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La fabrique de la ménopause

Publié le 01/03/2021
Auteur(s) : Cécile Charlap
L'enquête de Cécile Charlap sur un sujet qui reste tabou, la ménopause, apporte une contribution riche et originale à la sociologie des parcours de vie et du vieillissement. Loin d'être seulement un processus physiologique, la ménopause est l'objet de représentations sociales dans de nombreuses sociétés. Dans les sociétés occidentales, sa constitution comme catégorie de pensée, étroitement liée aux discours médicaux, est marquée par la pathologisation. Elle met en jeu des rapports sociaux de sexe, d'âge et de classe. Si cette construction sociale participe à la disqualification sociale du vieillissement féminin, les expériences individuelles contemporaines de la ménopause présentent malgré tout une certaine diversité en fonction du milieu social d'appartenance et des trajectoires sociales des femmes.

Cécile Charlap était l'invitée du séminaire Re/lire les Sciences Sociales, à l'ENS de Lyon en mars 2020, pour présenter et discuter son ouvrage La fabrique de la ménopause, publié aux éditions du CNRS en 2019. Cécile Charlap est maîtresse de conférences en sociologie à l'Université Toulouse Jean Jaurès et chercheure au LISST (Laboratoire Interdisciplinaire Solidarités, Sociétés, Territoires). Ses travaux se situent au croisement de la sociologie du corps et de la santé, de la sociologie des âges de la vie, en particulier du vieillissement, et de la sociologie du genre. La fabrique de la ménopause est tiré de sa thèse réalisée à l'Université de Strasbourg sous la direction de David Le Breton et soutenue en 2015. Dans cet ouvrage, elle interroge, du point de vue des sciences sociales, et en particulier de la sociologie, la ménopause en tant que catégorie de pensée et en tant qu'expérience corporelle singulière.

L'anthropologue Michèle Cros, professeure à l'université Lyon 2 et chercheure au LADEC (Laboratoire d'anthropologie des enjeux contemporains), spécialiste du corps et de la santé, était également présente pour discuter de cet ouvrage.

Intervention de Cécile Charlap

 

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Présentation par les élèves de l'ENS de Lyon 00:00:00
Introduction : objet et matériaux de recherche 00:02:15
La ménopause en tant que catégorie de pensée : une construction sociale et historique 00:09:43
L'expérience de la ménopause : un apprentissage et une socialisation aux normes et usages du corps, de la ménopause sociale à la ménopause physiologique 00:27:36
Trajectoires de ménopause : la diversité des expériences sociales de la ménopause au-delà de la culture commune 00:40:20
Conclusion 00:53:09

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La fabrique de la ménopause : compte rendu

Partie 1 : La ménopause en tant que catégorie de pensée : une construction sociale et historique

couverture du livre "La fabrique de la ménopause"Tout d'abord, la notion de ménopause n'est pas universelle : elle est historiquement et socialement construite. Les recherches anthropologiques, en particulier les travaux de Françoise Héritier ou ceux de Michèle Cros, montrent que la ménopause ne prend pas la même signification selon les sociétés, les cultures, les époques. Cette signification est rattachée aux représentations du féminin et du masculin et s'ancre donc dans les rapports sociaux de sexe.

La diversité culturelle et sociale des significations et des représentations associées à la ménopause

Dans certaines sociétés traditionnelles, comme chez les Baruyas en Nouvelle Guinée étudiés par Maurice Godelier, ou encore les Beti au Cameroun étudiés par Jeanne-Françoise Vincent, les femmes qui n'ont plus de règles ont un statut social plus valorisé que les femmes menstruées et fécondes, qui les rapproche de celui des hommes. Du fait des tabous liés aux menstruations, les femmes ménopausées sont soumises à moins d'interdits, notamment sexuels. Elles ont davantage de libertés, d'autorité et peuvent accéder à des fonctions de pouvoir réservées aux hommes, telles que la participation à certains rituels religieux. Cette transformation des rôles sociaux féminins avec l'avancée en âge se retrouve dans certaines pratiques coutumières de la France rurale du milieu du XXe siècle : respectées en raison de leur expérience et de leur sagesse, les femmes ménopausées ont une fonction d'accoucheuse et aident au toilettage des morts.

Dans d'autres sociétés, les femmes ménopausées sont au contraire associées à des représentations de dangerosité, notamment lorsqu'elles continuent à avoir des rapports sexuels. Par exemple, dans les sociétés musulmanes traditionnelles, les femmes ménopausées ne sont plus obligées de se voiler car elles ne sont plus soumises au regard des hommes, mais leur sexualité est considérée comme un péché. Ainsi, dans de nombreuses sociétés traditionnelles, la place et le rôle des femmes au cours de leur vie sont étroitement liés à leur vie physiologique.

