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Les comportements électoraux

Publié le 31/12/2009
Auteur(s) : AFSP
Anne Châteauneuf-Malclès
La 5ème section thématique du Congrès de l’AFSP a dressé un bilan des études francophones des comportements électoraux et a constaté de manière générale d’une part, le renouvellement des problématiques en sociologie électorale et d’autre part, les évolutions méthodologiques dans les travaux récents dans ce domaine. Elle a souligné notamment l’apport de la prise en compte des contextes de vote (approches locales ou localisées) et ses implications en termes de méthodes d’observation (recours aux entretiens, aux enquêtes ethnographiques, à l’étude des listes d’émargement, à côté des traditionnels sondages). L’utilisation des modèles multi-niveaux, des études longitudinales et la discussion autour des enquêtes par panels sont d’autres aspects méthodologiques qui ont été abordés.

Section thématique 5 : « Etudier les comportements électoraux : bilan de la recherche francophone. »

Le premier axe de réflexion concernait les études quantitatives des comportements de vote et proposait de revisiter les grands paradigmes explicatifs du vote : Quelle est la pertinence des modèles économique, psychologique et sociologique pour expliquer les choix électoraux ? Quels sont les déterminants du vote : classes sociales, religion, évolution des attentes des électeurs… Quel impact ont les campagnes électorales sur le vote ?

L’axe 2 s’est intéressé plus spécifiquement aux effets de contexte et à l’intérêt (parfois aux limites) des approches contextuelles et locales pour expliquer les opinions politiques, la participation et les choix électoraux des individus. Il s’agissait de réfléchir à la manière dont des déterminants contextuels (effets de voisinage, effets de quartiers, rôle des réseaux sociaux…) pouvaient éclairer les choix des électeurs, les caractéristiques du vote et leurs évolutions (géographie des comportements électoraux, vote pour le FN, abstention…).

Enfin, le thème de l’abstention/participation a été examiné dans le troisième axe de réflexion. La compréhension du phénomène de baisse tendancielle (mais discontinue) de la participation électorale dans les sociétés démocratiques suscite en effet de nouvelles analyses francophones et de nouvelles questions : Quelle est la validité empirique de la thèse du «biais partisan» de la participation dans le contexte électoral français, i.e. l’abstention a-t-elle un impact sur les résultats électoraux ? Comment saisir les effets «territoire» ? Quelle est l’influence des variables familiales sur la participation électorale ? etc. Les travaux présentés s’appuient notamment sur des méthodes d’observation de longue durée ou sur l’utilisation croisée d’analyses qualitatives et quantitatives.

Pour lire la présentation scientifique de la section thématique 5, consulter le programme, le résumé des interventions et la liste des intervenants, vous pouvez aller à la page de la ST 5 sur le site du congrès de l'AFSP.

Les responsables de cette section thématique étaient :

- Annie Laurent (CNRS-CRAPS, Lille 2)

- Nicolas Sauger (CEE)

Extrait du bilan scientifique du Congrès 2009 de l’AFSP

Les congrès de l’AFSP constituent un moment privilégié pour faire un état de la discipline. En 1984, lors du 2nd congrès de l’AFSP, qui s’était aussi tenu à Grenoble, une table ronde avait permis de dresser un «bilan des études électorales en France», devant le constat de «l’ampleur et l’éparpillement» (Gaxie 1985 : 11) de la discipline. De même lors du 5ème congrès, qui cette fois s’était déroulé à Aix en Provence en 1996, une table ronde permettait de réinterroger les modèles explicatifs du vote (cf. Mayer 2000 pour la publication d’une partie des communications). D’autres tables rondes ont bien entendu su, dans l’intervalle, approfondir tel ou tel aspect des comportements électoraux, telle que celle intitulée «Comment concevoir et saisir les temporalités du vote ? Pour une approche longitudinale de la décision électorale», lors du congrès de Toulouse en 2007. Cependant, ces dernières années ont été largement marquées, au moins en France, tant par le renouvellement des problématiques, avec la montée en force de la psychologie politique par exemple, que par la multiplication – et la diversification – des instruments de mesure et de suivi des comportements électoraux. Le module spécial du GAEL organisé lors du congrès de Toulouse, en 2007, en avait largement témoigné.

