Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Navigation
Vous êtes ici : Accueil / Articles / L'analyse des socialisations temporelles par Muriel Darmon

L'analyse des socialisations temporelles par Muriel Darmon

Publié le 29/09/2015
Auteur(s) : Muriel Darmon
Anne Châteauneuf-Malclès
Le "rapport au temps" est un domaine relativement peu exploré en sociologie. La sociologue Muriel Darmon, Directrice de recherche au CNRS et membre du Centre européen de sociologie et de science politique, s'est intéressée à la socialisation temporelle lors de ses enquêtes sur l'école maternelle et les classes préparatoires. Dans cette conférence du cycle "Penser les primes socialisations : regards croisés", organisé par l'IFÉ le 25 juin 2015, elle propose une grille d'analyse des conceptions des rapports au temps et des socialisations temporelles, à partir des travaux sociologiques existant sur cette question. Un texte présentant son analyse de la socialisation temporelle dans son enquête sur les classes préparatoires vient compléter sa présentation.

Peu d'études sociologiques sont consacrées au temps et au "rapport au temps" des individus. Dans cette conférence, intitulée «Qu'y a-t-il dans un "rapport au temps" ? Une grille d'analyse des socialisations temporelles», la sociologue Muriel Darmon, Directrice de recherche au CNRS, propose d'identifier les différentes approches possibles des rapports au temps en sociologie et d'en tirer une grille d'analyse des socialisations temporelles. Elle s'appuie pour cela sur ses travaux menés sur la socialisation, en particulier en maternelle et en classes préparatoires, ainsi que sur les travaux d'autres sociologues qui ont exploré cette question. Parmi ceux-ci figurent des textes classiques, mais aussi des enquêtes récentes qui ont été présentées lors du séminaire de recherche "Sociologie de la socialisation : rapports au temps et socialisations temporelles", organisé par Muriel Darmon à l'EHESS en 2014-15. La sociologie des rapports aux temps dessinée par Muriel Darmon est une sociologie dispositionnaliste centrée sur les apprentissages du temps par les individus - sous la forme de pratiques et de représentations - et leur différenciation selon les milieux et contextes sociaux.

Muriel Darmon est Directrice de recherche au CNRS et membre du Centre européen de sociologie et de science politique (CESSP, Université Paris-Panthéon-Sorbonne/CNRS/EHESS). Spécialiste des processus de socialisation, elle analyse la formation et la transformation des dispositions et des habitus sur des terrains variés, avec un intérêt particulier pour les sociologies du corps, de la santé et des jeunesses. Elle est l'auteur de plusieurs ouvrages :
- Classes préparatoires. La fabrique d'une jeunesse dominante, La Découverte, 2015.
- La Socialisation. Domaines et approches, Armand Colin, coll. "128", 2010, 2ème édition augmentée (1ère édition 2007).
- Devenir anorexique. Une approche sociologique, La Découverte, coll. "Poche", 2008 (réédition de l'ouvrage publié dans la collection Textes à l'appui/Laboratoire des sciences sociales en 2003).

Cette conférence a été organisée par l'IFÉ (ENS de Lyon) le 25 juin 2015 dans le cadre du cycle "Penser les primes socialisations : regards croisés".

Est également proposée dans ce dossier une présentation de l'analyse de la socialisation temporelle dans l'ouvrage Classes préparatoires. La fabrique d'une jeunesse dominante, dans lequel Muriel Darmon étudie l'intériorisation d'une culture temporelle de l'urgence par les élèves socialisés au sein de l'institution préparatoire, ainsi que les variations de leurs dispositions temporelles en fonction de leur origine sociale.

Il vient compléter notre dossier sur les processus de socialisation publié en octobre 2007 : Muriel Darmon et le concept de socialisation.

