certains économistes, sociologues et politistes sur les attentats terroristes et la radicalisation djihadiste peut aider à appréhender ce phénomène complexe dans différentes dimensions et ainsi mieux en saisir les multiples ressorts et effets. Cet article permettra de découvrir dans un premier temps un certain nombre d'analyses économiques du terrorisme et des liens entre activités terroristes et économie. Le terrorisme peut être analysé sous l'angle macroéconomique, lorsqu'il s'agit d'étudier "l'économie du terrorisme" ou ses coûts économiques pour un Etat. Il peut également être analysé comme un phénomène microéconomique, certains travaux cherchant à expliquer les comportements des terroristes à l'aide du modèle économique du choix rationnel.

Suite aux terribles attentats qui ont touché Paris le 13 novembre 2015, un travail d'analyse et de réflexion sur ces évènements s'avère essentiel, en particulier pour apporter à nos élèves des réponses à leurs interrogations et des clés pour comprendre. L'éclairage qu'apportent certains économistes, sociologues et politistes sur les attentats terroristes peut aider à appréhender ce phénomène complexe dans différentes dimensions et ainsi mieux en comprendre les multiples ressorts et effets. Nous vous présentons ici un certain nombre de travaux et de ressources scientifiques représentatifs des regards que peuvent porter les économistes, les sociologues et les politistes sur le terrorisme et la radicalisation djihadiste. Bien entendu, ces analyses n'épuisent pas le sujet, et nous n'aborderons pas ici les travaux des historiens, des géographes, des juristes, des psychologues, ou encore des philosophes (bien que certains auteurs se situent souvent à la frontière de plusieurs disciplines). Pour une recension des travaux récents sur ces questions réalisés par des géographes et géopoliticiens (mais aussi par des politistes, anthropologues, sociologues ou historiens), on pourra consulter le site Géoconfluence : "Pour contribuer à la réflexion après les attentats du 13 novembre 2015".

Nous vous proposons dans un premier temps de découvrir un certain nombre d'analyses économiques du terrorisme et des liens entre activités terroristes et économie.

Le regard des économistes sur le terrorisme

Le terrorisme en tant que phénomène global a une double dimension économique. D'abord, pour se déployer, il a besoin de ressources financières, mais, en raison leur nature clandestine, celles-ci proviennent le plus souvent d'activités criminelles ou d'activités liées aux réseaux criminels telles que les trafics, les vols et pillages, les rançons de kidnapping, etc. Ensuite, le terrorisme a des répercussions économiques sur les Etats et les territoires visés par les attentats, sur leurs activités, leur croissance et leurs échanges, directement de par les destructions humaines et matérielles qu'il occasionne et les mesures sécuritaires qui doivent être prises, mais aussi indirectement, en raison de ses externalités négatives. En générant de l'incertitude et un sentiment d'insécurité, les incidents terroristes peuvent affecter la consommation de la population (effet psychologique), la confiance des partenaires commerciaux et des investisseurs, certains secteurs comme le tourisme et le transport, des services publics touchés par des restrictions budgétaires au profit des activités policières et militaires, ou encore le bien-être subjectif de la population. Ils peuvent aussi compromettre l'intégration de certains groupes qui ont alors plus de difficultés à trouver un emploi ou un logement (les musulmans après le 11 septembre).

Lors des dernières Journées de l'économie de Lyon, une table ronde intitulée "Argent et terrorisme" a été consacrée à la réflexion sur ces dimensions économiques et financières du terrorisme (13/10/2015) :


Jéco 2015 : Argent et terrorisme par journeeseconomie

La vidéo de la conférence est aussi en ligne dans la bibliothèque virtuelle des Jéco sur cette page du site Toutéconomie.
En complément, nous signalons deux billets, utilisables en classe, consacrés à cette conférence sur le blog des Jéco (13/10/2015) : "La réalité complexe du financement terroriste" et une interview de l'économiste Daniel Mirza sur les impacts économiques des attentats terroristes sur les territoires visés.

"L'économie" du terrorisme : les ressources financières des activités terroristes

Un certain nombre de travaux, à la frontière de la géopolitique et l'économie, s'intéressent au financement du terrorisme et aux liens entre économie et terrorisme.