Le congrès de Grenoble représentait l’opportunité pour les groupes de travail de l’AFSP de faire un état des lieux de leur champ dans le monde francophone. La section thématique organisée par le Groupe d’Analyse Electorale de l’AFSP a ainsi permis de dresser panorama des études électorales en cours ou récemment achevées. Résumée en quelques mots, cette section thématique a démontré de manière évidente le renouveau de la discipline, marqué tant par des évolutions méthodologiques (introduction des analyses multi-niveaux, développement d’approche localisée des comportements électoraux,…) que thématiques. Les approches les plus classiques (géographie électorale par exemple) ou les objets les plus canoniques de la discipline (abstention et non participation) ont été ainsi «revisités» et ont apporté une connaissance nouvelle des événements les plus récents en France (les élections de 2007 ont été particulièrement explorées), et l’un des points récurrents et particulièrement intéressant des contributions a été leur capacité à intégrer une dimension diachronique dans leur analyse.

Cette section thématique s’est structurée autour de trois axes majeurs : l’un autour des études quantitatives des comportements de vote, le second autour de la notion de contexte et le dernier sur la participation électorale.

La première session [Grandes problématiques de l’analyse électorale] a d’abord été l’occasion de présenter les travaux de James Stimson, Cyrille Thiébaut et Vincent Tiberj, sur l’évolution de la structuration idéologique de l’électorat français à partir de la notion de 'mood' : «Structure et structuration d’un public policy mood à la française» [texte word]. Parvenant à surmonter la discontinuité des mesures d’opinion au cours du temps, ils ont réussi notamment à montrer l’existence d’une logique «thermostatique» de l’opinion, celle-ci s’écartant finalement de plus en plus des positions qui ont abouti à l’élection du gouvernement précédent. Dans une perspective de long terme également, Florent Gougou et Guillaume Roux ont pour leur part analysé les évolutions du rôle de la classe sociale pour les comportements de vote, une des questions centrales étant en réalité celle de l’imputation du relatif déclin du vote de classe soit au changement social soit au changement politique : «Vote sur clivages, stratégie des partis politiques et changement des valeurs. Le cas de la France sous la Cinquième République (1958-2007)». Pascal Sciarini et Anke Tresch ont ensuite analysé les choix des électeurs suisses lors d’une série de votations ayant pour thème le rapport à l’Europe ou à l’immigration : «Campaign effects in direct-democratic votes: The mediating role of individual and contextual characteristics» [texte word]. A partir d’une analyse multi-niveaux, ils ont exploré les effets des campagnes électorales au niveau des individus, prenant en compte les caractéristiques des individus et des campagnes. Bruno Cautrès a conclu cette session par une présentation critique des dispositifs d’enquêtes électorales par panels, notamment tels qu’ils ont été développés en France depuis 2002, affirmant notamment l’importance et l’intérêt de ce type de technique tout en en discutant certains aspects de leur mise en oeuvre, principalement en termes de durée d’observation : «Les enquêtes électorales par panels en France : avantages, limites et avenir» [texte word].

La seconde session de cette section thématique [Individus et contexte] s’intéressait à la notion de contexte et à la contextualisation de l’étude des comportements électoraux. Cette session était organisée avec le groupe méthodologique de l’AFSP (MOD). Sans respecter l’ordre de présentation, une entrée dans cette thématique était proposée par Christine Fauvelle-Aymar à partir de la notion d’effet de voisinage : «L’impact de l’abstention sur les résultats électoraux : existe-t-il un biais partisan de la participation électorale en France ?» [texte pdf]. A partir d’une étude spécifique mais quantitative des comportements dans les zones urbaines défavorisées, elle a montré que dans ces territoires l’abstention était plus marquée que ne pouvaient le laisser présager les caractéristiques des populations y résidant. Gilles Van Hamme et Quentin David ont également repris à leur compte, dans une perspective assez similaire, cette notion d’effet de voisinage pour l’appliquer cette fois-ci aux décisions de vote en Belgique. Cela leur a permis d’ailleurs un retour sur cette notion en précisant comment l’appartenance à un «pilier» est en fait le vecteur premier de cet effet de voisinage : «Piliers et comportement électoral à l'échelle locale en Belgique : une approche historique de l'effet de voisinage». Cécile Braconnier et Jean-Yves Dormagen ont pratiquement anticipé la demande formulée par les autres intervenants d’une connaissance plus fine du contexte lui-même, montrant comment une approche localisée des comportements électoraux permet de donner une plus grande profondeur d’analyse par rapport à des données de sondages prises isolément : «Avantages et limites de l’étude localisée et dans la durée des comportements électoraux» [texte word]. Pour finir, Joël Gombin s’est proposé de saisir le contexte de vote (et plus particulièrement celui du vote pour le Front National) par une méthodologie innovante, l’analyse multi-niveaux, appliquée aux données agrégées : «Analyse écologique, modèles multi-niveaux et sociologie électorale : l’exemple des votes pour le Front national» [texte pdf]. Cela l’a amené notamment à définir quatre types différents de contexte 'produisant' un vote plus ou moins important pour le Front National (d’un 'Midi rouge' à une France rurale mais ouvrière).