Le cycle de conférences "Penser les primes socialisations : regards croisés" de l'IFÉ

"Penser les primes socialisations : regards croisés" - Institut Français de l'Education/ENS de Lyon - 4e édition (2014-2015)

Le cycle de conférences «Penser les primes socialisations : regards croisés» est organisé depuis 2012 par l'Institut français de l'Éducation (IFÉ) dans le cadre d'un programme de recherche piloté par Bernard Lahire, professeur de sociologie à l'ENS de Lyon (équipe "Dispositions, Pouvoir, Cultures, Socialisations" du Centre Max Weber). Il vise à cerner les conditions historiques, sociales et psychologiques de production des perceptions, des représentations, des croyances, des goûts et des habiletés d'ordres divers au cours de la petite enfance.

Le cycle de 2014-15 s'est donné pour objectif de présenter des recherches empiriques sur les modalités, les effets, les variations de la socialisation des enfants.

La conférence de Muriel Darmon : Qu'y a-t-il dans un "rapport au temps" ? Une grille d'analyse des socialisations temporelles

Résumé : A partir de mes propres enquêtes (sur l'école maternelle ou les classes préparatoires) mais surtout des travaux d'autres sociologues ayant porté plus directement sur cette question, il s'agira de se demander «sur quoi» on travaille quand on étudie «le temps» ou les «rapports au temps» des individus. Je chercherai à détailler le plus systématiquement possible les différentes dimensions qui composent les rapports au temps étudiés (rapport à l'avenir, arbitrages et organisation temporels, perception des rythmes quotidiens, dispositions planificatrices ou présentisme, goût de l'urgence ou de la lenteur...) et ce qu'on peut connaître des modalités de leur intériorisation. Ce faisant, c'est une grille d'analyse des socialisations temporelles que je tenterai d'ébaucher.

Partie 1 : Présentation de l'intervention, les socialisations temporelles dans les enquêtes de Muriel Darmon, perspective théorique et première approche de la grille d'analyse des rapports au temps.

Qu'y a-t-il dans un "rapport au temps" ? - Partie 1

Partie 2 : Suite de la présentation par Muriel Darmon de la grille d'analyse des rapports au temps.

Qu'y a-t-il dans un "rapport au temps" ? - Partie 2

Partie 3 : Echange avec le public.

Qu'y a-t-il dans un "rapport au temps" ? - Partie 3

La grille d'analyse de la notion de rapport au temps, entendue comme un rapport individuel au temps, socialement structuré (Parties 1 et 2) :

1. Les rapports au temps sont des rapports au passé, au futur ou au présent [partie 1, 24'06]
2. Les rapports au temps sont le résultat de processus de socialisation temporelle, primaire (familiale) ou secondaire (étudiante, professionnelle) [début de la partie 2]
3. Le rapport au temps comme capital symbolique (existence de rapports au temps socialement valorisés ou légitimes et de rapports au temps socialement dévalorisés ou illégitimes) [partie 2, 16'00]
4. Le rapport au temps comme sentiment de maîtrise face au temps (opposition entre une représentation du temps maîtrisé, contrôlé versus subi) [partie 2, 25'07]
5. Le rapport au temps comme mode de perception des rythmes temporels quotidiens et de l'écoulement du temps [partie 2, 31'41]
6. Les rapports au temps sont des rapports à l'urgence [partie 2, 35'07]
7. Les rapports au temps sont des rapports au vide temporel, à l'attente et à l'ennui [partie 2, 36'32]

Les sujets et questions abordés dans la discussion (Partie 3) :

1. Les rapports au temps des chômeurs et leur différenciation selon les catégories professionnelles (Dominique Schnapper, L'épreuve du chômage, Gallimard, 1994[1981]).
2. Les rapports au temps des écrivains.
3. Les similitudes entre les rapports au temps des hauts fonctionnaires, élus cumulants et premiers ministres et ceux des enseignants-chercheurs dans l'approche en termes de capital symbolique et de valorisation de l'urgence.
4. La coexistence de plusieurs temporalités pour l'individu (temps privé, temps professionnel, temps familial, temps scolaire…) et la pluralité des dispositions temporelles des individus pour maîtriser ces différentes temporalités (dans une optique lahirienne).
5. La difficulté à distinguer, dans une sociologie des rapports au temps, le temporel et le cognitif, le rapport au temps comme une disposition et le rapport à l'autorité, à la contrainte, à la situation ou à l'activité.
6. L'opposition entre les rapports "ingénieur" ou "manager" au temps dans les recherches de Muriel Darmon sur les classes préparatoires scientifiques et économiques.
7. La distinction entre une sociologie des emplois du temps et une sociologie (dispositionnaliste) des rapports au temps.
8. Les travaux anglo-saxons sur les récits de soi en tant que rapports au temps ("narratives").