Enfin, la ménopause n'a pas de signification particulière dans certaines sociétés. Dans la langue japonaise traditionnelle (Margaret Lock) ou maya (Yewoubdar Beyene), il n'existe pas de terme spécifique pour désigner la ménopause telle qu'on l'entend en Occident. L'arrêt des règles fait partie du processus de vieillissement en général, sans qu'il soit fait de distinction entre les deux sexes. Pour les Japonaises, le blanchiment des cheveux ou les douleurs corporelles, que partagent les femmes et les hommes, sont plus signifiants que la cessation des menstruations et les symptômes qui lui sont associés.

Dans les sociétés occidentales contemporaines, en revanche, la ménopause est associée à des représentations négatives : le vieillissement, la perte de féminité, un déclin propre aux femmes qui les disqualifie socialement. Cette vision est le produit d'une histoire : la catégorie « ménopause » est une construction de la médecine occidentale, dont les connaissances reposent sur des représentations culturelles. Cette « fabrique de la ménopause » est mise en lumière par l'étude des ouvrages et des discours médicaux.

La construction historique de la ménopause par la médecine occidentale

En France, le terme ménopause (du grec menespausis) apparaît au XIXe siècle. Il est utilisé par un médecin, Charles de Gardanne, dans son ouvrage De la ménopause ou de l'âge critique des femmes (1821, 1ère éd. 1816). La création de la catégorie ménopause fait suite à l'émergence au XVIIIe siècle du modèle des deux sexes. Celui-ci remplace le modèle unisexe, dominant depuis l'Antiquité, dans lequel la femme est perçue comme une version imparfaite du corps masculin et non comme son opposé. Cette « fabrique du sexe » (Thomas Laqueur, 1992) fait écho aux transformations des rapports sociaux de sexe. Une biologie spécifiquement féminine, sur laquelle va reposer la définition du féminin, se constitue alors, ce qui conduit à penser différemment le vieillissement des hommes et des femmes [1]. La ménopause est par la suite abondamment étudiée dans la littérature médicale, d'abord dans le cadre du système des « humeurs », où elle est associée à de multiples maladies, physiques et psychiques, puis dans le cadre du modèle hormonal du corps au XXe siècle, qui entérine et renforce la pathologisation de ce processus physiologique. Tandis que les premiers traitements hormonaux apparaissent dans les années 1920-1930, la définition de la ménopause comme une maladie carentielle va se diffuser progressivement.

Aujourd'hui, c'est toujours le point de vue médical qui construit la ménopause. Le discours médical sur la ménopause fait autorité, il est légitimé par les institutions publiques, notamment par l'assurance maladie, et il est repris dans les médias. Dans les ouvrages médicaux actuels, la ménopause n'est pas décrite comme une transformation liée au vieillissement normal, mais comme un déséquilibre, un désordre hormonal, qui engendre des symptômes à la fois physiques (bouffées de chaleur, etc.) et psychologiques (irritabilité, asthénie, etc.) altérant la qualité de la vie, et qui peut entraîner des problèmes de santé plus ou moins graves. Le discours médical associe donc la ménopause aux symptômes, à la déficience (il est question de « carence hormonale », de « défaillance endocrinienne »), au risque et à la pathologie. Dans l'espace médiatique, la ménopause est également appréhendée comme un problème de santé. Sur certains sites Internet (voir par exemple ici), elle est ainsi catégorisée parmi les « maladie des seniors » ou les « maladies hormonales ».

D'un point de vue sociologique, cette manière de penser la ménopause tend à homogénéiser et à essentialiser l'expérience des femmes. Elle renvoie au-delà aux représentations du féminin et du masculin dans notre société. Dans ces représentations, largement incorporées par les femmes, la féminité est associée à la fécondité et le vieillissement féminin est disqualifié relativement au vieillissement masculin. Selon le double standard de l'avancée en âge (Susan Sontag, 1972), les femmes sont considérées comme vieilles beaucoup plus tôt que les hommes et leur valeur sociale se déprécie avec l'âge, tandis que vieillir pour un homme n'est pas pensé comme un déclin et une minoration (on parle très peu d'andropause), mais apparaît au contraire comme synonyme de maturité et d'expérience. Dans notre société, la ménopause comme catégorie de pensée participe donc à la production des dominations et des inégalités liées aux rapports sociaux de sexe.

