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Céline Bessière et Sibylle Gollac : Le genre du capital

Publié le 04/07/2021
Auteur(s) : Céline Bessière, Sibylle Gollac
Les travaux de Thomas Piketty et de son équipe ont montré la forte concentration du patrimoine dans le capitalisme contemporain et le poids de l'héritage dans la transmission des inégalités patrimoniales. Cependant les inégalités de patrimoine selon le genre sont très peu documentées par les économistes. Céline Bessière et Sibylle Gollac cherchent à expliquer leur persistance, dans tous les milieux sociaux, malgré un droit de la famille et de l'héritage formellement égalitaire. Leur vaste enquête, au croisement de la sociologie économique, de la famille, du genre et du droit, met en lumière le rôle des stratégies familiales, mais aussi des acteurs du droit, dans la reproduction des inégalités de richesses et l'appropriation masculine du capital.

Les sociologues Céline Bessière (Université Paris-Dauphine) et Sibylle Gollac (CNRS) étaient les invitées du séminaire « Re/lire les sciences sociales », organisé à l'ENS de Lyon en avril 2021, pour présenter et discuter leur ouvrage « Le genre du capital. Comment la famille reproduit les inégalités » publié en février 2020 aux éditions La Découverte.

Présentation de l'ouvrage « Le genre du capital » et de ses autrices

Céline Bessière et Sibylle Gollac, Le genre du capital. Comment la famille reproduit les inégalités, La Découverte, collection L'Ǝnvers des faits, 2020.

« On sait que le capitalisme au XXIe siècle est synonyme d'inégalités grandissantes entre les classes sociales. Ce que l'on sait moins, c'est que l'inégalité de richesse entre les hommes et les femmes augmente aussi, malgré des droits formellement égaux et la croyance selon laquelle, en accédant au marché du travail, les femmes auraient gagné leur autonomie. Pour comprendre pourquoi, il faut regarder ce qui se passe dans les familles, qui accumulent et transmettent le capital économique afin de consolider leur position sociale d'une génération à la suivante. Conjointes et conjoints, frères et sœurs, pères et mères n'occupent pas les mêmes positions dans les stratégies familiales de reproduction, et n'en tirent pas les mêmes bénéfices. Fruit de vingt ans de recherches, ce livre montre que le capital a un genre.

Céline Bessière et Sibylle Gollac enquêtent sur les calculs, les partages et les conflits qui ont lieu au moment des séparations conjugales et des héritages, avec le concours des professions du droit. Des mères isolées du mouvement des Gilets jaunes au divorce de Jeff et MacKenzie Bezos, des transmissions de petites entreprises à l'héritage de Johnny Hallyday, les mécanismes de contrôle et de distribution du capital varient selon les classes sociales, mais aboutissent toujours à la dépossession des femmes. Ce livre analyse ainsi comment la société de classes se reproduit grâce à l'appropriation masculine du capital. »

Source : Éditions La Découverte.

« Le livre est fondé sur plusieurs enquêtes qui se sont déroulées sur une vingtaine d'années : des monographies de famille, c'est-à-dire des observations et des entretiens, à la fois répétés et croisés, avec plusieurs personnes apparentées ; des enquêtes de terrain dans les chambres de la famille des tribunaux de grande instance, les cabinets d'avocat·es spécialisé·es en droit de la famille et des études notariales (observations d'audiences et de rendez-vous clients, réunions interprofessionnelles, entretiens avec des professionnel·les du droit, consultations de dossiers). (…) Le livre comprend également des résultats statistiques originaux, fondés sur l'exploitation de deux sources statistiques : la série des enquêtes « Patrimoine » de l'INSEE ; la Base de données « 4000 Affaires familiales ». »

Source : Le genre du capital – Annexe Méthodologique. Site JUSTINES (Justice et inégalités au prisme des sciences sociales), juin 2020.