La socialisation temporelle des élèves des classes préparatoires aux grandes écoles

D'après : Muriel Darmon, Classes préparatoires. La fabrique d'une jeunesse dominante, La Découverte, 2013.

couverture du livre Classes préparatoiresDans Classes préparatoires. La fabrique d'une jeunesse dominante, Muriel Darmon analyse l'effet socialisateur de l'«institution préparatoire», la manière dont elle «forme et transforme» les jeunes qui la fréquentent. Cet ouvrage est le fruit d'une longue enquête ethnographique menée par la sociologue, par observation et entretiens, au sein des classes préparatoires scientifiques et économiques d'un «grand lycée de province».

Après une première partie sur le fonctionnement de l'institution préparatoire, son caractère «enveloppant» et sa fonction de mise au travail d'une population, Muriel Darmon s'intéresse à ses effets et aux dispositions particulières qu'elle fabrique chez les étudiants. L'une des dimensions centrales de cette socialisation préparatoire, la plus structurelle mais aussi la plus inaperçue du fait de son caractère largement «silencieux», est la socialisation temporelle. Celle-ci, relativement peu étudiée par les sociologues malgré quelques travaux fondateurs sur le «rapport au temps» [1], est l'objet d'un chapitre de l'ouvrage, intitulé "Apprendre le temps". L'analyse qui y est proposée s'inscrit dans une sociologie empirique du temps qui conçoit le rapport au temps des individus comme le produit à la fois de socialisations primaires et d'une socialisation secondaire au sein d'une institution ayant sa propre logique temporelle.

Le temps des classes préparatoires aux grandes écoles est d'abord un temps de l'urgence, comme l'avait souligné Pierre Bourdieu dans La Noblesse d'Etat [2]. La surcharge de travail et le rythme imposé par la classe prépa instaurent une norme temporelle de l'urgence qui incite à consacrer tout son temps disponible au travail et à bannir les usages «vides» du temps. La pression scolaire est maintenue en permanence tout au long de l'année – et même durant les vacances d'été entre la première et la deuxième année – par les notes et les classements, mais aussi par une forme d'accélération temporelle, qui se manifeste par la cadence élevée des cours, lors lesquels les enseignants anticipent sans cesse la suite du programme, et par l'enchaînement rapide des évaluations, interrogations, devoirs surveillés et colles, chaque semaine. Ainsi, la socialisation temporelle des élèves consiste d'abord à intérioriser, par l'expérience de l'urgence quotidienne et les injonctions des enseignants, un «usage intensif du temps», à savoir l'absence de temps morts, la limitation des temps de loisirs et un certain brouillage de la frontière entre travail et loisir. Les élèves intègrent en effet l'idée que le hors-travail doit être mis au service du travail, que les moments de détente ou de loisirs ne sont légitimes que s'ils participent à un enrichissement personnel ou à l'instauration de bonnes dispositions pour travailler.

Outre l'incorporation de dispositions ascétiques, les élèves apprennent à gérer l'urgence et à surmonter les moments de «panique temporelle». Ils développent des tactiques et des pratiques visant à rationaliser leur usage du temps et à libérer un maximum de temps pour le travail. Cela passe par une planification précise de leur travail, une anticipation des tâches à accomplir et de leur durée, la définition de priorités dans leur programme de travail et dans le temps à consacrer à chaque discipline, un minutage des temps quotidiens hors travail (repas, soins personnels…) ou un usage productif de ceux-ci (déplacements par exemple), et même, pour certains, une mise entre parenthèses de la vie amoureuse pendant la prépa. Cet apprentissage de l'urgence et de la gestion de l'urgence lors des années de classes préparatoires ne vise pas seulement la réussite aux concours. Comme le note Muriel Darmon, il s'agit aussi d'une socialisation anticipatrice, qui prépare de fait les jeunes à leur vie future, puisqu'ils sont amenés à occuper des positions et à exercer des professions requérant un rapport intensif au temps.