Partie 2 : L'expérience de la ménopause : un apprentissage et une socialisation aux normes et usages du corps, de la ménopause sociale à la ménopause physiologique

Après ce cadrage macrosocial à partir de l'analyse des discours médicaux et sociaux, Cécile Charlap se penche sur l'expérience sociale de la ménopause dans notre société. Cette partie de sa recherche s'appuie sur les entretiens qu'elle a menés auprès de femmes âgées de 45 à 65 ans, de milieux sociaux et de lieux de résidence variés. Pour comprendre ces expériences et leur diversité, elle adopte une perspective interactionniste qui prête attention aux contextes sociaux et aux interactions qui vont constituer ces expériences. Dans cette approche, l'expérience de la ménopause est analysée comme un processus, résultat d'une socialisation qui commence à partir de la quarantaine par une « ménopause sociale » (Yvonne Verdier, 1979) et se poursuit avec la ménopause physiologique. Il s'opère donc un véritable « apprentissage de la ménopause » qui met en jeu des normes de sexes et des normes d'âge.

La norme de la ménopause sociale enjoint les femmes à éviter les grossesses après 40 ans, considérées comme risquées et indésirables sur le plan médical et social. Il s'agit donc d'une norme de déprise de la reproduction avant la cessation de la fertilité physiologique, largement construite par l'institution médicale et relayée par les médias. Ainsi, les maternités qualifiées de « tardives » apparaissent comme une transgression de la norme, un mauvais usage du corps, alors que les paternités après 40 ans, relativement plus courantes, ne sont pas présentées comme anormales ou risquées. Dans ce processus d'étiquetage, les discours médicaux fonctionnent comme de véritables « entrepreneurs de morale » et la presse comme des « arènes morales » (Howard Becker, 1985), c'est-à-dire « des espaces de réaffirmation de valeurs, de normes et d'étiquetage » (Charlap, 2019, p. 94). Les magazines « people » notamment, lorsqu'ils traitent le cas des stars enceintes au-delà de 40 ans, réaffirment le caractère déviant de la grossesse à l'âge de la ménopause sociale en mettant systématiquement en avant l'âge des femmes et en leur demandant de justifier un choix hors-norme, voire immoral.

L'apprentissage de la ménopause physiologique se réalise aussi par une large diffusion du discours médical dans les émissions de télévision, les magazines, les ouvrages de vulgarisation..., ainsi que par le biais des interactions sociales avec le médecin et l'entourage féminin. Incitées à une surveillance médicale accrue, les femmes apprennent alors à repérer les signes corporels annonciateurs de la ménopause. Certains médecins vont leur demander par exemple de tenir un carnet de symptômes. L'expérience de la ménopause s'identifie de manière assez univoque au vécu de symptômes. Le partage de savoir et d'expérience entre femmes dans le cercle familial ou amical ne s'éloigne pas non plus de ce registre. En outre, l'usage fréquent de l'humour par les femmes enquêtées, lorsqu'elles évoquent le sujet dans la vie quotidienne, dénote d'une intériorisation du stigmate par les femmes et du vécu de la ménopause comme une expérience de disqualification.

Au-delà de cet apprentissage, la ménopause fait l'objet de deux types de représentation qui s'articulent chez les enquêtées. D'une part, la plupart d'entre elles y voient une triple libération : du travail d'invisibilisation du flux menstruel, des craintes des grossesses et de la gestion de la fécondité du couple. D'autre part, le corps ménopausé est perçu comme un corps en état de déséquilibre hormonal auquel est associé un ensemble de risques, de troubles et de transformations corporelles indésirables. La ménopause s'accompagne alors chez beaucoup de femmes d'un travail du corps, qui passe par le recours à des traitements, des régimes alimentaires ou une nouvelle discipline sportive. Ces représentations fondées sur les discours médicaux, le vécu de la ménopause à travers les symptômes, et le travail du corps en réponse à ses transformations dessinent finalement une « culture de la ménopause » partagée par les femmes rencontrées et propre à notre contexte social.

Partie 3 : Trajectoires de ménopause : la diversité des expériences sociales de la ménopause au-delà de la culture commune

Les expériences et pratiques corporelles liées à la ménopause ne sont cependant pas homogènes et s'inscrivent dans le temps. Cécile Charlap appréhende la ménopause comme un processus dynamique au cours duquel différents éléments de contexte vont influencer l'expérience subjective de la ménopause. Elle met alors en évidence la diversité des « trajectoires » (Anselm Strauss, 1992) de ménopause chez les enquêtées.