« Depuis une quinzaine d'années, l'étude des inégalités, en particulier économiques, connaît un certain succès, comme en témoignent les travaux de Thomas Piketty et de son équipe. Si les données réunies par ces chercheurs sont impressionnantes, la variable « sexe » y est très largement absente, principalement à cause du manque de sources disponibles. Les inégalités de genre, notamment en matière patrimoniale, constituent donc un angle mort de l'étude des inégalités, que le livre de Céline Bessière et Sibylle Gollac entend combler. » Lire la suite du compte rendu.

Source : Arthur Jatteau, « Céline Bessière, Sibylle Gollac, Le genre du capital. Comment la famille reproduit les inégalités », Lectures [En ligne], Les comptes rendus, mis en ligne le 12 juin 2020.

Les autrices :

Céline Bessière est professeure de sociologie à l'Université Paris-Dauphine (PSL) et membre du laboratoire IRISSO. Sociologue de la famille, du genre et du travail, elle s'intéresse aux dimensions économiques et juridiques de la famille : transmissions patrimoniales, séparations conjugales, organisation des économies domestiques, division du travail au sein du couple, etc. Ses autres travaux de recherche ont porté sur l'indépendance professionnelle et les entreprises familiales, en particulier dans le secteur agricole.

Sibylle Gollac est sociologue et chercheuse au CNRS, au sein du Cresppa, le Centre de recherches sociologiques et politiques de Paris. Spécialiste en sociologie du genre, de la famille, du droit, du logement, et des relations économiques dans la parenté, elle travaille aujourd'hui sur l'héritage et les séparations conjugales, et la façon dont le droit et les professions juridiques les encadrent.

A côté de leurs travaux sur le rôle du patrimoine dans la reproduction des rapports sociaux de classe et de sexe, Céline Bessière et Sibylle Gollac étudient le traitement judiciaire des séparations conjugales en France et au Québec. Elles ont participé au collectif Onze qui a publié Au tribunal des couples. Enquête sur des affaires familiales (Odile Jacob, 2013), un livre adapté en bande dessinée par Baptiste Virot dans la collection Sociorama (Casterman, 2020). Depuis 2018, ce collectif s'est élargi au sein d'une nouvelle équipe pluridisciplinaire composée de sociologues, politistes, juristes, économistes et géographes qui s'intéressent aux inégalités sociales dans la justice civile (équipe JUSTINE).

Conférence de Céline Bessière et Sibylle Gollac

Conférence en visio du cycle « Re/lire les sciences sociales » enregistrée le 12 avril 2021.

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Présentation 00:00:00
Introduction 00:04:45
1. Le capital économique au cœur des stratégies familiales. Comment et pourquoi travailler sur l'argent dans la famille ? 00:19:45
2. Des comptabilités inversées sexistes. Quand les professionnel·les du droit légitiment des arrangements économiques familiaux inégalitaires 00:34:40
3. Les femmes travaillent, certains hommes accumulent. Comment l'État légitime la dépendance financière des femmes 00:53:17
Pour conclure... 01:08:35

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Version audio mp3.

Télécharger le diaporama de présentation de Céline Bessière et Sibylle Gollac.

Réponse aux questions des participants et discussion

le_genre_du_capital_partie2

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1. Qu'est-ce qu'une sociologie féministe ? 00:00:01
2. Les inégalités entre femmes 00:02:42
3. Spécialisation ou assignation des femmes au travail domestique et aux métiers du care ? 00:10:27
4. Intervention d'Isabelle Sayn 00:15:28
5. Intervention de Laurence Rossignol 00:28:04
6. La transmission du capital dans les familles populaires 00:40:58
7. Réputation des notaires et comptabilité inversée 00:43:53
8. Mariage et prévention des inégalités femmes-hommes 00:48:16
9. Dans quelle mesure la formation des professionnels du droit peut être un levier pour palier les inégalités dans la pratique ? 00:51:50
10. Juge aux affaires familiales, une profession exercée par défaut et non par choix 00:53:17
11. Les liens affectifs dans la famille, une ressource économique mobilisable ? 00:57:23

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Version audio mp3.

Site du séminaire re/lire les sciences sociales : page de la séance.

Anne Châteauneuf-Malclès pour SES-ENS.

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