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Françoise Héritier et Questions de Parenté : le glossaire

Publié le 05/07/2006
Auteur(s) : Olivia Ferrand
Glossaire reprenant et explicitant les termes spécifiques aux études sur les questions de parenté.

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A - B - C - D - E - F - G - H - I - J - K - L - M - N - O - P - Q - R - S - T - U - V - W - X - Y - Z

 

A :

Affinité : lien d'union légitime qui crée une relation de parenté.

Agnatique : se dit d'un lien de filiation patrilinéaire.

Alliance : lien d'affinité qui relie entre eux des groupes de parenté.

Aranda : tribu aborigène d'Australie, dont la structure sociale particulière basée sur l'intermariage entre quatre sous-groupes exogames, a été étudiée par de nombreux anthropologues, en particulier par Claude Levi-Strauss dans Les structures élémentaires de la parenté.

C :

Clan : groupe fondé sur la descendance par rapport à un ancêtre commun éloigné dans le temps. A la différence du lignage, qui se scinde au bout d'un certain nombre de générations, le clan, qui englobe éventuellement plusieurs lignage, constitue un groupe stable au cours du temps qui structure la société de façon durable.

Cognatique : adjectif qui désigne un mode de filiation indifférenciée. Françoise Héritier l'utilise ici fréquemment pour désigner des consanguins qui ne font pas partie du lignage d'ego parce que le lien qui les unit à ego ne passe pas uniquement par des hommes.

Consanguinité : terme qui peut s'employer pour distinguer la relation biologique sous-jacente de la construction sociale que constitue la filiation. Toutefois, les anthropologues s'accordent à montrer que la consanguinité elle-même fait l'objet d'une construction sociale, qu'elle n'est jamais le pur constat d'une relation biologique, et ils distinguent dès lors consanguinité biologique et consanguinité sociale.

Croisé : se dit des germains d'un des deux parents qui ne sont pas de même sexe que ce parent et par extension de leur descendants. Par exemple, l'oncle maternel ou la tante paternelle sont des germains croisés et leurs enfants sont donc des cousins croisés matrilatéraux - enfants de l'oncle maternel - ou cousins croisés patrilatéraux - enfants de la tante paternelle.

Crow : Indiens d'Amérique du Nord apparentés linguistiquement aux Sioux et établis dans les États du Montana et du Wyoming.

Cycles courts - cycles longs : on distingue deux formes de mariage asymétriques. Certains fonctionnent toujours dans le même sens quelle que soit la génération : c'est le cas du mariage avec la cousine croisée matrilatérale. Dans ce cas, la réciprocité dans les échanges existe, mais elle est différée en fonction du nombre de groupes de parenté qui existent : 1 donne une épouse à 2 qui donne une épouse à 3 qui donne à son tour une épouse à 1. En revanche, le mariage avec la cousine croisée patrilatérale ne fonctionne pas dans le même sens selon les générations : le sens de circulation s'inverse pour la génération des fils par rapport à celle des pères et si l'on a une circulation 1→2→3→1 à la génération des pères elle devient 1→3→2→1 à la génération suivante. Dans ce cas se mettent en place des cycles courts permettant malgré cette circulation alternée de garantir un équilibre dans la circulation des épouses. Ce que Françoise Héritier met en évidence ici c'est que cette analyse est toute entière coulée dans le point de vue masculin d'analyse en termes de circulation des épouses, la logique des cycles disparaissant si l'on se reformule les prescriptions du point de vue des femmes.

F :

Filiation : lien entre des consanguins descendant d'un même ancêtre. On distingue l'unifiliation et la filiation indifférenciée ou cognatique

G :

Germains : frères et sœurs nés du même père et de la même mère.

L :

Lignage : groupe de parenté fondé sur la descendance commune par rapport à un ancêtre proche, en fonction de règles d'unifiliation qui excluent l'appartenance simultanée à deux lignages. Un lignage se maintient sur un nombre variable mais relativement peu élevé de générations (4 ou 5), avant de se scinder en plusieurs groupes.

Lignage « en corps » : (?) traduction de l'expression « corporate groups » utilisée par Radcliffe-Brown pour désigner un ensemble identifié de droits et de devoirs transmis selon une règle précise de filiation.

