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Rencontre avec Éric Maurin : Classes moyennes et déclassement

Publié le 25/03/2013
Auteur(s) : Éric Maurin
Anne Châteauneuf-Malclès
Issue de la rencontre avec Éric Maurin, cette conférence en 3 parties expose les principaux résultats de ses recherches sur les classes moyennes et le déclassement, menées avec la sociologue Dominique Goux et dont on trouvera une présentation détaillée dans leur ouvrage "Les nouvelles classes moyennes".

L'économiste Éric Maurin, directeur d'étude à l'EHESS et professeur à l'Ecole d'économie de Paris, était l'invité des Journées de rencontres secondaire-supérieur 2013 pour les enseignants de SES de la Loire et leurs élèves. Organisée dans le cadre d'un partenariat entre Institut Supérieur Economie Administration Gestion de l'Université de Saint-Etienne (ISEAG) et l'Inspection Académique de SES, la journée s'est déroulée en deux temps. Le matin, les enseignants ont pu assister à une conférence d'Éric Maurin sur le thème du déclassement social. L'économiste a présenté les grandes lignes de son dernier ouvrage, Les nouvelles classes moyennes, coécrit avec Dominique Goux (Seuil, 2012). L'après-midi, face à un public d'élèves et d'étudiants, Éric Maurin a apporté des réponses aux questionnements de lycéens de première ES portant sur les inégalités scolaires et la dévalorisation des diplômes, en s'appuyant sur ses travaux sur la démocratisation scolaire (La nouvelle question scolaire, Seuil 2007). La discussion lui a également permis d'évoquer d'autres aspects de ses recherches sur les politiques éducatives, en particulier ses travaux récents menés sur le décrochage scolaire. Cette journée a ainsi donné l'occasion à Éric Maurin d'expliciter son analyse sur ses thèmes de prédilection - l'école, la politique éducative, la mobilité sociale - et d'éclairer les débat sur la valeur des diplômes ou sur le déclassement social.

Dans cet article, nous diffusons les vidéos des interventions d'Éric Maurin auprès des enseignants (conférence puis discussion), ainsi que son diaporama de présentation.

La conférence d'Éric Maurin : Classes moyennes et déclassement

Éric Maurin expose ici les principaux résultats de ses recherches sur les classes moyennes et le déclassement menées avec la sociologue Dominique Goux et dont on trouvera une présentation détaillée dans leur ouvrage Les nouvelles classes moyennes (La République des idées, Seuil, 2012). En complément, nous proposons un entretien avec la sociologue Dominique Goux autour des Nouvelles classes moyennes et des liens vers d'autres articles d'Éric Maurin consultables en ligne.

Première partie : Les classes moyennes, définition et dynamique (00:39:10)

Visionner la présentation d'Éric Maurin

Télécharger la vidéo de la partie 1 (vidéo sans diaporama).

Résumé :

Dans cette première partie, Éric Maurin aborde d'abord la question délicate des contours et des frontières du concept de "classes moyennes". Il met en évidence les spécificités sociologiques et professionnelles des classes moyennes relativement aux classes supérieures et populaires : une position de "tremplin" plus que "moyenne", des statuts relativement avantageux mais plus fragiles que ceux des classes supérieures, un capital humain plus "spécifique"... E. Maurin s'intéresse ensuite à la dynamique des classes moyennes dans la société française sur le long terme : évolution quantitative, position relative aux autres groupes sociaux, part des déclassés et des promus au sein des classes moyennes. Il montre que les classes moyennes sont devenues plus nombreuses et plus "centrales", sans qu'on puisse parler de "moyennisation", car la société reste structurée en positions bien distinctes. On n'a pas assisté non plus à un appauvrissement des classes moyennes depuis 30 ans. L'écart de revenu avec classes supérieures et les classes modestes tend à se maintenir à un niveau constant, voire à se creuser, plus récemment, avec les classes modestes (tout comme le différentiel d'exposition au chômage). Enfin les classes moyennes ne sont pas peuplées de déclassés et restent avant tout un groupe de promotion sociale puisqu'elles sont composées en moyenne de 45% de promus et de 15% de déclassés seulement, ce qui fait d'elles la classe ayant la plus forte mixité sociale.

