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B) Les enjeux économiques de la formation des actifs.

Publié le 28/04/2009
Auteur(s) : Stéphanie Fraisse-D'Olimpio
L'incitation à participer au marché du travail (ainsi que la probabilité d'avoir un emploi) semble dépendre de la quantité d'éducation et de formation que les individus reçoivent au long de leur vie professionnelle. D'une part, cela implique que le travail semble « rémunérateur » (et les emplois faciles à trouver) pour les individus qui ont constamment bénéficié d'éducation et de formation. D'autre part, en recourant à l'éducation et à la formation continue, les travailleurs semblent réduire le risque d'obsolescence de leur capital humain. Qu'en est-il réellement ?

3) Les enjeux en matière d’accès à l’emploi et de protection contre le chômage : la question de la sécurisation des parcours professionnels

3.1. On observe que les individus qui participent à une formation ont une probabilité plus forte d'avoir un emploi et d'éviter le chômage.

 
Le graphique 5 présente des écarts de taux d'activité entre les individus qui ont bénéficié d'une formation au cours des deux années précédentes et ceux qui n'en ont pas eu. Pour tous les groupes sélectionnés, les taux d'activité sont plus élevés pour les personnes qui ont reçu une formation au cours des deux années précédentes que pour leurs homologues qui n'en ont reçu aucune pendant la même période. La formation semble particulièrement importante pour les femmes et les travailleurs de 45-54 ans, puisque, dans ces deux catégories de la population, le taux d'activité des personnes qui ont reçu une formation au cours des deux dernières années dépasse de plus de 20 points celui des personnes qui n'en ont pas reçu.

Il apparaît aussi que les individus qui ont bénéficié d'une formation dans les deux années précédentes ont en moyenne des taux de chômage plus faibles que leurs homologues qui n'ont reçu aucune formation dans la même période.

Graphique 5. Les travailleurs ayant suivi une formation participent davantage au marché du travail et connaissent moins de chômage que leurs homologues non formés.

OCDE, Perspectives de l'emploi, Paris. 2004. p.211

L'incitation à participer au marché du travail (ainsi que la probabilité d'avoir un emploi) semble dépendre de la quantité d'éducation et de formation que les individus reçoivent au long de leur vie professionnelle. D'une part, cela implique que le travail semble « rémunérateur » (et les emplois faciles à trouver) pour les individus qui ont constamment bénéficié d'éducation et de formation. D'autre part, en recourant à l'éducation et à la formation continue, les travailleurs semblent réduire le risque d'obsolescence de leur capital humain.

Au total, les personnes qui ont une formation participent davantage au marché du travail que celles qui n'en ont pas, soit parce que le revenu qu'elles peuvent espérer tirer du travail (à condition qu'elles en aient un) est plus élevé lorsqu'elles ont reçu une formation, soit parce que la formation augmente la probabilité de tirer du travail un revenu stable - ce qui dans les deux cas augmente l'incitation à travailler.

3.2. Les enjeux en termes de sécurisation des parcours professionnels et de mobilité sociale

La formation professionnelle continue apparaît comme un instrument de protection des risques professionnels : risques d'emplois comme le déclassement, risque de perte d'emploi, instabilité professionnelle ou précarité du travail. En France, les analyses des risques professionnels sont posées depuis une dizaine d'années en termes de « sécurisation des parcours professionnels ».

Un rapport du Conseil économique et social de 2007 [13] reprend les principaux rapports d'experts [14] qui ont inspiré la réflexion sur les parcours professionnels. Ces parcours désormais marqués par une multiplicité de statuts (salarié, chômeur, stagiaire de la formation professionnelle, indépendant, bénévole) exposent les actifs à une discontinuité des droits sociaux. Dès lors, la question de la continuité de ces parcours ou de leur « sécurisation » est posée. La Commission européenne, ainsi que l'OCDE, mettent pour leur part en avant le terme de flexicurité [15], inspiré du modèle des pays nordiques, pour évoquer cette même problématique des parcours professionnels. La flexicurité conjugue une certaine souplesse du contrat de travail pour répondre aux besoins de flexibilité des entreprises, et une certaine sécurité professionnelle pour les salariés, sécurité liée au maintien du revenu et à la rapidité du retour à l'emploi - ou à défaut à la garantie d'une formation qualifiante, en cas de chômage [16].

