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L'économie européenne 2018 : retour de la croissance, cap vers les réformes ?

Publié le 28/02/2018
Auteur(s) : Christophe Blot
Jérôme Creel
Éloi Laurent
Maxime Parodi
L'OFCE vient de publier "L'économie européenne 2018". L'ouvrage dresse un bilan de l'Union européenne, après une période de fortes tensions politiques, mais dans un climat conjoncturel raffermi qui devrait être propice aux réformes avant que s'enclenche le processus de séparation entre l'UE et le Royaume-Uni. À l'occasion de sa sortie, nous avons demandé à quatre de ses co-auteurs de répondre à quelques questions en lien avec l'actualité économique européenne en 2018 et l'avenir de l'Union : la croissance et les réformes en matière de gouvernance budgétaire, de politique climatique et de démocratie européenne. Deux articles consacrés aux inégalités et au marché du travail en Europe viennent compléter cette interview.

L'économie européenne 2018 est une publication de l'OFCE sous la direction de Jérôme Creel aux Editions La Découverte, collection Repères.

« De très nombreuses questions économiques et politiques cruciales pour mieux appréhender l'avenir de l'UE sont au sommaire de l'ouvrage : l'histoire de son intégration et les risques de désintégration, l'amélioration récente de sa conjoncture, les enjeux économiques, politiques et financiers du Brexit, l'état de la mobilité du travail en son sein, sa politique climatique, la représentativité de ses institutions européennes, et les réformes de sa gouvernance économique, tant budgétaires que monétaires. » (Jérôme Creel, Blog de l'OFCE, 27 février 2018).

Comme les deux précédentes éditions (2016 et 2017), L'économie européenne 2018 s'avère une publication très utile pour l'enseignement des sciences économiques et sociales. Ce dossier permettra notamment d'actualiser ou d'enrichir vos cours de terminale sur certaines questions au programme des enseignements des SES : la croissance, la politique climatique, la politique budgétaire européenne, les inégalités, le marché du travail et ses liens avec la dynamique démographique, le système politique européen et la représentativité de ses institutions.

Présentation et plan de l'ouvrage

Présentation éditeur

couverture du livre "L'économie européenne 2018"L'OFCE propose un bilan annuel de l'économie européenne. L'édition 2018 présente l'histoire de l'intégration européenne, y compris les négociations du Brexit, ainsi que l'analyse de la conjoncture, les évolutions de la mobilité du travail en Europe, la politique climatique, les réformes politiques et économiques.

Les frustrations à l'égard de l'Union européenne (UE) soulèvent la question des principes de représentativité dans un ensemble aussi vaste : quelle forme de démocratie permettrait aux citoyens de se sentir représentés par les instances européennes ? Quels principes budgétaires pourraient assurer le respect des objectifs de l'UE : la discipline, focalisée sur les dettes, ou la stabilisation, centrée sur la croissance ? Quel pourrait être le mandat de la BCE : la stabilité des prix ou, de façon plus étendue, la stabilité financière ? L'élargissement de la zone euro obligera-t-il à revoir la représentativité politique du Conseil des gouverneurs de la BCE ? Après le Brexit, assisterons-nous à une réallocation du capital financier vers l'Europe continentale ?

L'ouvrage inclut des références bibliographiques ainsi que de nombreux tableaux et graphiques.
Il a été réalisé sous la direction de Jérôme Creel.

Publication le 22 février 2018.

Lire l'introduction sur le site de l'éditeur et le billet de Jérôme Creel publié sur le blog de l'OFCE "L'économie européenne 2018 : l'hymne aux réformes".

Plan de l'ouvrage

Première partie : L'état de l'économie européenne

I / La situation conjoncturelle européenne, par Christophe Blot
II / Une brève histoire de l'intégration économique européenne, par Éloi Laurent
III / Brexit : comment le Royaume-Uni et l'Union européenne vont-ils rebondir ?, par Catherine Mathieu et Henri Sterdyniak
IV / La mobilité du travail en Europe, par Sébastien Villemot
V / La politique climatique européenne : vers une nouvelle ambition ?, par Éloi Laurent

Seconde partie : Les réformes de l'Union européenne

VI / L'Union européenne : une démocratie de démocraties, par Maxime Parodi
VII / Les réformes budgétaires dans la zone euro, par Jérôme Creel et Francesco Saraceno
VIII / Quelles réformes pour la Banque centrale européenne ?, par Christophe Blot, Paul Hubert et Fabien Labondance
IX / La City de Londres et le Brexit, par Sandrine Levasseur

Interview de C. Blot, J. Creel, É. Laurent et M. Parodi autour de "L'économie européenne 2018"

1) L'économie européenne semble à présent véritablement sortie de la récession, la reprise économique se confirme dans l'ensemble de l'Union et paraît solide. A-t-elle pour autant retrouvé son potentiel de croissance d'avant-crise ?

