Les marchés agroalimentaires sont-ils des "marchés spéciaux" ?
Présentation du texte
Partant d'une phrase de Pascal Lamy selon laquelle les marchés agroalimentaires constitueraient des «marchés spéciaux», l'auteur cherche à démêler les fondements d'une telle représentation.
Sa démarche passe par un questionnement sur le concept de «marchés spéciaux» chez Polanyi, dont il interroge les limites. Si l'auteur de La grande transformation peine à définir le caractère fictif des «marchandises» qui définissent les «marchés spéciaux» – travail, terre, argent – c'est parce que l'enjeu du caractère spécial de ces marchés est essentiellement politique : refuser leur assimilation à une marchandise normale, c'est refuser qu'à travers eux «le marché saisisse la vie». A ce titre, le blé constitue bien lui aussi un marché spécial, sur lequel s'opère dès le XVIIIe siècle le renversement entre moyens et fins du marché et de la vie que Polanyi ne repère qu'au XIXe siècle.
Dès lors que se constitue au XVIIIe siècle un véritable marché agroalimentaire, le marché lieu de rencontre cède la place à une abstraction sociale, facteur d'anxiété : les peurs alimentaires vont de pair avec la rationalisation marchande. Le travail de la sociologie économique est alors de montrer comment la spécificité du marché alimentaire de ce point de vue agit sur l'organisation des filières agroalimentaires.
Philippe Steiner : Les marchés agroalimentaires sont-ils des « marchés spéciaux » ?
Lire le texte au format pdf de Philippe Steiner, Université de Lille III & IRISES, Université Paris IX-Dauphine.
Olivia FERRAND, SES-ENS