Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Navigation
Vous êtes ici : Accueil / Articles / L'apport de Max Weber à l'analyse de la structure sociale

L'apport de Max Weber à l'analyse de la structure sociale

Publié le 28/02/2015
Auteur(s) : Pierre Merle
L'analyse de la structure sociale constitue une thématique centrale des enseignements de sciences économiques et sociales. Si la théorie marxiste des classes a fait l'objet de nombreuses analyses, facilement accessibles et de qualité, la situation est différente pour les stratifications sociales wébériennes. Dans cet article, le sociologue Pierre Merle propose de revenir sur les textes fondateurs de Max Weber sur la structure sociale afin d'apporter des éclaircissements sur les notions wébériennes de "classe", "classes sociales" et "groupes de statut". Son article vient combler des lacunes et corriger un certain nombre d'approximations dans les présentations courantes de l'analyse wébérienne de la stratification et de sa confrontation avec la théorie marxiste des classes sociales.

Parmi les thèmes de sociologie au programme de l'enseignement des SES en Terminale figure une question centrale : "Comment analyser la structure sociale ?". Cette question est déclinée en trois notions : classes sociales, groupe de statut, catégories socioprofessionnelles. Les indications complémentaires invitent à présenter «les théories des classes et de la stratification sociale dans la tradition sociologique (Marx, Weber) ainsi que leurs prolongements contemporains» et à s'interroger «sur leur pertinence pour rendre compte de la dynamique de la structuration sociale».

Pierre Merle, professeur de sociologie à l'ESPE de Bretagne et à l'Université Européenne de Bretagne, propose dans ce dossier de revenir sur les textes fondateurs de Max Weber sur la structure sociale afin d'apporter des éclaircissements sur les notions wébériennes de "classe", "classes sociales" et "groupes de statut". Son article vient combler des lacunes et corriger un certain nombre d'approximations dans les présentations courantes de l'analyse wébérienne de la stratification et de sa confrontation avec la théorie marxiste des classes sociales. Ces imprécisions et certaines erreurs d'interprétation tiennent à la nature très conceptuelle des écrits de Weber sur ces questions et aux défaillances de la traduction française d'économie et société (1922) qui tendent à brouiller son analyse[1]. Max Weber est souvent trop vite présenté comme un auteur opposé à Karl Marx (approche nominaliste vs réaliste des classes sociales), tout comme un ferme défenseur de l'individualisme méthodologique. Ces simplifications peuvent être dépassées par une lecture plus fidèle de ses écrits et une interprétation plus nuancée de sa pensée...

Pierre Merle participe à la préparation au CAPES de SES et aux enseignements de Master du département Sciences de l'éducation de l'Université de Rennes II. Nous le remercions pour cette contribution fort utile pour notre enseignement et pour la formation des futurs professeurs de SES.

Résumé de l'article :

L'analyse de la structure sociale constitue une thématique centrale des enseignements de sciences économiques et sociales. Le programme du Journal Officiel est à ce titre particulièrement précis puisqu'il fait référence, en citant Marx et Weber, aux notions de «classes sociales» et «groupes de statut». Si la théorie marxiste des classes a fait l'objet de nombreuses analyses, facilement accessibles et de qualité, la situation est différente pour les stratifications sociales wébériennes, peu étudiées et souvent présentées de façon incomplètes, voire confuses. L'objet de cet article est de mener une exégèse des textes fondateurs de Weber relatifs aux «classes sociales», «groupes de statut» et «partis», et de montrer, dans le cadre d'une analyse systémique, les fortes interrelations existant entre les trois types de stratification sociale conceptualisés par Max Weber. L'article permet de montrer que, contrairement aux interprétations usuelles, les analyses de Marx et Weber ne sont pas antinomiques mais, au contraire, entretiennent entre elles des proximités lexicales et sémantiques trop souvent ignorées.

 


Note :

[1] Ajoutons que l'œuvre de Weber est composite et inachevée. Weber n'a pu finaliser son œuvre majeure Economie et Société (Wirtschaft und Gesellschaft. Grundiss der verstehenden Soziologie), dont le premier volume ("Les catégories de la sociologie") comprend le chapitre "Ordres et classes" qui apparaît comme une simple esquisse. Economie et Société, publié après la mort de Weber, a été reconstitué par les éditeurs sous la direction de sa femme Marianne Weber et son texte remanié plusieurs fois lors des éditions allemandes successives. La première édition française en 1971 (Plon) est incomplète, seul le tome 1 est publié. Le reste a été traduit et publié partiellement sous forme d'œuvres séparées et d'un tome 2 amputé des derniers chapitres. La publication récente de La Domination aux Editions La Découverte (édition critique française établie par Yves Sintomer et traduite par Isabelle Kalinowski, janvier 2014) permet enfin aux lecteurs français d'accéder dans son intégralité à l'un des volumes majeurs de la deuxième partie d'Economie et Société consacré à l'analyse wébérienne de la domination.

 


Pour aller plus loin :

"Lire Max Weber", numéro de la Revue française de sociologie, Vol.46, 2005/4. Voir notamment les deux articles de Jean-Pierre Grossein : "De l'interprétation de quelques concepts wébériens" (p.685-721) ; "Max Weber «à la française» ? De la nécessité d'une critique des traductions" (p.883-904).

Michel Lallement, "Economie et Société - Max Weber (1864-1920) : aux sources de la sociologie allemande", Sciences Humaines, n°147, mars 2004.

A propos de l'édition critique française et la nouvelle traduction de "La Domination" de Max Weber aux Editions la Découverte (édition établie par Yves Sintomer, traduction par  Isabelle Kalinowski, 2014) :
- Compte rendu dans Lectures : "Max Weber, La domination", par Maëlys Bar et Alice Feyeux.
- Deux notes critiques dans Lectures : "Comment lire Max Weber, penseur de la domination ?", par Hinnerk Bruhns et Patrice Duran ; "De l'intérêt de lire La Domination de Max Weber aujourd'hui", par Béatrice Hibou.
- Compte rendu de la séance du séminaire "Re/Lire les sciences sociales" du 8 décembre 2014 : "Traduire Max Weber : autour de La Domination".
La Domination regroupe un ensemble de textes rédigés par Max Weber qui ont été publiés après sa mort.

Sur le thème de la stratification sociale : Dossier "La sociologie des classes moyennes autour des travaux de Serge Bosc" sur SES-ENS.

 

- Liens vérifiés le 30/03/2016 -