Enfin, les élèves de classes prépa apprennent à «faire du temps la mesure de toute chose». L'excellence, le niveau scolaire et son évolution, les hiérarchies scolaires, les attitudes face au travail sont traduits en unités temporelles. Ainsi, la vitesse est le critère de réussite et d'efficacité, tandis que la lenteur atteste de difficultés et d'un niveau insuffisant. C'est encore le temps qui sert à évaluer le manque de docilité scolaire, qui se manifeste par des retards (rendu des devoirs, absence de ponctualité), et à le sanctionner (en heures de colles). Par conséquent, «le temps structure à la fois les pratiques et les visions du monde, bien au-delà de la seule, et explicitement temporelle, logique de l'urgence» (p.157).

Cependant, si l'urgence est une logique qui s'impose à tous en classes préparatoires, la socialisation temporelle qui s'y déroule est une socialisation secondaire, qui opère sur des individus déjà socialisés, n'ayant pas au départ les mêmes dispositions à l'égard du temps. L'un des apports du travail de Muriel Darmon est de montrer que tous les élèves de classes prépa ne sont pas égaux face à l'apprentissage de l'urgence et de mettre au jour une corrélation entre origine sociale et dispositions temporelles, ou, pour le dire autrement, un «espace social des rapports au temps». La sociologue envisage alors dans un second temps les rapports au temps comme des rapports de pouvoir, en distinguant d'abord, parmi les élèves de classes prépa auprès desquels elle a enquêté, les «dominants temporels», qui ont un rapport au temps «légitime», et les «dominés temporels».

Les «dominants temporels» font preuve d'une maîtrise temporelle qui leur permet de s'adapter au rythme des enseignants, de ne pas vivre le temps comme une perpétuelle contrainte et de s'autoriser des activités extra-scolaires ou des temps de repos plus longs, tout en étant pour la majorité d'entre eux des élèves très bien classés. Ils organisent leur travail en termes de plages horaires et ont un goût pour le travail dans l'urgence qu'ils considèrent comme stimulant et formateur. Ces «maîtres du temps» disposent d'un capital symbolique élevé et font figure de modèles pour les autres étudiants. A l'inverse, pour les «dominés temporels», le temps est davantage subi. Le cumul des retards, le manque de temps pour remplir leurs objectifs (souvent associé à un manque de sommeil) et l'impression d'être toujours submergé constitue leur quotidien. Certains d'entre eux ont une «perception déviante de l'écoulement du temps» – le sentiment que le temps passe lentement – qui s'oppose à la perception majoritaire (et légitime) en classes prépa d'un temps qui passe vite. Muriel Darmon a aussi observé des cas de position intermédiaire entre la domination et la soumission temporelle, ainsi que des évolutions d'une position dominée à une position dominante, ou l'inverse, dans la maîtrise et la perception du temps.

Ces variations des rapports au temps et des dispositions temporelles ne reflètent pas seulement des différences de niveau scolaire, elles peuvent être mises en relation avec la structure sociale, comme ont pu le faire dans certains de leurs travaux Pierre Bourdieu, Stéphane Beaud, ou Mathias Millet et Daniel Thin [3]. Le corpus d'entretiens réalisés par Muriel Darmon permet de mettre en correspondance, pour environ les trois quarts des cas étudiés, origine sociale des étudiants et position temporelle. Les dominants temporels sont issus majoritairement de familles favorisées, fortement dotées en capital économique et culturel, qui leur ont transmis le goût de l'urgence, des dispositions à la gestion du temps et plus généralement une «culture dominante du temps» en adéquation avec le rapport légitime au temps de la classe prépa. Pour eux, l'apprentissage du temps en classes prépa s'inscrit dans la continuité de leur socialisation temporelle antérieure. Le rapport dominé au temps quant à lui est caractéristique des élèves issus de milieux populaires, dont les parents n'ont pas fait d'études supérieures. Les cas de «panique temporelle» les plus évidents se trouvent dans le bas de la hiérarchie sociale. Enfin, «les intermédiaires» viennent plutôt des classes moyennes. Les usages du temps des classes supérieures et populaires se retrouvent donc au sein de la «jeunesse dominante» des classes préparatoires.

