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Le projet d'intégration européen et ses perspectives

Publié le 09/03/2016
Auteur(s) : Jérôme Creel
Pascal Le Merrer
L'OFCE publie un nouveau «Repères» aux Editions La Découverte sous la direction de Jérôme Creel, intitulé «L'économie européenne 2016. L'Union fait-elle la force ?». Cet ouvrage de synthèse se penche sur l'histoire du projet européen, ses caractéristiques et ses perspectives d'évolution. A l'occasion de sa sortie, nous avons demandé à l'économiste Jérôme Creel, Directeur du Département des études à l'OFCE, de répondre à quelques questions qui sont au cœur de l'actualité économique de l'Union Européenne en 2016.

L'OFCE publie en février 2016 un nouveau « Repères » aux Editions La Découverte sous la direction de Jérôme Creel, intitulé « L'économie européenne 2016. L'Union fait-elle la force ? ».

Le processus d'intégration économique et politique européen, démarré il y a soixante ans, est à un tournant de son histoire. Confrontés à une crise qui dure, les Européens s'interrogent : faut-il plus ou moins d'Europe, plus ou moins d'union, pour relancer l'activité économique et réduire le chômage et les inégalités en Europe ? Avec quelles politiques ? C'est à ces questions que cherche à répondre cette synthèse de l'OFCE, en se penchant sur l'histoire du projet européen, ses caractéristiques et ses perspectives d'évolution.

La première partie propose une analyse de la conjoncture économique européenne et une vue d'ensemble de l'architecture de l'UE. Après un rappel des grandes étapes de la construction européenne, elle aborde les politiques économiques communes (politique commerciale, agricole, de la concurrence), l'hétérogénéité des systèmes fiscaux et sociaux et leur difficile harmonisation, et enfin l'engagement de l'UE pour l'environnement et les instruments de la politique climatique européenne. La seconde partie est consacrée à l'avenir de la zone euro après la crise, au vu des défauts de la gouvernance européenne et de ses évolutions possibles. Le rôle de la BCE, l'élargissement de ses responsabilités et des instruments de politique monétaire sont examinés. L'ouvrage traite aussi de l'hétérogénéité des situations économiques des Etats membres et en analyse les mécanismes. Il est enfin question de l'échec de la gouvernance budgétaire, manifeste avec la crise grecque, et de ce que l'on peut attendre du plan Juncker de relance de l'investissement.

A l'occasion de la sortie de L'économie européenne 2016, nous avons demandé à Jérôme Creel, Directeur du Département des études à l'OFCE, de répondre à quelques questions qui sont au cœur de l'actualité économique de l'Union Européenne en 2016.

Présentation éditeur

couverture du livre L'économie européenne 2016L'OFCE propose pour la première fois dans la collection «Repères» un bilan accessible et rigoureux de l'économie européenne. L'édition 2016 présente l'état de la conjoncture, celle des politiques communes, les principales tendances et les grands problèmes.

La crise grecque témoigne de l'échec de la gouvernance européenne. Quelles leçons en tirer et comment l'améliorer, tant du point de vue budgétaire que monétaire ? Au-delà, faut-il contrôler les écarts de compétitivité et les déséquilibres commerciaux et, si oui, comment ? Faut-il changer les règles budgétaires ? Un plan d'investissement européen sera-t-il suffisant pour relancer l'activité et sera-t-il le précurseur d'une meilleure coordination des politiques européennes ?

Le changement climatique ne peut-il pas être une opportunité à saisir pour l'UE afin de renouveler son projet d'intégration ? Des références bibliographiques ainsi que de nombreux tableaux et graphiques complètent l'ouvrage.

Cet ouvrage a été réalisé sous la direction de Jérôme Creel.

Publication le 25 février 2016.

Lire l'introduction sur le site de l'éditeur et ce billet de Jérôme Creel publié sur The Conversation "En économie, l'Union européenne fait-elle encore la force ?".