La troisième session [Participation électorale], consacrée à l’abstention, a rendu compte notamment de l’intérêt toujours constant pour cet objet canonique mais surtout de l’utilité de le revisiter afin de tenter d’en résoudre le mystère. Christine Fauvelle-Aymar, par l’utilisation de régressions logistiques a soulevé ainsi la question du biais partisan dans la participation aux élections françaises : «L’impact de l’abstention sur les résultats électoraux : existe-t-il un biais partisan de la participation électorale en France ?» [texte word]. François Buton et Nicolas Mariot ont montré à partir d’une étude longitudinale (1982- 2008) très fine des listes d’émargement d'un bureau de vote situé dans une zone d'habitation résidentielle, les logiques familiales, de couple (voire de cohabitation dans un même logement) et de «parenté» (logiques familiales étendues de la parentèle) qui s’exercent sur la participation ou l’abstention aux différents scrutins : «La maisonnée fait-elle l’élection ? Retour sur les listes d’émargement» [texte pdf]. Anne Jadot, a aussi interrogé la notion de contexte, à partir des réponses à une question ouverte sur les raisons du (non) vote, question posée à plusieurs reprises dans le "Panel Electoral Français" avant le premier tour : «Comparer des dynamiques électorales à partir d’un matériau "qualitatif". L’impact du contexte politique sur les motivations à (ne pas) voter lors des présidentielles de 2002 et 2007». Diane Delacourt et Patrick Lehingue ont «disséqué» avec soin le corps électoral sur le long terme pour montrer l’importance de son renouvellement et par conséquent les difficultés à interpréter les résultats électoraux dès lors que «toutes choses ne sont pas égales par ailleurs» : «Recompositions du corps électoral et logiques de participation». Enfin, Jessica Sainty, à partir de données quantitatives et qualitatives collectées au niveau de la commune et du canton, a rendu compte de l’intérêt de prendre en compte le contexte objectif et subjectif pour comprendre la manière dont les électeurs forment leurs jugements politiques : «Jugement politique et territoire. L’effet du territoire sur la construction des opinions politiques lors de l’élection présidentielle de 2007» [texte word].

Ces trois sessions, très stimulantes, sont de bon augure pour les développements ultérieurs de la discipline.


Quelques indications bibliographiques

Bruno CAUTRÈS, Anne MUXEL (éds), Comment les électeurs font leur choix ? Le Panel électoral français 2007, Presses de Sciences Po, avril 2009.

Emilie VAN HAUTE, Adhérer à un parti. Aux sources de la participation politique, Université de Bruxelles, coll. Science politique, 2009.

Y. DELOYE, O. IHL, L’acte de vote, Presses de Sciences Po, 2008.

Antonin COHEN, Bernard LACROIX, Philippe RIUTORT (eds), Nouveau manuel de science politique, Chapitre VII, «Le phénomène électoral», La Découverte, 2009.

Pascal PERRINEAU (ed), Atlas électoral 2007. Qui vote quoi, où, comment ?, Presses de Sciences Po, 2007.

Nonna MAYER, «Qui vote pour qui et pourquoi ? Les modèles explicatifs du choix électoral», Pouvoirs, n°120 «Voter», janvier 2007, p.17-27.


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