De même, on retrouverait au sein des dominants temporels l'opposition entre rapport «aristocratique» et rapport «bourgeois» au temps, mise en évidence par Claude Grignon dans ses travaux sur les repas et les rythmes sociaux [4]. Les élèves recrutés dans le plus haut de l'échelle sociale adopteraient un style temporel plus «aristocratique», pouvant se permettre de «gaspiller» le temps et le dépensant avec ostentation. Les autres dominants temporels auraient un rapport plus «technique» au temps, en cherchant à l'économiser et à le gérer le plus efficacement possible [5]. Cette différence de culture temporelle, une culture plus hédoniste et une autre plus ascétique, se recoupe avec la distinction entre filières, qui est analysée dans le dernier chapitre du livre de Muriel Darmon («Faire» scientifique, «faire» commercial). Les prépas économiques ont un usage plus prodigue du temps et des pratiques de résistance à l'accélération temporelle, souvent associées à des rituels comme le «pschittage» en cours (Muriel Darmon parle de «manœuvres dilatoires»), tandis que les prépas scientifiques font preuve de davantage de soumission et d'obéissance à la norme temporelle de la prépa. La délégitimation mutuelle du rapport au temps de l'autre filière, jugé soit trop laxiste, soit trop intensif, participe aux luttes de classement entre prépas scientifiques et économiques. Ces différences de posture par rapport au temps et l'opposition entre les styles temporels «ingénieur» et «manager» peuvent être mises en relation avec des différentiels de structure de capitaux détenus et donc situées dans l'espace social. En effet, les élèves de prépas économiques sont recrutés dans des milieux sociaux ayant relativement plus de capital économique que de capital culturel (moins d'enfants d'enseignants, plus d'enfants d'artisan, commerçant, chef d'entreprise), alors que ceux de prépas scientifiques viennent de milieux plus équilibrés en termes de capitaux économique et culturel. La différence de culture entre filières, et en particulier de style temporel (pratiques et valorisations), serait donc un effet du recrutement social des étudiants. Les rapports de force entre les différentes fractions de la classe dominante seraient ainsi reproduits au sein de la «jeunesse dominante» des classes prépa.

Au final, le travail de Muriel Darmon montre qu'une culture temporelle particulière, une culture de l'urgence, s'apprend en classes préparatoires et que la diversité des pratiques temporelles s'inscrit dans un espace social hiérarchisé. Il vient combler un certain nombre de lacunes dans l'étude de la socialisation temporelle en apportant un éclairage inédit sur les rapports au temps dans le haut de l'espace social. La différenciation genrée des rapports au temps n'a pas été étudiée par Muriel Darmon, mais c'est une autre dimension de cette socialisation temporelle qui mériterait d'être explorée [6].


Notes

[1] Les premiers travaux ethnographiques de Pierre Bourdieu sur la Kabylie, où il s'intéresse aux dispositions temporelles et au rapport au futur des paysans kabyles, et son ouvrage La Noblesse d'Etat qui aborde la problématique du temps dans les classes préparatoires aux grandes écoles. Dans le prolongement des travaux de Bourdieu : ceux de Bernard Lahire (Tableaux de familles. Heurs et malheurs scolaires en milieux populaires, Gallimard / Le Seuil, 1995), Stéphane Beaud ("Un temps élastique. Etudiants des «cités» et examens universitaires", Terrain, n°29, 1997, p.43-58), Mathias Millet et Daniel Thin (Ruptures scolaires. L'école à l'épreuve de la question sociale, PUF, 2005 ; "Le temps des familles populaires à l'épreuve de la précarité", Lien social et Politiques, n°54, 2005, p.153-162).