Plan de l'ouvrage

A / L'état de l'économie européenne

I / La situation conjoncturelle européenne, par Christophe Blot
II / Une brève histoire de l'intégration économique européenne, par Éloi Laurent
III / Les politiques communes de l'Union européenne, par Guillaume Daudin et Jacques Le Cacheux
IV / L'Europe, ses fiscalités et ses systèmes de protection sociale, par Gérard Cornilleau et Vincent Touzé
V / La stratégie climatique européenne : vers une nouvelle ambition ?, par Éloi Laurent

B / L'avenir de la zone euro

VI / La Banque centrale européenne et la stabilité financière, par Fabien Labondance
VII / Les divergences européennes : causes et leçons, par Anne-Laure Delatte et Xavier Ragot
VIII / La Grèce, ou l'échec de la gouvernance budgétaire, par Céline Antonin, Jérôme Creel et Sébastien Villemot
IX / Sortir de la crise par l'investissement ?, par Mathilde Le Moigne, Francesco Saraceno et Sébastien Villemot

Quelques questions à Jérôme Creel autour de "L'économie européenne 2016"

photo de Jérôme Creel à LCI

1) Faut-il s'inquiéter de la politique monétaire non conventionnelle de la BCE ?

Depuis mars 2015 et la mise en œuvre de sa politique de Quantitative Easing (des achats de titres financiers publics pour des montants mensuels de 60 milliards d'euros pendant au moins deux ans), la BCE a réussi à réunir contre elle à la fois ceux qui pensent qu'elle outrepasse son mandat en finançant les déficits et les dettes publics et qu'elle alimente les bulles spéculatives, et ceux qui pensent qu'elle intervient trop tard, la baisse des taux n'ayant pas permis de relancer l'économie. Assez bizarrement, la BCE a fait converger ceux qui pensent que la politique monétaire va être en quelque sorte trop efficace, en relançant l'inflation au-delà de sa cible de 2% à moyen terme, ce qui fournira aux gouvernements, aux entreprises et aux ménages un prétexte pour réduire leurs efforts de désendettement, et ceux qui doutent tout bonnement de l'efficacité de la politique monétaire.

Compte tenu de la situation économique rencontrée par la zone euro, la BCE disposait-elle d'une alternative ? Comme nous le rappelons dans le chapitre I, la situation économique récente de la zone euro, même meilleure, reste le sujet d'inquiétude numéro un. Une reprise trop timide et la persistance d'une inflation faible et très en-deçà de la cible de 2% de la BCE y sont pour beaucoup, dans un environnement économique mondial incertain qui ne peut pas servir de soutien à l'économie européenne. Il faut donc faire avec les moyens du bord ! Compte tenu de son mandat, la BCE se doit de renverser la situation et de ramener l'inflation à sa cible. Pour cela, elle a dû poursuivre sa politique expansionniste, dans un environnement où ses taux directeurs étaient d'ores et déjà très bas. Elle n'a donc pas eu d'autre choix que de mener les politiques non conventionnelles que nous évoquons plus en détail dans le chapitre VI.

Celles-ci sont-elles efficaces ? L'inflation faible donne plutôt envie de répondre négativement. Cependant, l'inflation n'est pas déterminée exclusivement par les conditions monétaires, mais aussi notamment par l'évolution de la productivité, par les conditions salariales et par la demande adressée. Lorsque ces trois déterminants sont plutôt en berne, difficile d'imaginer voir l'inflation accélérer. La politique monétaire expansionniste, en participant à la dépréciation de l'euro, aide à orienter la demande à la hausse. La politique de QE est donc efficace, quoi qu'on en dise. Dans une situation de très fort excédent courant comme en connaît aujourd'hui la zone euro, si l'euro ne s'est pas apprécié, bien au contraire, c'est bien que les acquisitions massives de titres financiers par la BCE ont poussé l'euro à la baisse, au bénéfice des exportateurs. Du coup, il faudrait certainement envisager une politique monétaire encore plus expansionniste, comme nous le suggérons dans la chapitre VI. Après la mise en place d'une union bancaire dans la zone euro, les risques que ferait courir une telle politique seraient mieux encadrés que par le passé et la politique monétaire resterait crédible. En effet, si la crédibilité de la BCE a longtemps été associée à son indépendance de moyens ainsi qu'à sa poursuite d'un objectif de stabilité des prix, la crise financière internationale de 2007 a obligé à revoir sa palette d'objectifs et à lui donner la responsabilité de la stabilité financière et bancaire dans toute la zone euro.