Selon le politiste Jean-Marc Huissoud, Directeur du Centre de Géopolitique et Gouvernance de Grenoble Ecole de Management, invité à la conférence "Argent et terrorisme", les activités terroristes sont pour beaucoup des activités "low cost" (il est relativement peu coûteux d'organiser un attentat ponctuel), mais lorsque les terroristes cherchent à s'implanter sur un territoire, comme les Talibans ou Daesh, ils ont des besoins beaucoup plus importants, en armes et logistique, mais aussi pour rémunérer les combattants, acheter la paix sociale ou encore fournir des services publics. Les sources de financement des activités terroristes sont très diversifiées et complexes, elles sont fortement liées aux systèmes mafieux : racket, trafics illégaux (drogue, cigarettes…), qui s'appuient parfois sur des réseaux de contrebande déjà présents, impôt révolutionnaire et levée de fonds forcée sur les populations locales, détournement de dons d'organisations caritatives, etc. Cette "économie du terrorisme" souterraine, très lucrative, est désormais globalisée. Elle prospère grâce à ses liens avec la finance internationale : l'argent criminel passe par des sociétés écrans et des paradis fiscaux pour être blanchi. Ainsi, comme l'a souligné aux Journées de l'économie Jean-Charles Antoine, chercheur à l'Institut Français de Géopolitique, les frontières entre les groupes mafieux impliqués dans le commerce illégal et les groupes terroristes luttant pour une cause idéologique, politique ou religieuse, sont très poreuses. Certains groupes terroristes se muent en groupes mafieux, comme les guérilleros des FARC en Colombie dont la cause est devenue un prétexte pour s'imposer dans le trafic de cocaïne. Inversement, certains acteurs du commerce illicite se transforment en groupes politiques ou religieux. Par exemple, les auteurs d'actes terroristes ces dernières années en France ou en Europe étaient fréquemment des délinquants impliqués dans le trafic de stupéfiants et/ou le grand banditisme qui ont basculé dans le combat djihadiste. 

Comment se finance Daesh, l'organisation terroriste qui a revendiqué les attentats du 13 novembre à Paris ?

Un site à consulter : Global Terrorism Database, une base de données sur le terrorisme hébergé par University of Maryland.

Les coûts économiques du terrorisme


photo de Daniel Mirza conférence "argent et terrorisme"Le terrorisme représente également un coût économique que certains chercheurs cherchent à évaluer au niveau macroéconomique. 

Daniel Mirza, Professeur d'économie à l'Université de Tours, chercheur au Laboratoire d'Economie d'Orléans et chercheur associé au CEPII, est l'un des rares économistes français à travailler sur ces questions. Son intervention aux Journées de l'économie donne un bon aperçu des travaux réalisés aux Etats-Unis et en France sur l'impact économique des activités terroristes. Selon lui, celles-ci engendrent des coûts de destruction de capital humain et physique, mais aussi des coûts de transaction en termes de mesures sécuritaires et de primes d'assurance. 

De plus, le terrorisme équivaut à «une taxe asymétrique qui distord l'allocation des ressources» :

- il prive de moyens certains services publics par un transfert de moyens au profit de la lutte contre le terrorisme dans le budget de l'Etat. Or ces dépenses ne sont pas génératrices de richesses nouvelles comme peuvent l'être l'éducation, les dépenses d'infrastructures ou la santé.

- il "taxe" certains secteurs économiques, tout particulièrement ceux du transport et du tourisme (comme le transport aérien après le 11 septembre aux Etats-Unis ou le tourisme en Tunisie), et son impact sur l'économie est d'autant plus fort que le pays concerné est spécialisé dans ces activités et que les attaques sont fréquentes.

- enfin il réduit le commerce international de certains pays au bénéfice des pays jugés sûrs, en raison des restrictions de circulation de personnes vers les pays d'où émane le terrorisme, mais aussi du fait de la réduction des échanges avec des pays voisins de ceux-ci, ou présentant une proximité religieuse ou linguistique avec les territoires les plus impliqués dans le terrorisme.

Au final, les travaux économiques montrent que le terrorisme a un impact significatif sur l'économie d'un pays si les actes sont fréquents, si les pays concernés sont peu diversifiés et que les ressources sont difficilement redéployables entre secteurs, et, depuis ces dernières années, lorsque les pays sont proches des foyers du terrorisme quand bien même ce sont des pays sûrs.

