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3. Théorie de la firme et analyse empirique

Publié le 14/12/2011
Auteur(s) : Magali Chaudey
Pour terminer ce panorama sur les théories économiques de la firme nous nous intéressons aux travaux empiriques issus des analyses théoriques. Les applications empiriques de la théorie de la firme se sont surtout développées dans le cadre de l'approche contractuelle. Elles concernent par exemple les contrats de travail, contrats d’assurance ou les contrats de franchise.

Les applications empiriques de la théorie de la firme se sont surtout développées dans le cadre de l’approche contractuelle. A titre d'illustration, nous retiendrons l'exemple de la théorie des incitations et celui de la théorie des coûts de transaction.

3.1. Les travaux empiriques dans le cadre de la théorie des incitations

Avant les années 1980, les travaux empiriques sont rares. Ils se sont surtout développés depuis les années 1990 [1]. Ces travaux empiriques sont de type économétrique et vont le plus souvent conforter les hypothèses de la théorie des incitations. Le point commun de ces travaux économétriques est la volonté de correctement prendre en compte l'hétérogénéité des contractants (que celle-ci porte sur leurs caractéristiques ou leurs comportements). Or par définition cette hétérogénéité est inobservable.

Les applications économétriques portent sur les contrats de travail, les contrats d'assurance, les contrats de franchise, les contrats agricoles ou encore les mécanismes d'enchères. Ces applications s'intéressent, en général, à la question du choix de la forme du contrat (ou design du contrat), compte tenu du contexte informationnel. Cette problématique révèle l'importance de la mesure empirique des asymétries d'information.

Le test le plus développé porte sur la dépendance du contrat vis-à-vis de l'hétérogénéité des agents, que celle-ci se manifeste par les caractéristiques de l'agent, i.e. le niveau de risque représentatif de l'agent (sélection contraire) ou par son comportement, i.e. l'occurrence d'un événement risqué (risque moral). D'un point de vue économétrique, on teste alors une corrélation entre un risque et le type de contrat, sans que la distinction entre sélection contraire et risque moral ne puisse être établie d'un point de vue empirique.

Les tests économétriques sont nombreux sur données d'assurance. Les compagnies disposent de données très complètes sur les caractéristiques des assurés et des contrats. De plus, l'assurance est un des rares secteurs où le résultat de l'action de l'assuré est facilement accessible. Dans ces travaux, on présente un marché d'assurance sur lequel évoluent deux types d'individus : des individus à faible niveau de risque et des individus à risque plus élevé. Le type de chaque agent est postulé. A l'équilibre de ce marché, les agents à haut risque choisissent une couverture complète et ceux à faible risque préfèrent une couverture partielle, moins coûteuse. Ces individus à risque plus faible acceptent donc une sous-assurance pour ne pas être sur-tarifés. Les agents à haut risque font le choix inverse. Ils optent pour une couverture totale car une réduction de la prime ne suffit pas pour leur faire préférer la couverture partielle, compte tenu de leur type.

La modélisation de la sélection contraire conduit à présenter chaque agent à partir de paramètres constants, reflétant leurs «qualités», connues d'eux seuls. La sélection contraire est alors testée à partir de données en coupe (sur une année donnée), permettant d'identifier une éventuelle corrélation entre ces paramètres et le choix du contrat ou l'occurrence d'un risque.

Le premier problème auquel la théorie des incitations est confrontée est celui de l'observation et de la mesure des asymétries d'information, sachant que par définition, il existe une corrélation entre le type de contrat choisi et le comportement des contractants. Le second problème est celui de la causalité entre le choix du contrat et le comportement de l'Agent : si c'est le choix du contrat qui induit un comportement, alors c'est que le contrat a un effet incitatif ; si les différences de comportement reflètent l'hétérogénéité des Agents, alors c'est cette hétérogénéité qui explique le choix de contrat différent.

Les travaux empiriques ont apporté la preuve que les contrats influencent effectivement les comportements. Ces travaux ont également montré que les contrats observés ont la forme prédite par la théorie, même si leur design est en général plus simple que celui présenté dans la littérature.

