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L'économie comportementale, une nouvelle approche des comportements individuels et des phénomènes sociaux

Publié le 26/06/2017
Auteur(s) : Marie-Claire Villeval
L'économie comportementale a profondément renouvelé l'analyse des décisions économiques. Marie-Claire Villeval l'a démontré avec brio lors d'une présentation à destination d'enseignants et de lycéens de la filière ES. En s'appuyant sur des jeux réalisés en direct avec le public, elle a expliqué en quoi ce courant se distingue de l'approche économique traditionnelle fondée sur l'hypothèse de l'homo œconomicus. Elle a aussi souligné comment, grâce à l'utilisation de la méthode expérimentale, l'économie comportementale apporte un éclairage nouveau sur le marché du travail et la décision publique.

L'économiste Marie Claire Villeval, directrice de recherche CNRS et chercheure au GATE (Groupe d'Analyse et de Théorie Economique) Lyon Saint-Etienne, était l'invitée de la Journée de rencontre secondaire-supérieur à l'Université Jean Monnet de Saint-Etienne en février 2017 [1]. Chercheure reconnue dans le domaine de l'économie comportementale, de l'économie expérimentale et de la neuroéconomie, elle a reçu en 2017 la Médaille d'Argent du CNRS pour l'Institut des sciences humaines et sociales [2]. Elle est présidente fondatrice de l'Association Française d'Economie Expérimentale (ASFEE) et a publié en 2016 L'économie comportementale du travail aux Presses de Sciences Po.

Cette ressource pourra notamment intéresser les candidats à l'agrégation pour préparer le thème "Histoire de la pensée économique depuis 1945".

Présentation du thème de la conférence

L'économie comportementale (behavioral economics) s'est développée en réponse aux limites de l'économie standard reposant sur l'hypothèse de rationalité individuelle. Elle a pris appui sur les avancées de la psychologie expérimentale, portées par Daniel Kahneman et Amos Tversky, qui ont mis en évidence les "anomalies" dans les comportements réels des agents économiques, rarement conformes à la théorie du choix rationnel (égoïsme, préférences stables et connues, maximisation de l'utilité espérée, capacités de calcul et de traitement de l'information illimitées, etc.) [3]. Ces travaux ont montré le rôle joué par les erreurs de jugement (biais cognitifs), les émotions, ainsi que les normes et interactions sociales (biais moraux, biais de conformité), dans les processus de décision des individus.

Le courant de l'économie comportementale a fait des expériences de laboratoire (in vitro) et de terrain (in vivo) son outil de recherche privilégié, contribuant ainsi à donner à l'économie un statut de science expérimentale. Suite aux premières expérimentations d'Edward Chamberlin, Vernon Smith, co-lauréat avec Daniel Kahneman du prix Nobel d'économie 2002, va développer et perfectionner la méthode expérimentale à partir des années 1960, en reproduisant en laboratoire le fonctionnement de différents types de marché [4]. Relativement aux autres méthodes d'investigation empiriques utilisées en économie, l'expérimentation permet le contrôle - dans certaines limites - de l'environnement et la réplicabilité des expériences. Ainsi, il devient possible de tester empiriquement les prédictions des modèles de l'économie standard (et donc de réfuter certains de ses résultats) et, dans une démarche inductive, d'explorer les comportements des agents afin d'en révéler des régularités empiriques nouvelles (souvent éloignées de l'égoïsme rationnel en raison des biais comportementaux).

Cette approche alternative des comportements économiques mobilisant les méthodes expérimentales a révolutionné un grand nombre de champs d'étude de l'économie : le fonctionnement des marchés (marchés des biens, financiers [5]...), l'économie du travail, l'organisation industrielle, l'analyse des choix de consommation et d'épargne, la politique fiscale, environnementale, de la santé, etc. Étant désormais une branche à part entière de la science économique, l'économie comportementale permet (i) de produire des connaissances théoriques nouvelles en confrontant les prédictions des modèles aux observations, (ii) de collecter des données difficilement accessibles grâce aux enquêtes statistiques, par exemple sur les comportements d'aversion au risque, (iii) et enfin d'aider à la décision publique en testant des mesures de politiques économiques pour évaluer leur efficacité. Au-delà de son intérêt pour la recherche, la démarche expérimentale peut constituer, comme l'a notamment souligné Nicolas Eber, un outil pédagogique pour l'enseignement de l'économie, en offrant une représentation plus intuitive et moins abstraite des concepts et mécanismes économiques [6].

Définitions :

  • L'économie comportementale est l'incorporation de la dimension psychologique du raisonnement dans l'analyse économique.
  • L'économie expérimentale est la méthode d'investigation en économie reposant sur l'utilisation de l'expérimentation (tests en laboratoire, expériences de terrain, testing).