Vous pouvez retrouver ces résultats, ainsi que les statistiques présentées sur le nombre d'actes terroristes et de victimes depuis une quarantaine d'années, dans le diaporama de présentation de Daniel Mirza : télécharger le power point de Daniel Mirza.

photo de la conférence "argent et terrorisme"

Daniel Mirza avait également rédigé il y a quelques années, avec deux autres économistes, Thierry Verdier et José de Sousa, un article portant sur "Les coûts économiques du terrorisme" sur Telos (11/12/2008), qui présentaient les principaux résultats de leurs travaux [3]. Ils avaient montré que les coûts économiques étaient plus élevés et plus durables pour les pays en développement que pour les pays riches, en raison de la répétition et de la persistance des actes terroristes dans certains pays du Sud. La baisse des activités économiques, accentuée par les politiques sécuritaires mises en œuvre dans les pays du Nord, tend à y nourrir en retour le terrorisme. Dans les pays développés, comme les Etats-Unis après le 11 septembre,le choc est généralement transitoire et les économies peuvent rapidement rebondir, du fait de la rareté des attentats (même s'il peuvent être très spectaculaires et meurtriers), et de la diversification de leurs économies, ce que réaffirme Daniel Mirza dans une courte interview accordée à l'Usine Nouvelle après les attentats du 13 novembre. Les effets macroéconomiques observés dans le passé ont donc été très limités [4]. L'économiste américain Robert Barro avait même affirmé aux lendemains des attaques du 11 septembre que la croissance américaine allait s'accélérer grâce à l'accroissement des dépenses publiques et au relâchement de la contrainte budgétaire ("Why the U.S. Economy will rise again ?[5], "Why the War Against Terror Will Boost the Economy[6]).

Cependant, si les attentats cessaient d'être des évènements exceptionnels et devenaient plus fréquents dans les pays riches, leur impact économique pourrait être plus significatif, principalement par le biais d'une hausse des coûts et donc par un effet sur l'offre.

Les terroristes, des individus au comportement rationnel ?

Le terrorisme peut aussi être analysé comme un phénomène microéconomique. Certains économistes se sont intéressés aux terroristes eux-mêmes et à leurs motivations : pourquoi sont-ils devenus terroristes ? qu'est-ce qui les pousse à commettre un attentat suicide ?

Des chercheurs ont cherché à expliquer les comportements des terroristes et des kamikazes au moyen des outils traditionnels des économistes. Leurs analyses appliquent, non sans un certain cynisme, le modèle économique du choix rationnel à la participation au terrorisme, celle-ci étant considérée comme le résultat d'un arbitrage entre des occupations différentes et d'un calcul coût-bénéfice. Elles mobilisent, pour certaines, les notions de capital humain et de "marché du travail" des terroristes. Des travaux montrent ainsi, à partir d'études empiriques, que les terroristes, loin d'être des individus irrationnels, pauvres et non éduqués, cherchent par le meurtre et parfois le suicide à valoriser leurs compétences (les plus éduqués sont les plus "productifs") et à maximiser l'impact politique et médiatique de leurs actes. Plutôt que des gains matériels, ils recherchent la reconnaissance et le sentiment d'accomplissement de soi, ces "gains" étant d'autant plus élevés que la cible et les dégâts sont importants, et que le terroriste est engagé dans la cause défendue (ce qui est corrélé au niveau d'éducation).