2) Quelles sont les réformes nécessaires pour améliorer la gouvernance économique européenne ?

 La crise financière internationale, puis la crise de la zone euro ont conduit à des réformes dans les domaines monétaire et financier, grâce au recours aux politiques non conventionnelles et à l'union bancaire, et dans la surveillance et la lutte contre les déséquilibres macroéconomiques (dont nous évoquons les causes dans le chapitre VII). Dans le domaine budgétaire cependant, les réformes n'ont pas été au rendez-vous… Ainsi que nous l'expliquons dans le chapitre VIII, la crise des finances publiques grecques a été renforcée, plutôt qu'atténuée, par la logique des règles budgétaires du Pacte de stabilité et de croissance qui prévaut dans l'Union européenne depuis 1999. Le volet répressif du Pacte n'a pas permis à la Grèce d'assainir ses finances publiques parce qu'il a fait peser un fardeau bien trop lourd sur l'économie grecque qui a collectionné les années de récession. Dans le jargon des économistes, cette situation s'apparente à un effet multiplicateur positif : la baisse des dépenses publiques produit une baisse de l'activité économique. L'austérité budgétaire devient alors contre-productive, même sur l'état des finances publiques : pendant que le gouvernement grec mettait en place les plans d'ajustement budgétaire successifs de la Troïka (Banque centrale européenne, Commission européenne, Fonds monétaire international), les dépenses sociales continuaient d'augmenter sous l'effet de la hausse du chômage et les recettes fiscales diminuaient car des entreprises toujours plus nombreuses mettaient la clé sous la porte. Les déficits et la dette publics, au lieu de se résorber, se stabilisaient, voire augmentaient…

Pour sortir de la crise, il faut donc sortir de ce cercle vicieux. Cependant, compte tenu de la difficulté à modifier à l'unanimité les règles budgétaires qui fondent le Pacte de stabilité et de croissance, aucune réforme d'ampleur de la gouvernance budgétaire n'est à l'œuvre aujourd'hui. Une petite lueur d'espoir a certes jailli lorsqu'à la suite des élections européennes, la proposition d'un plan européen d'investissement public, initialement portée par les Socialistes et Démocrates, a été reprise par la Commission européenne. Les dépenses nationales d'investissement public comprises dans le cadre de ce plan, dit plan Juncker, seront déduites des dépenses publiques, donc des déficits publics que les Etats membres doivent maintenir sous la limite des 3% du PIB, leur offrant ainsi quelques marges de manœuvre. Selon les évaluations présentées dans le chapitre IX qui décrit aussi les modalités et les fondements du plan Juncker, cette lueur d'espoir pourrait être de courte durée  - le   plan Juncker n'est pas d'une ampleur suffisante parce qu'il arrive trop tard pour relancer efficacement l'économie européenne – à moins bien sûr que la faiblesse de la reprise économique incite la Commission et les Etats membres à revoir leur copie en augmentant les montants consacrés au plan Juncker.

A propos du "Brexit" : voir la courte intervention de Jérôme Creel sur LCI le 18/02/2016.

Publications sur l'Union Européenne et la zone euro sur le site de l'OFCE

Dossier sur "L'investissement en Europe", in Revue de l'OFCE n°144, décembre 2015. Introduction, par J. Creel.

"Que peut-on attendre de l'assouplissement quantitatif de la BCE ?", par C. Blot, J. Creel, P. Hubert, F. Labondance, étude spéciale in Revue de l'OFCE n°138, juin 2015.

"Réformer l'Europe ? Economistes, juristes et politistes se penchent sur l'avenir de l'Union européenne", par C. Blot, O. Rozenberg, F. Saraceno, I. Streho, in Revue de l'OFCE n°134, "Réformer l'Europe", mai 2014.

"Les enjeux du triple mandat de la BCE", par C. Blot, J. Creel, P. Hubert, F. Labondance, in Revue de l'OFCE n°134, mai 2014.

Sur le blog de l'OFCE :

Posts de Jérôme Creel.

Billets sur l'Union européenne.

Billets sur la zone euro.

 

Pascal Le Merrer et Anne Châteauneuf-Malclès pour SES-ENS.

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