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Graphiques L'Economie mondiale 2016 : Crédits et inégalités

Publié le 29/09/2015
Auteur(s) : CEPII
Anne Châteauneuf-Malclès
Graphiques commentés extraits de l'édition 2016 de L'Economie mondiale (CEPII, La Découverte, 2015)

Cette ressource fait partie du dossier "CEPII - L'Economie mondiale 2016".

Évolution des crédits bancaires sur longue période dans les pays développés

 

Graphique 1 : Evolution des crédits bancaires sur longue période (en % du PIB, moyenne pour 14 pays développés, 1870-2008)

Source : Schularick et Taylor, American Economic Review, vol.102, n°2, 2012.

Note : Les 14 pays sont l'Allemagne, l'Australie, le Canada, le Danemark, l'Espagne, les États-Unis, la France, l'Italie, le Japon, la Norvège, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, la Suède et la Suisse.

 

Ce graphique permet de visualiser l'évolution du crédit sur très longue période (1870-2008) pour quatorze pays développés. Il s'agit des crédits bancaires totaux rapportés au PIB. Trois périodes se dégagent de ce graphique. Le crédit bancaire connaît d'abord une phase de croissance régulière durant la période d'industrialisation. A la fin de cette période, en 1914, il atteint plus de 50% du PIB. S'ouvre ensuite une période de stagnation puis de recul du crédit jusqu'à la fin des années 1940 à cause des conflits mondiaux et de la dépression des années 1930. Le volume de crédit revient alors à 25% du PIB. Après 1950, la part du crédit dans la richesse ne cesse d'augmenter. Cette tendance s'accélère à partir des années 1980, période de libéralisation financière et de développement du système financier. Elle est particulièrement marquée dans les pays anglo-saxons. A la fin des années 2000, l'endettement des agents économiques est au plus haut : les crédits bancaires représentent plus de 100% du PIB en moyenne. A noter que le poids de l'endettement dans l'économie est sous-estimé dans ce graphique, puisque les données ne prennent pas en compte l'endettement de marché. Ce n'est qu'après la crise des subprime que le ratio crédit/PIB amorce une nouvelle phase descendante dans les pays avancés.

Dans L'Economie mondiale 2016, Rémi Bazillier et Jérôme Héricourt mettent en relation cette montée de l'endettement du secteur privé, mesurée ici par la taille du crédit, avec celle des inégalités à partir des années 1970 dans les pays anglo-saxons (États-Unis, Royaume-Uni), un peu plus tard dans les pays d'Europe continentale (voir le graphique suivant). Selon eux, la hausse simultanée du crédit et des inégalités ne serait pas une simple corrélation. La montée des inégalités pourrait avoir contribué à la croissance du crédit, l'augmentation des hauts revenus alimentant l'offre de crédit, et la stagnation - ou la baisse - des bas revenus suscitant une demande accrue de crédit. L'accès au crédit aurait aussi été facilité par la libéralisation financière et les politiques monétaires accommodantes. La thèse selon laquelle la croissance des inégalités contribue à la formation de bulles de crédit est étayée théoriquement, mais, pour les deux auteurs, elle a encore besoin de validations empiriques.

Graphique extrait du chapitre 5 du Repères "L'Economie mondiale 2016" (CEPII, La Découverte, 2015).

Évolution du coefficient de Gini depuis 1960 dans quelques pays développés et émergents

 

Graphique 2 : Evolution du coefficient de Gini (1960-2012)

Source : Standardized World Income Inequality Database (SWIID), version 4.1, mars 2014

Note : Les coefficients de Gini sont construits à partir du revenu disponible des ménages.

 

Ce graphique illustre la montée des inégalités de revenus, mesurées ici par le coefficient de Gini, dans les pays développés, mais aussi dans une partie des pays émergents. Cette évolution contredit la fameuse "courbe de Kuznets" (1955), mise en évidence à partir de l'observation des pays industrialisés sur la longue période, selon laquelle les inégalités connaissent une phase de croissance puis de décroissance lors du processus d'industrialisation et de développement économique. Dans les économies avancées, le retournement à la hausse du coefficient de Gini s'opère dès les années 1970 au Royaume-Uni, à partir des années 1980 aux États-Unis et en Allemagne, et seulement dans les années 2000 en France. La montée des inégalités de revenus est nettement plus marquée dans les pays anglo-saxons : le coefficient de Gini a augmenté de 25% aux États-Unis et de plus de 30% au Royaume-Uni en un quart de siècle. Elle s'explique notamment par la poussée des très hauts revenus et des salaires du haut de la distribution ("top incomes"), tirés vers le haut par l'essor du système financier et des politiques fiscales favorables aux ménages les plus riches. Il s'est opéré en même temps un tassement des revenus bas et moyens avec la montée du chômage et la concurrence accrue des pays émergents, sources de déflation salariale.

Dans les pays émergents, les inégalités de revenu sont plus fortes que dans les pays avancés et elles ont aussi tendance à augmenter, particulièrement en Chine qui a vu son coefficient de Gini passer de 30 à pratiquement 55 entre les début des années 1970 et 2000. En Afrique du Sud, les inégalités croissent depuis les années 2000. En Inde, elles se maintiennent, oscillant entre 45 et 50 depuis les années 1960. Seul le Brésil a connu une baisse de la concentration des revenus dans les années 2000 grâce à la mise en place de politiques sociales dans ce pays.

NB : Le coefficient de Gini prend en compte l'ensemble de la distribution des revenus, mais pour saisir les dynamiques inégalitaires à l'extrémité de la distribution des revenus on observe plutôt l'évolution de la part des "top incomes" (les 1% ou 0,1% les plus riches) dans le revenu global.

Graphique extrait du chapitre 5 du Repères "L'Economie mondiale 2016" (CEPII, La Découverte, 2015).

 

Anne Châteauneuf-Malclès pour SES-ENS.

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