3.2. Les travaux empiriques dans le cadre de la théorie des coûts de transaction

Les travaux empiriques dans le cadre de la théorie des coûts de transaction vont soit chercher à comprendre les raisons de l'intégration verticale, soit comparer plusieurs formes organisationnelle alternatives (intégration verticale vs. marché par exemple). Nombre de ces travaux sont les études de cas qui permettent certes une analyse très détaillée des mécanismes à l'oeuvre dans l'explication des choix organisationnels, mais sont aussi moins convaincants quand il s'agit de corroborer un cadre théorique. La théorie des coûts de transaction a aussi donné lieu à des travaux économétriques.

Les tests économétriques sont en règle générale bâtis sur le même modèle : expliquer une forme organisationnelle (ou comparer deux formes organisationnelles) à partir des caractéristiques des transactions (fréquence, spécificités des actifs...). La difficulté de ces tests vient de l'observation de ces caractéristiques à partir de données observables et mesurables par l'économètre. On peut distinguer les mesures directes et les mesures indirectes. Les mesures directes se font à partir de questionnaires remplis par les personnes connaissant les transactions étudiées (par exemple on demandera à des managers de noter entre 1 et 10 le degré de spécificité des connaissances des travailleurs). Les mesures indirectes nécessitent de recourir à des variables dites variables proxy (variable mesurable dont les caractéristiques se rapprochent le plus de la variable que l'on souhaite effectivement mesurer). Par exemple, pour mesurer la spécificité de site, on pourra recourir à la proximité géographique entre les firmes contractantes, plus elles sont proches, plus on pourra déduire que la spécificité de site est élevée.

Les différentes études portant sur l'intégration verticale montrent qu'il existe bien un impact positif de la spécificité des actifs sur la décision d'intégrer la production. De même, les travaux portant sur le choix des clauses monétaires dans les contrats (par exemple dans les contrats de franchise) concluent que les clauses relatives aux prix sont plus simples, moins flexibles et moins sujettes à renégociation lorsque le contrat est de court terme.

Ces dernières années, l'analyse empirique de la théorie des coûts de transaction a connu un prolongement intéressant avec les travaux de P. Bajari. Son approche propose d'associer coûts de transaction et incitations. Cet auteur pose que lorsque l'objet d'un marché est complexe (ce qui est souvent le cas pour les gros appels à projet du secteur public), les offreurs potentiels peuvent être découragés de participer à l'appel d'offre, craignant que le contrat soit renégocié ex-post. Dans une étude sur les marchés de la construction et de la maintenance des autoroutes californiennes, Bajari, Houghton et Tadelis (2006 [2]) montrent que les candidats aux appels d'offres tiennent compte dans leurs propositions de l'incomplétude contractuelle et incorporent dans leur proposition un surcoût afin de couvrir les éventuels frais de renégociation. Les auteurs estiment ce coût supplémentaire à 10% de la valeur totale des marchés. De même, ils montrent que le recours aux appels d'offre pour les marchés complexes peut conduire à des situations de sélection contraire. Anticipant qu'il pourra tirer avantage des situations imprévues dans le contrat, le candidat au marché propose de faire une offre à un prix extrêmement bas et remportera donc l'appel d'offre, alors même qu'il n'est peut-être pas le candidat le plus efficace (Bajari, Mc Millan et Tadelis 2009 [3]).

Magali Chaudey, Université de Saint-Etienne et GATE-CNRS, pour SES-ENS.


Notes :

[1] Pour une revue détaillée de ces travaux empiriques, on se reportera à l'article Chiappori P.A. et Salanié B. (2003), "Testing Contract Theory: A Survey of Some Recent Work", dans Advances in Economics and Econometrics, vol.1, M. Dewatripont, L. Hansen and S. Turnovsky Eds, Cambridge University Press.

[2] Bajari P., Houghton S., Tadelis S. (2006), "Bidding for incomplete contracts: an empirical analysis of adaptation costs", NBER Working Paper n°12051.

[3] Bajari P., McMillan R., Tadelis S. (2009), "Auctions versus negotiations in procurement: an empirical analysis", Journal of Law, Economics, and Organization, 25 (2), p.372-399.


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Les Théories de la firme : introduction

1. L'approche contractuelle de la firme

2. Les approches cognitivistes de la firme

3. Théorie de la firme et analyses empiriques (vous êtes ici)

Bibliographie indicative

 

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