La sécurisation des parcours professionnels, telle qu'elle est appréhendée en France, s'efforce de donner une vision plus dynamique de l'emploi. L'idée n'est plus de maintenir les individus dans l'emploi mais d'éviter les ruptures brutales et d'assurer la mobilité (choisie et non subie) en garantissant des droits tout au long de la carrière. Le constat désormais largement partagé est en effet que les parcours professionnels sont plus discontinus aujourd'hui qu'hier. Dans cette perspective, la sécurisation des parcours professionnels se définit comme la lutte contre la dégradation des carrières, contre les situations précaires de ceux qui se trouvent à la marge du marché de l'emploi faute le plus souvent de qualifications.

Des économistes et sociologues s'intéressent à cet égard aux transitions qui doivent être davantage sécurisés : transitions entre formation initiale et insertion sur le marché de l'emploi, transitions d'un emploi à un autre qui posent des problèmes de statut ou de qualification, transitions du chômage à l'emploi, transition vers la retraite. C'est notamment l'approche de Bernard Gazier, professeur à l'université Paris I sur les marchés transitionnels (ENCADRE 3). L'analyse sous-jacente est que les carrières se déroulent de moins en moins au sein d'une même entreprise (les marchés internes) et que le marché de l'emploi est mal armé pour accompagner les mobilités hors de l'entreprise (risques de perte de revenu, de perte de droits, manque de formation, ...).

Les marchés du travail transitionnels présentent un réel intérêt pour étudier d'une part les effets de la formation initiale sur les transitions de début de vie active (de l'école à l'emploi) et d'autre part les effets de la formation continue sur les transitions du chômage à l'emploi. K.Schömann et P.O'Connell [17] observent en effet que face au manque d'opportunité d'emploi et au risque de chômage et/ou d'exclusion sociale, les individus ont besoin d'être capables d'organiser et de suivre de multiples transitions entre l'emploi et la formation tout au long de la vie. L'hypothèse de base est que la formation continue joue un rôle préventif ou de réparation au regard des transitions professionnelles et facilite l'intégration sociale en permettant d'éviter les transitions négatives tels que le passage de l'emploi au chômage ou encore le départ subi à la retraite.

La formation professionnelle continue n'entraine toutefois pas les mêmes effets en fonction des sous-segments du marché du travail sur lesquels on se trouve sur le marché du travail ni même en fonction du moment où l'on se trouve dans les transitions. Les effets de la formation professionnelle continue dépendent du type de segments de l'emploi, de la nature de la formation, du type de publics et du type de mobilités.

La formation professionnelle continue a des effets positifs sur la mobilité ascendante interne à l'entreprise et sur la stabilisation du salarié dans l'entreprise. A.Dupray [18] montre ainsi a partir de l'enquête Generation98 a 5 ans, que la formation continue entraine une hausse des mobilités internes et qu'un faible accès à la formation continue est suivi de plus de changements d'employeurs. Les mobilités externes concernent surtout les jeunes les moins qualifiés alors que les mobilités internes sont effectuées par des jeunes mieux diplômés et qui ont de meilleures conditions de travail.

Le rapport de l'OCDE de 2003 [19] souligne que les travailleurs formés auprès d'employeurs précédents se sentent globalement plus en sécurité dans leur emploi. C'est d'ailleurs chez les groupes de travailleurs pour lesquels le rendement salarial de la formation est le plus faible que le sentiment de sécurité s'accroit le plus après une formation (graphique 6) Pour ceux qui changent d'emploi, on estime que pour chaque année de formation antérieure, les salariés dont le niveau est inférieur au deuxième cycle du secondaire enregistrent un accroissement de leur sentiment de sécurité de l'emploi de 2.7 %, et les salariés de 35 à 54 ans de plus de 2 %. La formation professionnelle semble donc exercer sur la sécurité de l'emploi un effet plus important que l'éducation formelle, contrairement à ce que l'on observe dans le cas des salaires.

Graphique 6 .La formation a un impact positif sur la sécurité de l'emploi.

OCDE, Perspectives de l'emploi, chapitre 4 « Améliorer les compétences : la formation permet-elle d'accéder à des emplois plus nombreux et meilleurs ? », Paris. 2004. p.220

L'impact de la formation sur la mobilité des salariés est difficile à évaluer. Dans les pays pour lesquels les données sont disponibles, les travailleurs qui ont reçu antérieurement une éducation ou une formation tendent à partir plus souvent pour prendre des emplois meilleurs et moins souvent contre leur gré. Néanmoins, on observe des différences importantes selon les groupes de travailleurs et les types de formation.