Christophe Blot : Compte tenu des estimations existantes du produit intérieur brut potentiel de la zone euro, il existe toujours un écart de croissance négatif. Autrement dit, l'économie de la zone euro n'aurait pas encore retrouvé son potentiel. Dans ces conditions, la reprise économique n'est pas totalement achevée. Par ailleurs et comme souvent, il y a de grandes hétérogénéités entre les Etats membres de la zone. D'un côté, l'Allemagne aurait retrouvé son potentiel, voire même serait passé au-dessus. De l'autre, d'autres grands pays de la zone euro, comme la France, l'Italie et l'Espagne, seraient toujours en deçà de leur potentiel. Aussi, si la récession est désormais derrière la zone euro, les capacités productives ne sont pas encore toutes utilisées, ce qui laisse des marges de manœuvre pour une gestion par la demande de quelques grandes économies de la zone. 

2) La nécessité de réformer la gouvernance budgétaire européenne s'est imposée après la crise économique européenne de 2011. La Commission européenne a pris plusieurs initiatives dans ce sens et fait récemment un certain nombre de propositions visant à approfondir l'UEM. Tout en maintenant le principe de règles contraignantes de discipline budgétaire, il est question d'augmenter la capacité budgétaire de l'UE et de la zone euro, pour accroître ses moyens de stabilisation économique, mais aussi de soutien à l'investissement. Comment penser un budget européen, permettant de développer de nouveaux instruments budgétaires de coordination, dans un contexte de désendettement progressif des États, où certains pays (dont la France) sont toujours en consolidation budgétaire tandis que d'autres (dont l'Allemagne) sont en expansion budgétaire ?

Jérôme Creel : A ce stade, la réponse de la Commission à la création d'une capacité budgétaire est minimale : la capacité budgétaire de la zone euro serait incluse dans le budget européen, plutôt que séparée. Cela oblige donc à lier les discussions sur ses modalités de création à celles sur les dépenses globales du budget européen pour la prochaine période de programmation budgétaire (2020-2026). On sait bien que le budget européen sera amputé de la contribution nette du Royaume-Uni, pays sortant de l'UE. A périmètre constant (27 États membres), il y a fort à parier que le budget européen n'augmentera pas. Aussi la question de la capacité budgétaire de la zone euro ne pourra-t-elle pas être dissociée de celles relatives au montant alloué aux autres dépenses européennes : politique agricole et politique de convergence régionale, notamment. Lesquelles seront sacrifiées et pourquoi ? Au-delà de ces questions d'affectation des dépenses, la capacité budgétaire de la zone euro fera face, en l'état des discussions, à deux écueils. Le premier est lié au fonctionnement général du budget européen. Celui-ci est toujours équilibré. Or on sait depuis longtemps qu'une politique budgétaire est plus stabilisatrice si elle est synonyme de déficit public plutôt que de budget équilibré. Le second a trait aux conditions d'accès à la capacité de stabilisation : il faudra au préalable que le pays subissant un choc économique requérant l'utilisation de la capacité budgétaire ait respecté ses engagements budgétaires européens, donc qu'il soit en voie vers l'équilibre budgétaire. La coopération budgétaire qui émerge ne s'écarte donc pas fondamentalement des principes poursuivis jusque-là : elle reste conditionnée au respect des règles contraignantes du Pacte de stabilité et de croissance et limite les marges de manœuvre des États membres, hors situation exceptionnelle de «choc asymétrique».

3) L'Union Européenne a été pionnière en matière de politique environnementale et a joué un rôle moteur dans la coopération internationale pour lutter contre le changement climatique. Quel bilan peut-on tirer des différents instruments dont elle s'est dotée pour mener à bien sa politique climatique et atteindre les objectifs qu'elle s'est fixés en matière de réduction des émissions ou de développement des énergies renouvelables ?

Éloi Laurent : La stratégie climatique de l'Union européenne repose d'abord, depuis 2005, sur un marché de droits à polluer, sur le principe du «cap and trade», c'est à dire d'une part la détermination d'un plafond de pollution («cap») par les autorités publiques et d'autre part l'allocation de permis échangeables aux entreprises participantes («trade») dans le but de récompenser monétairement les plus avancées dans la trajectoire bas-carbone et d'inciter les autres à les imiter. Les émissions de gaz à effet de serre couvertes par ce marché du carbone européen (dont le nom technique est EU ETS), environ 50% des émissions européennes, ont bien baissé de 26% de 2005 à 2016, mais le signal prix émis sur ce marché est environ 5 fois inférieur à ce qu'il devrait être pour refléter le coût véritable du changement climatique et accélérer la transition énergétique dans l'UE. La fiscalité environnementale, le deuxième instrument économique dont disposent les Européens, est plus forte en Europe qu'ailleurs mais encore trop peu développée : elle représente en moyenne en 2016 un peu plus de 6% des recettes fiscales totales (5% en France), proportion en baisse depuis 2002 où elle s'établissait à près de 7%. A ce niveau, les incitations à poursuivre des stratégies bas-carbone sont trop légères. Enfin, la politique de normes et standards (dite «command and control») par laquelle les autorités publiques déterminent des standards d'émissions de Co2 («command») pour certains produits, à commencer par les véhicules automobiles, puis s'assurent de leur respect par les producteurs («control»), souffre du cynisme de certains constructeurs européens qui investissent dans l'innovation de la fraude aux tests plutôt que dans l'innovation bas-carbone. L'Union européenne doit donc sérieusement réformer les instruments de sa stratégie climatique si elle veut atteindre les objectifs de réduction d'émissions qu'elle s'est elle-même assignée, à 2030 (–40% d'émissions par rapport au niveau de 1990) et 2050 (–80%).