couverture du livre "What makes a terrorist" d'Alan KruegerParmi ces travaux figurent ceux d'Alan B. Krueger, économiste du travail et de l'éducation à l'Université de Princeton, auteur de l'ouvrage What Makes a Terrorist: Economics and the Roots of Terrorism, publié en 2007, dont on peut lire l'introduction ici en ligne ou là en format pdf, et un résumé sur cette page. En s'appuyant sur des données collectées par lui-même et d'autres chercheurs dans différents pays du monde, Alan Krueger montre que les explications répandues du terrorisme, telles que la pauvreté ou le manque d'éducation, n'ont pas de fondements empiriques. S'il existe bien un lien entre la pauvreté et la délinquance classique (vols, trafic, fraude…), le manque d'éducation serait en général, au contraire, un facteur de non-participation aux actes politiques, légaux ou illégaux. Beaucoup de terroristes ou extrémistes seraient issus des classes moyennes ou supérieures et auraient un niveau d'éducation assez élevé, en tout cas plus élevé que la moyenne de leur pays d'origine, comme cela avait déjà été souligné pour les terroristes opérant dans les années 1970-80. C'est ce qui ressort de différentes études que le chercheur a réalisées avec Jitka Malecková, au Liban à partir des biographies de membres du Hezbollah morts pour leur cause, ou en Israël sur le groupe extrémiste Gush Emunim [7]. Des recherches sur les membres d'Al Qaida ont abouti aux mêmes résultats : pratiquement 35% avait un niveau d'études supérieures et 45% une profession qualifiée [8]. Dans le même sens, une étude sociologique européenne de Diego Gambetta et Steffen Hertog en 2009 a révélé une surreprésentation des ingénieurs et des titulaires d'un diplôme d'enseignement supérieur scientifico-technique parmi les terroristes islamistes, à partir de l'observation de 400 islamistes radicaux violents issus de plus de 30 pays du Moyen-Orient et d'Afrique [9]. Alan Krueger a montré par ailleurs que les individus originaires de sociétés offrant peu de libertés civiles et de droits politiques avaient une plus forte probabilité de s'engager dans le terrorisme et que les terroristes internationaux venaient plus fréquemment de pays à revenus moyens plutôt que bas.

L'interprétation économique qu'il fournit part de l'hypothèse que le terrorisme est un "marché" avec une offre, celle des terroristes, et une demande, celle des organisations terroristes. L'offre augmente avec le niveau d'éducation car les bénéfices escomptés sont supérieurs et les coûts d'apprentissage dans la compréhension des problèmes politiques sont moindres pour les plus éduqués, de la même façon que les personnes plus éduquées et en emploi sont plus enclines à aller voter malgré un coût d'opportunité plus élevé. Du côté de la demande, les coûts d'échec sont importants, ce qui pousse les organisations à sélectionner les plus aptes à réussir, à savoir les plus qualifiés. Supposant que l'offre est très extensible et difficile à réduire en raison des multiples motivations des personnes prêtes à se sacrifier pour une cause, Alan Krueger suggère, pour lutter contre le terrorisme, d'agir plutôt au niveau de la demande en s'attaquant aux capacités techniques et financières des groupes terroristes et en favorisant les moyens de protestations pacifiques.

Reste à savoir si cette analyse peut s'appliquer aux récents attentats sur le territoire français. Si la surreprésentation des qualifiés semble bien attestée pour les cerveaux des attaques du 11 septembre et un certain nombre d'extrémistes islamiques ayant opéré un peu partout dans le monde dans les années 2000 (voir les exemples relevées dans deux articles de Slate : "Pourquoi tant de terroristes ont des diplômes d'ingénieur" et "La nouvelle élite djihadiste"), des enquêtes et rapports récents en France ont souligné la grande diversité des profils des candidats au djihad. On y trouve des personnes issues des classes populaires (en particulier des jeunes de banlieues pauvres) et d'autres issues des classes moyennes, des ingénieurs et d'anciens délinquants n'ayant pas fait d'études. Les motivations peuvent donc être extrêmement variées, d'où l'intérêt de mener, au-delà des analyses économiques, des enquêtes sociologiques afin d'avoir une compréhension plus fine des comportements des terroristes et des processus sociaux les ayant conduits à s'engager dans le combat djihadiste.

Par ailleurs les approches économiques du terrorisme en termes de rationalité ignorent le plus souvent le contexte politique et socio-économique de l'apparition de la violence. Les solutions préconisées sont principalement la répression et le contrôle des ressources des organisations terroristes. Or, s'il n'a pas été établi de lien évident entre pauvreté et terrorisme, le basculement dans la violence peut résulter d'une dégradation socio-économique d'une partie de la population, de son manque de perspectives et de représentation politique, des problèmes identitaires pouvant s'ajouter aux frustrations matérielles et sociales. Dans ce cas les programmes de développement économique et social pourraient avoir une certaine efficacité dans la lutte contre le terrorisme.

A noter que l'économiste Richard Baldwin a recensé les papiers publiés dans Vox traitant du terrorisme dans une perspective économique : "Past Vox columns on terrorism and terrorists" (14/11/2015).