Le Rapport de l'OCDE de 2003 montre que l'impact de la formation sur la mobilité volontaire est essentiellement limité aux travailleurs relativement jeunes et instruits. Les salariés tendent à être moins mobiles s'ils ne reçoivent qu'une formation professionnelle sans bénéficier par ailleurs d'une éducation formelle. Cela s'explique par le fait que l'éducation formelle est moins souvent financée par l'entreprise et donne des compétences qui sont généralement transférables et plus facilement valorisées sur le marché du travail extérieur.

Si les travailleurs formés démissionnent plus souvent, ils ont aussi moins de chances d'être licenciés et de rester au chômage. Le graphique 7 illustre l'impact de la formation reçue auprès d'employeurs précédents sur la probabilité d'être titulaire d'un contrat permanent.

Les résultats de l'estimation correspondent à ceux de l'analyse des perceptions subjectives de la sécurité de l'emploi. Premièrement, pour tous les groupes de travailleurs considérés ici, la formation reçue auprès d'employeurs précédents a un impact positif sur la probabilité de détenir un contrat permanent. En moyenne, on estime que cette probabilité augmente de 0.6 point par année de travail auprès d'un employeur précédent au cours de laquelle le salarié a reçu une formation. Deuxièmement, le plus fort impact de la formation reçue auprès d'employeurs précédents concerne les catégories pour lesquelles les primes salariales estimées à la formation sont faibles, bien que les différences entre groupes soient moins marquées dans ce cas que dans celui du sentiment subjectif de sécurité de l'emploi. Par exemple, à condition qu'ils changent d'emploi, pour chaque année où ils ont reçu une formation antérieure, les salariés de 45 à 54 ans accroissent de près de 0.7 point leur probabilité de détenir un contrat permanent.

Graphique 7. La formation accroît les chances pour les travailleurs d'obtenir un contrat permanent.

OCDE, Perspectives de l'emploi, chapitre 4 « Améliorer les compétences : la formation permet-elle d'accéder à des emplois plus nombreux et meilleurs ? », Paris. 2004. p.224

Enfin, la formation avant perte d'emploi tend à réduire la durée du chômage. En effet, dans la mesure où la formation donne des compétences transférables, on peut penser qu'elle accroît les probabilités de réemploi en cas de licenciement, et par conséquent qu'elle réduit le coût de la perte d'emploi en diminuant la durée de l'épisode de chômage éventuel. Le graphique 8 montre que les travailleurs qui ont bénéficié d'une formation ou d'une éducation au cours de l'année qui a précédé leur perte d'emploi sont plus souvent réemployés deux ans plus tard que leurs homologues non formés. La variation d'un pays à l'autre est toutefois très nette dans des pays comme l'Autriche, la Belgique, la Finlande ou l'Irlande, la proportion de travailleurs formés qui sont réemployés deux ans après leur perte d'emploi est supérieure de 20 points à celle des travailleurs non formés, tandis qu'au Danemark, en France, en Grèce, aux Pays-Bas et au Portugal, la différence entre les deux groupes est négligeable. Là encore, on ne peut tirer aucune conclusion générale de ce graphique. Les individus qui reçoivent une formation peuvent présenter des caractéristiques plus productives et la corrélation positive apparente entre la formation et les probabilités de réemploi ne résulte pas forcément d'un lien causal. En l'absence de données internationales véritablement comparables, les chiffres doivent être pris avec circonspection.

Graphique 8. Dans quelques pays, les travailleurs formés connaissent des épisodes de chômage relativement courts après un licenciement.

OCDE, Perspectives de l'emploi, chapitre 4 « Améliorer les compétences : la formation permet-elle d'accéder à des emplois plus nombreux et meilleurs ? », Paris. 2004. p.225

Il apparait pour autant que les travailleurs qui ne semblent pas profiter de la formation sous forme d'une hausse de salaire, peuvent en tirer avantage en termes de perspectives d'emploi plus stables, avec un risque plus faible de perte d'emploi et des chances plus grandes d'être réemployés rapidement et dans un poste moins précaire. C'est le cas particulièrement pour les catégories (telles que les travailleurs âgés faiblement instruits) pour lesquels l'écart productivité-salaire risque d'être de plus en plus comprimé, à mesure qu'ils vieillissent, du fait des politiques du personnel pratiquées par les entreprises et/ou des dispositifs institutionnels (par exemple le salaire minimum).