Tout d'abord, l'entrée dans la ménopause peut être vécue différemment, sous le signe de la déviance ou de la congruence, selon l'âge de la femme à la ménopause physiologique. Lorsque la ménopause survient autour de la quarantaine, à un âge où les femmes, bien que socialement stériles, sont censées conserver un potentiel fécond, les femmes sont malheureuses et déstabilisées, car leur calendrier biologique ne leur semble pas conforme aux normes d'âge en matière de fécondité et de stérilité. Elles évoquent une perte de féminité, cette dernière étant associée à la procréation dans les représentations sociales. À l'inverse, quand l'entrée dans la ménopause se fait à la cinquantaine, l'adéquation entre physiologie et âge social vient confirmer les représentations des femmes. Celles-ci perçoivent la ménopause comme l'entrée normale dans un nouvel âge de la vie.

Ensuite, les pratiques et perceptions des femmes à la ménopause se distinguent en fonction des représentations qu'elles associent au corps et aux symptômes de la ménopause. Ces représentations varient selon les milieux sociaux et le cadre résidentiel et mettent en jeu des « cultures somatiques » (Luc Boltanski, 1971) différentes. Ainsi, les bouffées de chaleur sont davantage redoutées et perçues comme un stigmate chez les enquêtées vivant en milieu urbain, a fortiori cadres, dans de grandes organisations ou en contact avec une clientèle. Les femmes qui évoluent dans des contextes professionnels où les relations de pouvoir sont au cœur des interactions tendent en effet à penser le corps sous le registre de la performance et de la maîtrise. Elles vont alors chercher à invisibiliser ces manifestations corporelles, notamment par l'usage d'un traitement hormonal. Les enquêtées de milieu rural et plus populaire voient au contraire les bouffées de chaleur comme des manifestations légitimes de la nature qu'elles se doivent d'endurer, sans se plaindre ou s'écouter. Elles se méfient des traitements destinés à les atténuer et valorisent la résistance aux épreuves physiques. Elles adhèrent ainsi à la morale de l'endurance propre aux classes populaires.

Les interactions avec le médecin sont un autre élément de contexte qui oriente la trajectoire de ménopause. Elles contribuent à confirmer ou infirmer la réalité subjective de la patiente (Berger et Luckmann, 1966). Les consultations médicales, au cours desquelles le savoir profane et l'expérience corporelle de la patiente sont confrontés à l'expertise du médecin, sont alors un lieu de légitimation ou de délégitimation des significations et représentations des femmes. Les femmes ayant une conception de la ménopause, de ses conséquences et de son traitement qui ne s'accorde pas avec celle de leur médecin vont refuser ses prescriptions ou se tourner vers d'autres acteurs et sources d'information pour sa prise en charge.

La trajectoire de ménopause des enquêtées dépend enfin des conditions de partage de l'univers de signification avec l'« autrui significatif » (Berger et Luckmann, 1966) au sein du couple. Dans les couples hétérosexuels, l'attitude du partenaire permet de confirmer le vécu des enquêtées lorsque celui-ci sait trouver la « bonne distance » (Vincent Caradec, 1994) durant cette période, en se faisant, selon les souhaits de sa compagne, discret ou présent. L'enquête montre aussi l'importance du travail sur les sentiments, en particulier le travail de « figuration » (le face work étudié par Goffman) évitant aux femmes de perdre la face, de se sentir rejetées. Une attitude d'indifférence ou une réaction de rejet de la part du conjoint conduit au contraire à une inadéquation des représentations.

Conclusion

La ménopause, loin d'être un seul processus physiologique, met en jeu des représentations sociales, dont sont imprégnés les discours médicaux, et des interactions sociales. « Historiquement et culturellement située, la catégorie « ménopause » est le produit des rapports sociaux de sexe tout autant qu'elle les reproduit » (Cécile Charlap, 2019, p. 211-212). Dans ce système de rapports sociaux de sexe, le corps féminin, toujours considéré comme problématique, depuis la puberté jusqu'à la ménopause, est l'objet d'une investigation, d'une surveillance et d'un contrôle social. L'identité féminine y est réduite à la fécondité et à la reproduction, dont la cessation traduit une dégradation du corps. La construction de la catégorie ménopause renvoie ainsi aux représentations du vieillissement dans notre société, fortement genrées et productrices d'inégalités, un vieillissement plus précoce, plus disqualifiant et plus excluant pour les femmes que pour les hommes. En dénaturalisant l'expérience des femmes à la ménopause et en la réinscrivant dans les contextes et les rapports sociaux, l'enquête de Cécile Charlap a permis de montrer que celle-ci ne pouvait se réduire à une seule expérience physiologique partagée par toutes les femmes. Les expériences des femmes sont au contraire diverses, complexes et parfois éloignées des clichés de la femme ménopausée.