Deux billets de blogs d'économistes français sont consacrés à ce type de travaux, avec de nombreuses références :
- Dans le blog Econoclaste, le billet de Stéphane Ménia, "Bac + 5 en terrorisme, une compétence recherchée" (6/10/2007), présente les travaux de Benmelech et Berrebi sur le "marché du travail" des kamikazes en Israël, qui établissent un lien entre capital humain des terroristes et "productivité" des attentats.
- Dans le blog Captain Economics, le billet de Thomas Renault, "Et si les ******* de terroristes étaient rationnels ? Une analyse économique du terrorisme" (23/11/2015), explique le modèle du choix rationnel appliqué au terrorisme.

Par ailleurs, le journaliste économique Eric Le Boucher présente les grandes lignes des travaux d'Alan Krueger sur les motivations des terroristes d'une part et ceux d'Eric Gould et Esteban Klor sur les répercussions des attentats du 11 septembre sur les musulmans aux Etats-Unis, dans un article publié dans le Think Tank L'opinion : "Comment naissent les terroristes" (15/11/2015).

Pour aller plus loin : On pourra consulter l'article de Thierry Deffarges, "Sur la nature et les causes du terrorisme. Une revue de la littérature économique" dans la Revue Tiers Monde (en ligne sur cairn) [10], qui explique comment le terrorisme est traité selon les méthodes de l'économie. Il distingue les analyses économiques (majoritaires) qui s'intéressent aux comportements et aux stratégies terroristes et qui cherchent à comprendre les rationalités de cette forme particulière de violence, et celles (plus rares) qui en recherchent les causes économiques et s'interrogent sur l'existence de liens entre l'économique et le terrorisme. Dans la première catégorie, on trouvera une présentation (critique) de l'approche utilitariste du terrorisme dérivée du modèle beckérien de la criminalité, puis des exemples d'analyses économiques en termes d'interactions stratégiques qui mobilisent la théorie des jeux pour étudier les stratégies des différents acteurs de la "relation terroriste". Dans la seconde catégorie sont présentés des travaux qui étudient le lien entre terrorisme d'une part et pauvreté et éducation d'autre part, ainsi que ceux qui s'intéressent aux relations entre la croissance économique et ses conditions et la fréquence de la violence ou du terrorisme. Ces travaux montrent la complexité du lien entre conditions socio-économiques et violence terroriste et soulignent la multiplicité des causes des activités terroristes, dont les ressorts peuvent être économiques, mais aussi sociopolitiques ou institutionnels.

 

Anne Châteauneuf-Malclès pour SES-ENS, en partenariat avec Les Journées de l'économie et Toutéconomie.

Suite du dossier : Le regard des sociologues sur le terrorisme.

 


Notes :

[1] Benraad Myriam, "Défaire Daech : une guerre tant financière que militaire"Politique étrangère, 2/2015 (Été), 125-135. Myriam Benraad est chercheuse associée au Centres d'études et de recherches internationales (CERI-Sciences Po) et à l'Institut d'études et de recherches sur le monde arabe et musulman (IREMAM-CNRS).

[2] Voir : P. Cockburn, Le Retour des djihadistes. Aux racines de l'État islamique, Paris, Éditions des Équateurs, 2014.

[3] Daniel Mirza, Thierry Verdier , "Terrorism, Security and Trade: Theory and a Survey of Empirics", Journal of Comparative Economics, Vol. 36 (2), 2008, 179-194.
José de Sousa, Daniel Mirza, Thierry Verdier, "Trade and the spillovers of transnational terrorism", Swiss Journal of Economics and Statistics, Vol. 145 (IV), 2009, 453-461.

[4] Un effet significatif a pu être observé dans le passé sur la croissance de certains pays ou régions développées qui ont connu des périodes d'activités terroristes intenses (Irlande du Nord, Pays Basque).

[5] Business Week, 1/10/2001.

[6] Business Week, 5/11/2001.

[7] Alan B. Krueger, Jitka Maleckov, "Education, Poverty and Terrorism: Is There a Causal Connection?", Journal of Economic Perspectives, Vol. 17 (4), 2003, 119–144.

[8] Marc Sageman, Understanding Terror Networks, University of Pennsylvania Press, 2004. Cité par A. Krueger. 

[9] Diego Gambetta et Steffen Hertog, "Why are there so many Engineers among Islamic Radicals?"European Journal of Sociology, Vol. 50 (02), August 2009, 201-230.

[10] Revue Tiers Monde, n°174, 2/2003, p.369-392.

 

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