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Communication de Sylvain David

Publié le 24/05/2005
Auteur(s) : Sylvain David
Texte de la communication de Sylvain David, du bureau national de l'APSES, lors de la table ronde «Quelle place pour l'enseignement des Sciences économiques et sociales ?», organisée le 23 mars 2005 par l'AFSE.

Communication de Sylvain David

Je tiens tout d'abord à remercier l'AFSE (et en particulier Antoine d'AUTUME et Pierre-Alain MUET) pour l'invitation qui a été faîte à l'APSES de participer à cette table ronde.

Les professeurs de SES ne peuvent qu'être sensibles à cette démarche de dialogue qui permettra, je l'espère de lever des incompréhensions réciproques et d'engager une réflexion constructive.

Il me semble utile de préciser tout d'abord que cette rencontre s'inscrit dans un contexte particulier pour les professeurs de SES, celui de leur très forte mobilisation pour la défense et la promotion de leur enseignement.

En effet, le projet de loi d'orientation sur l'école voté récemment au parlement, entraînait, à l'origine, un risque réel de fragilisation de l'enseignement de Sciences Economiques et Sociales et de la série ES en mettant en concurrence les SES et la 2e langue vivante, dans les choix d'options en classe de seconde, alors même que cette 2e langue vivante est indispensable pour les élèves qui visent l'obtention d'un baccalauréat général et qu'elle est choisie par plus de 95% des élèves de seconde actuellement.

La mobilisation des enseignants de SES et le large soutien qui l'a accompagné (dont celui de l'AFSE) ont permis d'obtenir l'introduction de la 2e langue vivante dans le tronc commun de seconde et le maintien des SES comme enseignement de détermination, évacuant ainsi le risque de les transformer en enseignement facultatif.

Pour autant, les professeurs de SES restent mobilisés : ils n'ont pas obtenu la présence des SES dans les enseignements obligatoires en classe de seconde et par là même la reconnaissance de leur importance dans la formation des lycéens tandis que dans le même temps ils doivent faire face à la menace de suppression des travaux dirigés effectués en demi-groupes.

Voici donc un peu quel est l'état d'esprit du moment des professeurs de SES.


Ce point de la situation ayant été fait, il me semble nécessaire de revenir un instant sur les éléments constitutifs de cette discipline scolaire pour tordre le cou aux caricatures auxquelles cet enseignement est souvent associé:

- il me semble tout d'abord important de souligner que nous ne considérons pas que la formation du citoyen, de l'esprit critique chez les élèves, qui constitue un des objectifs de notre enseignement mais dont nous n'avons bien évidemment pas le monopole, doit se faire au détriment de la rigueur des contenus et des méthodes enseignés. Au contraire, nous considérons que l'objectif de formation du citoyen ne s'oppose pas à l'apprentissage d'une posture intellectuelle rigoureuse et que ces deux objectifs s'enrichissent mutuellement. C'est bien l'acquisition d'une capacité de réflexion s'appuyant sur des faits et des savoirs qui permet aux élèves de développer un esprit critique fondé sur la raison.

- d'autre part, il convient de rappeler que nous ne rejetons pas l'ancrage disciplinaire des connaissances et des méthodes mobilisés dans le cadre de notre enseignement au profit d'une bouillie informe (ce terme ayant déjà été employé) sans fondement scientifique et se complaisant dans l' « à peu près » et la critique systématique des savoirs académiques. Nous enseignons bien des connaissances et des méthodes qui trouvent leur fondement dans leurs disciplines de référence.

La particularité de l'enseignement de Sciences Economiques et Sociales tient toutefois à plusieurs caractéristiques :

- ainsi, nous pouvons dire, je pense, que le croisement des approches disciplinaires constitue un des fondements de notre enseignement. Nous le défendons parce que nous pensons qu'il est fécond et qu'il permet d'apporter des éclairages, des éléments de compréhension, d'analyse qui sont complémentaires. Ainsi, s'il nous semble opportun d'aborder le thème du travail et de l'emploi sous l'angle économique en le reliant par exemple aux questions liées à la formation de l'offre et de la demande de travail, aux déterminants du salaire, aux liens qui peuvent être établis entre le niveau de chômage et les comportements en matière de consommation et d'épargne, il nous semble tout aussi pertinent d'étudier d'un point de vue plus sociologique cet objet autour par exemple des problématiques liées à l'exclusion sociale, mais aussi à la question de l'identité au travail, etc
L
a même démarche peut être appliquée à bien d'autres thèmes comme celui de l'entreprise, du progrès technique, la croissance économique entre autres.

- en parallèle, ce croisement des approches disciplinaires est à relier à un autre fondement de notre enseignement : l'entrée par des questionnements autour d'objets d'étude. Cet autre élément de notre démarche nous semble permettre de donner un sens à notre enseignement et donc de susciter l'attention des élèves. Les savoirs et savoir-faire des différents champs disciplinaires sont alors mobilisés au profit de la compréhension d'objets d'étude (pour étudier la croissance économique, il nous semble fécond pédagogiquement d'aborder ce thème à partir de grands axes de questionnements du type : la croissance entraîne-t-elle automatiquement le développement ? dans quelle mesure la croissance économique permet-elle de réduire les inégalités ? etc), l'exposition et la mobilisation de faits, de connaissances, de théories, de modèles permettant dans ce cadre de comprendre les facteurs de la croissance (de même qu'on tentera de mettre aussi en évidence des facteurs socio-culturels, politiques)

- enfin, la réflexion sur les méthodes pédagogiques qui favorisent l'activité intellectuelle des élèves et l'appropriation des savoirs et des savoir-faire par les élèves représente un autre élément central de notre enseignement. C'est pourquoi les professeurs de SES sont très attachés à ce qu'on appelle communément les méthodes actives, c'est-à-dire des méthodes qui favorisent un rapport au savoir dans lequel l'élève joue un rôle actif. Ainsi, la rupture avec le sens commun que ce soit en économie ou en sociologie passe par la mise en lumière des représentations des élèves sur tel ou tel thème, et par le travail avec et contre leur connaissance ordinaire.