Deuxième partie : La question du déclassement des classes moyennes (00:56:06)

Visionner la présentation d'Éric Maurin

Télécharger la vidéo de la partie 2 (vidéo sans diaporama).

Résumé :

Dans la deuxième partie de sa présentation, Éric Maurin se concentre sur la question du déclassement des classes moyennes en abordant trois dimensions de celui-ci : le déclassement scolaire, le déclassement social et le déclassement résidentiel. Tout d'abord, il montre que les classes moyennes ont maintenu sur le long terme leur rang dans la compétition scolaire dans un contexte d'importantes réformes de l'école et de démocratisation scolaire, en poussant leurs enfants à allonger leur scolarité et faire des études supérieures. On ne peut donc pas affirmer que les classes moyennes ont subi un déclassement scolaire, du moins pour les générations nées entre 1954 et 1977 observées dans l'étude. Ensuite E. Maurin s'intéresse au destin social des enfants issus des classes moyennes afin de tester l'hypothèse du déclassement intergénérationnel sur la longue période. Il observe, à partir des données de l'enquête Emploi de l'Insee, que la part des promus entre 30 et 39 ans parmi ceux-ci a eu tendance à augmenter pour les générations 1952-70, et que la proportion des déclassés a fluctué sans tendance à la hausse. L'exposition au déclassement intergénérationnel est même en baisse pour les générations nées après 1966. Enfin, malgré l'apparition de fortes tensions sur le marché du logement durant les années 2000, les classes moyennes n'ont nullement connu de "décrochage" en matière résidentielle. Les données cadastrales utilisées par Éric Maurin et Dominique Goux montrent que les "distances" résidentielles entre groupes sociaux sont restées à peu près les mêmes tout au long de la décennie. L'avance des classes moyennes relativement aux classes modestes en matière de logement a pu être maintenue au moyen d'une mobilité résidentielle souvent synonyme de promotion résidentielle. Sur le plan du patrimoine immobilier, les classes moyennes ont gardé leur avantage et l'écart s'est creusé avec les classes populaires connaissant des difficultés croissantes d'accession à la propriété. Au final, les classes moyennes, menacées de déclassement dans la compétition scolaire, l'accès à l'emploi ou le statut résidentiel, ont réussi à maintenir leur position sociale en se mobilisant tant sur le plan scolaire que résidentiel.

Troisième partie : Discussion avec les enseignants (00:23:44)

http://video.ens-lyon.fr/eduscol-ses/2013/2013-02-01-maurin-prof3.mp4

Télécharger le diaporama de présentation d'Éric Maurin.

Pour aller plus loin

Sur SES-ENS : Entretien avec Dominique Goux autour des "nouvelles classes moyennes", 27/10/2012.

La conférence d'Éric Maurin à destination des élèves de SES lors de la même rencontre : "La démocratisation de l'école conduit-elle fatalement à une dévalorisation des diplômes ?".

Quelques articles d'Éric Maurin sur les classes moyennes, le déclassement et la mobilité sociale :

"La peur du déclassement, ciment de l’ordre social ?", Regards croisés sur l'économie n°7, "Le choc des générations", 2010, p.87-91.

"La mobilité sociale des nouvelles classes moyennes", Revue IDEES n°175, CNDP, janvier 2014, p.25-35.

Guillaume Arnould, "Éric Maurin, La peur du déclassement. Une sociologie des récessions", Revue en ligne Lectures, Les comptes rendus, 2009, mis en ligne le 20 novembre 2009.

Jacques Ghiloni, "Dominique Goux, Éric Maurin, Les nouvelles classes moyennes", Revue en ligne Lectures, Les comptes rendus, 2012, mis en ligne le 17 mars 2012.

 

Anne Châteauneuf-Malclès pour SES-ENS.

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