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La mesure du bien-être économique (MBE) de Nordhaus et Tobin

Publié le 28/07/2008
Auteur(s) : William Nordhaus
James Tobin
La mesure du bien-être national obtenue selon les critères retenus par Nordhaus et Tobin diffère très profondément de celle, issue des comptes classiques, de la consommation des ménages, en raison notamment du poids importants attribué aux loisirs et aux activités non marchandes dans leurs évaluations. Voici quelques détails sur mesure du bien-être économique des deux auteurs.

Présentation

Nordhaus et Tobin, dans leur article de 1973, « Is Growth Obsolete ? » [1] procèdent à la déduction d'éléments ne contribuant pas selon eux au « bien-être économique ». On les nomme regrettables. Elles représentent notamment les dépenses finales effectuées pour des raisons de sécurité, e prestige ou de diplomatie qui selon eux n'augmentent pas directement le bien-être économique des ménages ». Le regrettable le plus lourd pour eux est constitué par les dépenses de défense nationale. Ce à quoi d'autres comptables nationaux objectent que l'on peut aussi considérer que les dépenses de défense nationale rendent une satisfaction directe en termes de paix et de sécurité.

Les auteurs distinguent et calculent deux indices de « consommation finale corrigée » (baptisé MBE, mesure du bien-être économique). Ils calculent d'abord le « MBE actuel », obtenu par addition et soustraction de la consommation des ménages de certains éléments contribuant positivement ou négativement au « bien-être économique présent ». Ainsi sont par exemple retranchés aux dépenses de consommation finale, les dépenses privées domicile-travail, les services bancaires et juridiques, les suppléments de coût du logement urbain par rapport au logement en espace rural. La valeur estimée du temps de loisirs, du travail domestiques et du travail bénévole, les services publics sont à l'inverse considérés comme un « plus ».

Nordhaus et Tobin calculent ensuite le MBED (MBE durable) qui tient compte des variations de la valeur monétarisée de certains stocks de richesses économiques, naturelles et humaines (mais pas « sociales » : les inégalités, l'insécurité économique...n'interviennent pas). Sa mesure contient quatre composantes : 1) le capital productif « reproductible » net (équipements, infrastructures...) ; 2) le capital non reproductible, limité ici à la valeur de la terre et des actifs étrangers nets ; 3) Le capital d'éducation, valeur estimée à partir du nombre et du coût moyen des années d'études des personnes actives ; 4) Le capital santé, valeur cumulée des dépenses publiques et privées de santé affectées d'un coefficient de dépréciation de 20% par an.

Nordhaus et Tobin déduisent également des externalités négatives liées à l'urbanisation et à la congestion qui en résulte, en s'appuyant sur le principe selon lequel une partie du différentiel des rémunérations des citadins (par rapport aux habitants des zones rurales) sert à compenser les inconvénients liés au travail en zone urbaine. [2]

La mesure du bien-être national obtenue sur cette base diffère très profondément de celle, issue des comptes classiques, de la consommation des ménages, en raison notamment du poids importants attribué aux loisirs et aux activités non marchandes dans leurs évaluations. Par contre, les considérations environnementales pèsent très peu et, les variations au cours du temps de la croissance économique et de ces indicateurs de bien-être sont fortement corrélées sur la période 1929-1965, ce qui conduit les auteurs à considérer que la croissance n'est finalement un si mauvais indicateur de bien-être...Ces résultats vont être fortement remis en question par les indicateurs à dominante environnementale que nous présenterons plus loin.


Notes :

[1] Nordhaus W., Tobin J., « Is Growth Obsolete ? » in , The Measurement of Economic and Social Performance, Studies in Income and Wealth, National Bureau of Economic Reasearch, vol.38, 1973.

[2] Dès 1949, Kuznets s'intéressait déjà aux « coûts gonflés de la civilisation urbaine » puisque « Les imperfections de la théorie dans la confrontation avec les résultats ont conduit à des tentatives d'extension du cadre national de la comptabilité pour tenir compte des coûts jusqu'ici cachés mais importants par exemple l'éducation en tant qu'investissement, les passages à une vie urbaine ou la pollution et autres conséquences négatives de la production de masse. Ces efforts permettront également de tenir compte de conséquences positives jusqu'ici non mesurées _ telles qu'une meilleure santé ou longévité, une plus grande mobilité, plus de loisirs, moins d'inégalités de revenus... » ( Nobel Lectures, Economics 1969-1980, Assar Lindbeck, World Scientific Publishing Co., Singapore, 1992. www.nobel.se/economics/laureates/1971/kuznets-lecture.html)