[2] P. Bourdieu, La Noblesse d'Etat. Grandes écoles et esprit de corps, Editions de Minuit, Collection "Le sens commun", 1989.

[3] P. Bourdieu, "Pratiques économiques et dispositions temporelles", in Esquisse d'une théorie de la pratique, Seuil, 2000, p.377-385. S. Beaud, "Un temps élastique. Etudiants des «cités» et examens universitaires", op. cité. M. Millet et D. Thin, Ruptures scolaires. L'école à l'épreuve de la question sociale, PUF, 2005 et "Le temps des familles populaires à l'épreuve de la précarité", op. cité. Ces travaux sont centrés sur les rapports au temps de catégories sociales dominées ou populaires.

[4] C. Grignon, "La règle, la mode et le travail : la genèse sociale du modèle des repas français contemporain", in Maurice Aymard, Claude Grignon, Françoise Sabban (dir.), Le temps de manger. Alimentation, emploi du temps et rythmes sociaux, Ed. de la MSH/INRA, 1993.

[5] Cette hypothèse formulée dans l'ouvrage de Muriel Darmon a été retravaillée par la suite par la sociologue. Elle est développée dans la conférence (partie 2 : le rapport au temps comme un capital symbolique, 18'55 à 23'20 et partie 3, l'opposition entre les rapports "ingénieur" et "manager" au temps, 26'09 à 33'53) et dans un article à paraître sur le rapport au temps des élèves de classes préparatoires.

[6] La question du genre a été étudiée par Elsa Favier, actuellement doctorante en sociologie, dans son enquête sur les femmes "hauts fonctionnaires" dans laquelle elle réutilise la distinction de Claude Grignon entre rapport «aristocratique» et rapport «bourgeois» au temps (voir la partie 2 de la conférence : le rapport au temps comme un capital symbolique, 23'20 à 25'06). Voir également : E. Favier, "«Pourquoi une présence au bureau de quinze heures par jour ?». Rapports au temps et genre dans la haute fonction publique", Revue française d'administration publique n°153, 2015, p.75-90.


Pour aller plus loin

Muriel Darmon, Classes préparatoires. La fabrique d'une jeunesse dominante, La Découverte, 2013. Comptes rendus dans Lectures (par Samuel Coavoux, 30 octobre 2013) et La Vie des idées (par Ugo Palheta, 24 mars 2014). Recension par Cédric Hugrée dans la Revue Française de sociologie 2015/2, Vol. 56 (voir notamment son analyse sur la question des déterminants des rapports au temps). Entretien dans Le Monde : "Classes prépa, la fabrique des maîtres du temps", 18/09/2013.

Muriel Darmon, "La socialisation entre école et famille. Observation d'une classe de première année de maternelle", Sociétés & Représentations, n°11, 2001, p.515-538.

Stéphane Beaud, "Un temps élastique. Etudiants des «cités» et examens universitaires", Terrain, n°29, 1997, p.43-58.

Mathias Millet et Daniel Thin, "Le temps des familles populaires à l'épreuve de la précarité", Lien social et Politiques, n°54, 2005, p.153-162.

Gaële Henri-Panabière, "Ascèse et planification : entre socialisation familiale et contraintes scolaires", in Symposium La constitution scolaire et extra-scolaire d’habitudes ou de dispositions scolairement évaluées (p.17-24), colloque "Efficacité et équité en éducation", nov. 2008.

Elsa Favier, "«Pourquoi une présence au bureau de quinze heures par jour ?». Rapports au temps et genre dans la haute fonction publique", Revue française d'administration publique, n°153, 2015, p.75-90.

Revue "Temporalités" : https://temporalites.revues.org/

Enregistrements audio des conférences du cycle "Penser les primes socialisations : regards croisés".

 

Anne Châteauneuf-Malclès pour SES-ENS.

Mots-clés associés :