4) Peut-on renforcer la démocratie européenne et la légitimité des institutions de l'Union européenne (afin notamment que les citoyens européens renouent avec le projet européen), sans remettre en cause l'existence des États-nations et la souveraineté des peuples au sein des démocraties nationales ?

Maxime Parodi : Le piège dans les débats sur l'Union européenne est de penser que la démocratie au niveau européen s'oppose aux démocraties nationales. Cette conviction est un héritage du souverainisme, qui définit le politique à partir du pouvoir de décision d'un souverain sur un territoire donné : s'il y a un État souverain européen alors les États nationaux n'ont plus prise sur les décisions les concernant et ils sont donc voués à disparaître ; et inversement. Mais cette alternative est fausse. Aujourd'hui, les nations européennes ont des destins fortement entrelacés ; leurs entreprises ont noué des intérêts transnationaux, les chaînes de production se moquent des frontières ; et même les citoyens expriment des demandes de protection qui ne peuvent plus être relevées qu'au niveau européen. On ne peut plus faire comme si les souverains nationaux avaient la puissance suffisante pour relever tous les défis actuels. Mais, en même temps, les débats démocratiques se déroulent essentiellement au niveau national et on ne peut pas faire comme s'il y avait un peuple européen prêt à débattre démocratiquement des décisions d'un gouvernement européen. Il faut donc conserver les deux niveaux : le national et l'européen, et les faire dialoguer. Aussi, le premier pas vers plus de démocraties au sein de l'espace européen consiste à ce que les peuples européens débattent chacun à leur niveau national, mais en prenant en considération les conséquences de leurs décisions sur les nations voisines. La démocratie européenne ne peut prendre son essor qu'à partir de ce souci réciproque des peuples européens.

Interview réalisée par Anne Châteauneuf-Malclès et Pascal Le Merrer pour SES-ENS.

Les divergences européennes : Focus sur les inégalités et le marché du travail

En complément de cette présentation de L'économie européenne 2018, nous publions, avec l'aimable autorisation des éditions La Découverte, deux articles d'économistes de l'OFCE qui permettent d'aborder la question des divergences européennes sous l'angle social, divergences qui ont eu tendance à s'accentuer depuis la crise, tout comme les déséquilibres économiques, et qui réclameraient, selon les auteurs, des politiques plus différenciées et coordonnées entre les États membres de l'UE.

- Les inégalités en Europe durant la Grande Récession, par Guillaume Allègre.

- Démographie et marché du travail dans l'Union européenne depuis 2008, par Gérard Cornilleau, Sabine Le Bayon et Christine Rifflart.

Ces articles sont extraits de L'économie européenne 2017, La Découverte, coll. Repères (février 2017).

Publications récentes sur l'Union Européenne et la zone euro sur le site de l'OFCE

Perspectives économiques 2017-2019, Revue de l'OFCE, n°152, décembre 2017. Voir notamment : Politiques monétaires : le début de la fin de l'assouplissement quantitatif ? , Politiques budgétaires : la fin de la consolidation généralisée, Quels liens entre chômage et inégalités dans l'Union européenne, Compétitivité : Ajustement des coûts salariaux dans la zone euro et pressions désinflationnistes, Quels effets attendre de la réduction du bilan des banques centrales ?.

Léo Aparisi de Lannoy, Xavier Ragot, "Une (ré) assurance chômage européenne", OFCE Policy Brief, n°28, 30 novembre 2017.

Perspectives économiques 2017-2018, Revue de l'OFCE, n°151, juin 2017. Voir notamment : Politiques monétaires : nouveaux dilemmes ? , Quel potentiel de croissance ? , Le risque bancaire en zone euro.

Francesco Vona, "La transition énergétique : contrainte ou opportunité pour la croissance et l’emploi ?", OFCE Policy Brief, n°15, 3 avril 2017.

Christophe Blot, Jérôme Creel et al., "Cinq propositions pour une croissance soutenable en Europe", OFCE Policy Brief, n°9, 13 décembre 2016.

Sur le blog de l'OFCE :

Billets sur l'Union européenne.
Billets sur la zone euro.
Billets sur la politique budgétaire.
Billets sur la politique monétaire.

 

Merci à Jérôme Creel (OFCE) qui a permis la réalisation de ce dossier.

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