M :

Mariage asymétrique : modèle que Lévi-Strauss oppose à ce qu'il appelle échange restreint. Ce dernier, dans le cas le plus simple, suppose que des groupes en nombre pair dans la société échangent des conjoints deux à deux. La « circulation des épouses » s'opère alors de façon symétrique : 1 donne une épouse à 2, 2 donne un épouse à 1. A l'inverse, le mariage asymétrique prescrit le mariage toujours dans le même sens, par exemple avec la fille de la sœur du père (cousine croisée patrilatérale), entre des groupes d'unifiliation. Ainsi, s'il y trois groupes, 1, 2 et 3, 1 donne une épouse à 2 qui donne une épouse à 3.

Matrilinéarité (matrilinéaire) : règle de filiation dans laquelle l'appartenance à un lignage est transmise exclusivement par la mère.

O :

Oblique : qualifie un système terminologique dans lequel, à la génération d'ego, parmi ceux que nous appelons cousins, coexistent des parents appartenant par la terminologie à des générations différentes d'ego : « neveux » et « nièces », « fils » et « filles », « oncles maternels » et « mères ». L'apport de Françoise Héritier consiste à montrer que cette obliquité ne s'établit pas au hasard et que la valence différentielle des sexes l'oriente dans un sens qui fait toujours de la sœur la cadette, ou annule l'aînesse de la sœur quand elle existe.

Omaha : indiens d'Amérique du Nord appartenant au groupe linguistique des Sioux, établis depuis le XIX° siècle dans l'actuel Nébraska.

P :

Parallèle : se dit des germains d'un des deux parents qui sont de même sexe que ce parent et par extension de leur descendants. Par exemple, l'oncle paternel ou la tante maternelle sont des germains parallèles et leurs enfants sont donc des cousins parallèles patrilatéraux - enfants de l'oncle paternel - ou cousins parallèles matrilatéraux - enfants de la tante maternelle.

Parenté : réalité culturelle qui n'est jamais la simple expression de la réalité naturelle que constitue la reproduction biologique. Toutefois toutes les sociétés reconnaissent cette réalité de la reproduction biologique en identifiant des relations de consanguinité ou d'affinité.

Patrilinéarité (patrilinéaire) : règle de filiation dans laquelle l'appartenance à un lignage est transmise exclusivement par le père.

S :

Systèmes (ou structures) élémentaires de parenté : dans la classification des structures de parenté en fonction des règles d'alliance, cette expression renvoie à des sociétés où ces règles sont uniquement des règles de prescription. Par exemple, dans le mariage asymétrique, on doit épouser sa cousine croisée matrilatérale.

Systèmes complexes : dans la classification des structures de parenté en fonction des règles d'alliance, désigne un système comme le nôtre où il n'existe aucune prescription matrimoniale, mais simplement un nombre limité d'interdits portant non pas sur des groupes mais sur des degrés proches de parenté. Dans ce type de système, les seules régularités observables en matière de mariage sont de nature statistique (homogamie, par exemple).

Systèmes semi-complexes : dans la classification des structures de parenté en fonction des règles d'alliance, système caractérisé par un nombre élevé d'interdits portant sur des groupes de parenté, et par l'absence de toute prescription.

T :

Types structurels de parenté (ou systèmes types de parenté, ou types terminologiques) : le constat de certains invariants dans les représentations de la parenté - notamment la mise en évidence de systèmes apparemment similaires dans des sociétés qui n'ont entre elles aucun contact culturel - conduit mettre en place des tentatives de classement de ces différents systèmes. La classification de Murdock, présentée par Françoise Héritier, s'appuie sur la façon pour ego de nommer les germains des parents, tandis que d'autres vont mettre l'accent sur les règles de filiation (unifiliation ou filiation indifférenciée) ou encore sur les règles d'alliance (on opposera alors structures élémentaires, semi-complexes et complexes).

U :

Unifiliation : Système de filiation où l'appartenance au lignage n'est transmise que par le père (filiation patrilinéaire ou agnatique) ou que par la mère (filiation matrilinéaire).

V :

Valence différentielle des sexes : place différente occupée par les deux sexes sur une échelle des valeurs, et qui trouve son origine selon Françoise Héritier dans la volonté qu'ont les hommes de reprendre aux femmes la capacité de contrôle sur la reproduction.