Conclusion : Enjeu de lutte contre l'exclusion et de cohésion sociale

Outre sa portée économique, la formation des adultes peut avoir des effets bénéfiques sur le plan politique en suscitant un engagement plus grand dans la vie civique, contribuant ainsi à renforcer les fondements de la démocratie. L'apprentissage à des fins civiques et culturelles aide les citoyens à acquérir des compétences qui en feront des acteurs conscients du changement politique et social, et leur permettront de décider de leur vie professionnelle et personnelle en toute indépendance. La formation des adultes est par ailleurs source de divers avantages individuels tels que l'amélioration de la santé et du bien-être, de la confiance en soi et de la satisfaction personnelle.

 

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CAPITAL HUMAIN ET FORMATION DES ACTIFS.

A) Valoriser le capital humain par la formation tout au long de la vie : des principes à la réalité.

1) Une profonde évolution de l'approche de la formation continue en France et dans l'Union Européenne.

2) Un accès encore largement inégalitaire à la formation continue.

B) Les enjeux économiques de la formation des actifs.

1) Un enjeu de croissance économique et de compétitivité des entreprises.

2) Les enjeux salariaux.

3) Les enjeux en matière d'accès à l'emploi et de protection contre le chômage : la question de la sécurisation des parcours professionnels.

Retour au dossier "Capital humain" (Partie 2)

 


Notes :

[13] La sécurisation des parcours professionnels. Rapport du conseil économique et social. Février 2007.

[14] Jean Boissonnat, Commissariat Général du Plan, Le travail dans vingt ans, Rapport de la commission Boissonnat, Paris, Odile Jacob, 1995.

Alain Supiot (dir.), Au delà de l'emploi. Transformations du travail et devenir du droit du travail en Europe, Rapport pour la Commission européenne, Paris, Flammarion, 1999

Pierre Cahuc, Francis Kramarz, De la précarité à la mobilité : vers une sécurité sociale professionnelle, Rapport au Ministre de l'économie, des finances et de l'industrie et au Ministre de l'emploi, du travail et de la cohésion sociale, 2004.

[15] Voir sur cette notion : Antoine Bevort, Michel Lallement, Chantal Nicole-Drancourt, Flexicurité : la protection de l'emploi en débat, Problèmes économiques et sociaux, La documentation française, décembre 2006

Voir aussi le dossier de SES-ENS autour des travaux de Jérome Gautier.

[16] Si l'on est tenté de rapprocher la notion de « flexicurité » et celle de « sécurisation des parcours professionnels », les deux notions ne se recoupent pourtant pas complètement puisque la flexicurité n'est qu'une des voies envisageables pour sécuriser les parcours professionnels. En outre cette voie n'est pas dépourvue d'ambiguïtés : il peut s'agir de s'inspirer du modèle des pays scandinaves, fait d'une certaine souplesse du contrat de travail, d'une certaine sécurité de revenu et d'emploi, mais aussi de traditions sociales bien ancrées (place du dialogue social notamment). Il peut aussi s'agir de partir du constat que le marché de l'emploi français souffrirait de rigidités et que le meilleur moyen d'améliorer l'emploi, et par là la sécurité d'emploi des salariés, est de l'assouplir. Mais il peut aussi bien s'agir de l'exact inverse si l'on fait plutôt le constat que le marché de l'emploi s'est déjà flexibilisé (CDD, temps partiel) et que l'urgence serait plutôt d'instaurer des sécurités nouvelles pour restaurer un équilibre.

Voir aussi Guillaume Blache « « Flexicurité » et « Marchés Transitionnels du Travail » : même combat ? Retour sur deux notions clés du modèle social Européen. » Europe et entreprise. Février2008.

[17] K.Schömann et P.O'Connell (dir.) The New Dynamics of Full Employment. Social Integration Through Transitional Labour Markets, Cheltenham, Edward Elgar, 2002

[18] Dupray A., « Les mobilités en début de vie professionnelle. Externes ou Internes aux entreprises, des évolutions aux effets très différents », Bref, Céreq, no216, Février, 2005.

[19] OCDE (2003), Perspectives de l'emploi, chapitre 5, « Améliorer les qualifications et les compétences des travailleurs », Paris.