Par ailleurs, pour parler plus généralement de la série ES, il ne me semble pas inutile de rappeler que cette série a joué un rôle important dans le processus de massification et de démocratisation qui a caractérisé l'accès à l'enseignement secondaire au cours des dernières décennies. En parallèle, on peut signaler que cette série ES offre de larges perspectives de poursuites d'études dans l'enseignement supérieur, enseignement dans lequel ces élèves réussissent plutôt bien y compris en classes préparatoires et en Sciences Economiques.

Ces éléments concernant le recrutement et la poursuite d'études des élèves de la série ES me semblent importants quand on tente de réfléchir à la question des contenus et des méthodes pédagogiques.

A partir de ces précisions concernant les caractéristiques, l'identité des SES, précisions qui peuvent être elles-mêmes débattues bien évidemment, il me semble qu'un certain nombre de questions peuvent et doivent être posées aux SES.

On peut se demander, dans un premier temps, si cet enseignement est utile tout à la fois au futur citoyen et au futur étudiant notamment en sciences économiques ?

Autrement dit, les savoirs et savoir-faire enseignés en SES contribuent-ils au développement de la capacité d'analyse et de réflexion nécessaire à l'exercice de la citoyenneté et peuvent-ils être mobilisés avec profit dans le cadre des études supérieures et notamment en sciences économiques ?

Pour entrer davantage dans le détail, les SES doivent-ils par exemple davantage faire de place à l'utilisation des modèles, au raisonnement microéconomique, à la formalisation mathématique afin d'améliorer l'articulation avec l'enseignement supérieur en sciences économiques alors que les études du Ministère de l'Education Nationale semblent montrer que les bacheliers ES réussissent plutôt bien dans l'enseignement supérieur et notamment en Sciences Economiques.

Quels sont les types de connaissances et de savoir-faire que doivent maîtriser les bacheliers ES à la fin de leur cursus dans l'enseignement secondaire ?

Par ailleurs, doit-on considérer l'ancrage disciplinaire des savoirs et savoir-faire enseignés en SES comme incompatible avec l'approche par thèmes d'étude, approche associée à une démarche pluraliste et pluridisciplinaire dans le cadre de questionnements ?

De même, comment peut-on répondre à la critique portant sur la trop grande ambition des programmes de SES ? Doit-on limiter le champ des contenus enseignés, le nombre de notions à connaître ? L'approche par les thèmes et les questionnements peut-elle favoriser la réalisation d'économies d'échelle ?

Dans un autre registre, ne devrions-nous pas nous interroger sur les raison qui poussent les bacheliers ES à poursuivre en priorité des études supérieures courtes (du type BTS ou IUT) quitte ensuite à reprendre un cursus universitaire « long » ?

Dans le même temps, on peut aussi se demander comment l'enseignement de SES et la série ES peuvent-ils contribuer à la démocratisation du système éducatif tout en constituant aussi un cursus favorisant l'excellence ?

Enfin, dans le cadre de la réforme des programmes en STG au profit d'une plus grande abstraction, on peut s'interroger sur les objectifs assignés à la série ES par rapport ceux de la série STG. La proposition d'introduction d'un enseignement d'initiation au droit et à la gestion en première ES ne risque-t-elle pas de brouiller davantage ces objectifs et les spécificités de ces séries ?

En guise de conclusion

Au-delà de ces quelques questions qui ne peuvent bien évidemment prétendre à l'exhaustivité, il me semble nécessaire de rappeler que l'acquisition de méthodes, de savoir-faire, d'une posture intellectuelle rigoureuse est un objectif tout aussi essentiel de l'enseignement de SES que celui de l'acquisition de contenus et qu'une réflexion sur cet enseignement est indissociable d'une réflexion sur les pratiques pédagogiques, cette réflexion étant elle-même intimement liée à celle des programmes et des conditions d'enseignement. C'est pourquoi les professeurs de SES demandent à la fois un allègement des contenus à enseigner et se mobilisent pour obtenir le maintien des dédoublements des effectifs en SES afin d'avoir réellement les moyens de mettre en œuvre des méthodes pédagogiques favorisant l'activité intellectuelle des élèves.

Pour en revenir à la définition des contenus et des objectifs assignés à l'enseignement de SES et plus globalement à la série ES, les professeurs de SES sont particulièrement attentifs à ce que le lobbying de tel ou tel groupe constitué ne dénature pas cet enseignement et cette série d'enseignement général. Ces objectifs doivent à notre sens relever de choix politiques mis au service des élèves et de la société avec le concours d'experts et de praticiens.

Enfin, les professeurs de SES souhaitent qu'un jour la contribution des SES à la formation des lycéens soit suffisamment reconnue pour que cet enseignement fasse partie intégrante de leur culture commune.

J'ai essayé avec cette modeste contribution de contribuer à alimenter un dialogue constructif qui, je l'espère, est amené à se poursuivre.