La conférence de Marie-Claire Villeval sur l'économie comportementale

Visionner la conférence de Marie-Claire Villeval

photo de la conférence L'économie comportementale

Plan de l'intervention :

1. En quoi l'économie comportementale se distingue-t-elle de l'approche traditionnelle ?
- Les préférences
- Les croyances et les jugements
- Les modes de décision

2. Peut-on expérimenter en économie ?

3. L'économie comportementale renouvelle-t-elle l'analyse du marché du travail ?
- L'accès à l'emploi
- L'effet des incitations salariales et non salariales

4. Peut-on en tirer des implications en matière de politique économique ?

Télécharger le diaporama complet de Marie-Claire Villeval.

Pour aller plus loin

Marie-Claire Villeval, L'économie comportementale du travail, Les Presses de Sciences Po, coll. "Sécuriser l'emploi", 2016.

Diaporama de présentation de Stéphane Robin (GAEL, CNRS et Université Grenoble Alpes) : L'économie expérimentale : un outil pédagogique (février 2017).

Sur SES-ENS : L'économie expérimentale, une discipline en plein essor (plusieurs articles de J.L. Ruillère) et L'économie expérimentale comme outil pédagogique (N. Eber).

Nicolas Eber et Marc Willinger, L'économie expérimentale, La Découverte, coll. Repères, 2ème édition, 2012.

Dossier de la revue IDEES sur l'économie expérimentale (n°161, 2010/3).

Daniel Serra, "Un aperçu historique de l'économie expérimentale : des origines aux évolutions récentes", Revue d'économie politique, Vol.122, 2012/5, p.749-786.

Sites web :

GATE-LAB, le site du laboratoire expérimental du GATE (Groupe d'Analyse et de Théorie Economique), où les chercheurs en économie comportementale et expérimentale conduisent des études sur les comportements de prise de décision.

Association française d'économie expérimentale (ASFEE) : http://www.asfee.fr/

FinÉcoLab, un site canadien pour les enseignants qui permet de faire participer leurs élèves à des expériences pédagogiques interactives (sous forme de jeux) pour comprendre de nombreux concepts économiques (en français, gratuit après inscription) : http://finecolab.com/

Le blog des expériences pédagogiques en SES : http://ecoexpepedago.blogspot.com/
Créé à l'initiative du GATE et de la Revue des Sciences Economiques et Sociales IDEES, ce blog a pour objectif de faciliter l'utilisation de l'économie expérimentale à des fins pédagogiques. Il propose un ensemble de ressources pour mettre en œuvre simplement et rapidement des expériences pédagogiques en classe.


Notes :

[1] Cette journée de formation pour les enseignants de SES et leurs élèves est organisée chaque année par le département de Sciences économiques de l'Institut d'Administration des Entreprises (IAE), à l'Université Jean Monnet de Saint-Etienne, dans le cadre d'un partenariat avec l'Inspection Pédagogique Régionale de SES.

[2] La Médaille d'argent du CNRS distingue un chercheur pour l'originalité, la qualité et l'importance de ses travaux, reconnus sur le plan national et international.

[3] Leur article le plus fameux est : D. Kahneman, A. Tversky, "Prospect Theory : An analysis of decision under risk", Econometrica, vol.47, 1979/2 (traduction : la théorie des perspectives). Pour une présentation simple et illustrée de la théorie des perspectives des deux psychologues, on pourra consulter : Frédéric Martinez, "L'individu face au risque : l'apport de Kahneman et Tversky", Revue IDEES, 2010/3, n°161.

[4] Daniel Kahneman a été distingué «pour avoir introduit en sciences économiques des acquis de la recherche en psychologie, en particulier concernant les jugements et les décisions en incertitude» et Vernon L. Smith «pour avoir fait de l'expérience en laboratoire un instrument d'analyse économique empirique, en particulier dans l'étude de différentes structures de marché». Les tests en laboratoire réalisés par Vernon Smith ont validé la théorie économique standard des marchés concurrentiels (formation d'un prix d'équilibre) pour les marchés de biens mais pas pour les marchés financier [V.L. Smith, "An Experimental Study of Competitive Market Behavior", Journal of Political Economy, vol. 70, 1962/2 ; V.L. Smith, G.L. Suchanek, A.W. Williams, "Bubbles, crashes and endogenous expectations in experimental spot asset markets", Econometrica, vol.56, 1988/5].

[5] Le courant de la finance comportementale (Richard Thaler, Robert Shiller, Andrei Shleifer…) s'est appuyé sur la psychologie cognitive pour remettre en cause la théorie de l'efficience des marchés financiers et expliquer la formation de bulles spéculatives. Il montre que des biais cognitifs sont à l'origine des anomalies boursières et ainsi que les marchés financiers sont dans l'incapacité de faire converger le prix des actifs vers leur valeur fondamentale. Voir la présentation synthétique (et critique) de ce courant par André Orléan dans notre article sur la finance de marché et ses crises.

[6] Sur les usages pédagogiques des expérimentations dans l'enseignement des SES, voir également : Jérôme Villion, "Les expériences pédagogiques : vers une méthode active et efficace", IDEES, "L'économie expérimentale", n°161, 2010/3.

 

Anne Châteauneuf-Malclès pour SES-ENS.