Références bibliographiques

Becker H. (1985 [1963]), Outsiders. Études de sociologie de la violence, Paris, Éd. Métailié.

Berger P. et Luckmann T. (2006 [1966]), La construction sociale de la réalité, Paris, Armand Colin.

Boltanski L. (1971), Les usages sociaux du corps, Annales. Economies, Sociétés, Civilisations, vol. 26, 1, p. 205-233.

Vincent Caradec V. (1994), Le problème de la « bonne distance » conjugale au moment de la retraite, Revue Française de Sociologie, vol. 35, 1, p. 101-124.

Charlap C. (2019), La fabrique de la ménopause, Paris, CNRS Éditions, coll. Corps. Compte rendu d'Eva Delpech sur Lectures.

Cros M. (1990), Anthropologie du sang en Afrique, Paris, L'Harmattan.

Gardanne C.-P.-L. (de) (1821), De la ménopause ou de l'âge critique des femmes, Paris, Méquignon-Marvis, 1ère éd. en 1816 : Avis aux femmes qui entrent dans l'âge critique.

Goffman E. (1974[1967]), Les rites d'interaction, Paris, Éditions de Minuit.

Héritier F. (1996 et 2002), Masculin / Féminin, 2 tomes, Paris, Odile Jacob. Tome 1 : La pensée de la différence. Tome 2 : Dissoudre la hiérarchie.

Laqueur T. (1992), La fabrique du sexe. Essai sur le corps et le genre en Occident, Paris, Gallimard.

Sontag S. (1972), The Double Standard of Aging, Saturday Review of the Society, 55, 23 sept., p. 29-38.

Strauss A. (1992), La trame de la négociation. Sociologie qualitative et interactionnisme, Paris, L'Harmattan.

Verdier Y. (1979), Façons de dire, façons de faire. La laveuse, la couturière, la cuisinière, Paris, Gallimard.

Pour aller plus loin

La ménopause est-elle une construction sociale ?, Interview de Cécile Charlap par Sandrine Hagège, Le Journal du CNRS [en ligne], juillet 2020.

Caradec V. (2015), Sociologie de la vieillesse et du vieillissement, Armand Colin, coll. 128, 1ère édition 2001.

Charlap C. (2014), « Comment on devient ménopausé » : de la ménopause sociale à la ménopause physiologique, un parcours d'apprentissage, CNRS Editions, Corps, vol. 12, 1, p. 221-229.

Charlap C. (2015), La question de la ménopause dans le contexte français. Entre médicalisation genrée et résistances des femmes, Gérontologie et société, « Regards croisés sur le corps vieillissant », vol. 37, 148, p. 123-134.

Charlap C. (2017), L'âge, le genre et la classe au cœur de la physiologie. Retour sur une enquête auprès de femmes ménopausées, SociologieS [En ligne], La recherche en actes, « Que faire de l'âge dans l'enquête ? Penser les rapports sociaux d'âge entre enquêtés et enquêteurs ».

Charlap C. (2018), La naturalisation de la ménopause. Parcours d'une catégorie façonnée par le genre, Emulations - Revue de sciences sociales, « La construction scientifique des sexes » (éditorial), 15, p. 59-72 (articles téléchargeables en PDF).

Détrez C. (2002), La construction sociale du corps, Paris, Seuil.

Le Breton D. (2013), Anthropologie du corps et de la modernité, Paris, PUF, coll. Quadrige. Voir notamment le chapitre 7 : « Le vieillissement intolérable : le corps défait ».

Note

[1] La fabrique de la ménopause s'inscrit dans la bicatégorisation sexuée et participe à la hiérarchisation des rapports sociaux de genre, en donnant un fondement biologique à la différence entre les femmes et les hommes, comme l'explique Cécile Charlap : « À la binarité féminin/masculin, le système de genre redouble la dichotomie nature/culture dans la construction de deux univers hiérarchisés : le féminin est ainsi associé à la nature, au corps, à la reproduction, au domaine émotionnel, à l'espace privé ; le masculin à la culture, à l'esprit, à la production, au domaine rationnel, à l'espace public. […] Avec l'invention de la catégorie « ménopause » émerge un concept de transformation et de déséquilibre proprement féminin qui vient justifier les rapports sociaux de sexe. Postulant un monde de la physiologie féminine, et un monde de la physiologie masculine, cette invention vient renforcer les représentations du corps féminin soumis à une constitution cyclique et précaire, marqué par une naturalité trouble et instable, opposé à un corps masculin moins troublé et déstabilisé, parce que moins « naturel », caractérisé par la constance et l'équilibre. » (Charlap, 2019, p. 56).

Anne Châteauneuf-Malclès pour SES-ENS.

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