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Les auteurs : La Renaissance en Europe

Publié le 17/11/2005
Auteur(s) : Jean-Pierre Potier
Dans cette partie du feuilleton sur l'histoire de la pensée économique sont présentés les auteurs espagnols, français, anglais et de langue allemande de la Renaissance ayant écrit sur le sujet, ainsi que des extraits de leurs ouvrages.

Les auteurs espanols

Les écrivains espagnols qui interviennent sur les questions économiques aux XVIe et XVIIe siècles sont les "arbitristas", des auteurs de mémoires adressés au roi ou à ses ministres pour émettre des avis et formuler des critiques sur la politique économique à mener.

Contrairement aux interprétations courantes, les "arbitristes" espagnols ne sont pas des défenseurs des pratiques "bullionnistes" en usage en Espagne (cf infra). Ils réfléchissent sur le thème de la "décadence économique" de l'Espagne et prônent une politique de développement agricole et industriel.

L'un des premiers "arbitristes" est Luis Ortiz, auteur en 1558 d'un mémoire adressé au roi Philippe II, le Memorial del Contador Luis de Ortiz a Felipe II, édité seulement en 1957, puis en 1970. Selon Luis Ortiz, la cause de l'inflation en Espagne réside dans l'exportation à bas prix des matières premières et l'importation à haut prix de produits manufacturés européens. Il souhaite revaloriser les activités économiques, mettre la population au travail en développant les infrastructures et les manufactures. Il plaide pour la mise en place d'un protectionnisme sévère, mais temporaire, consistant à éviter la sortie des matières premières et l'entrée des marchandises étrangères.

Parmi les principaux "arbitristes" espagnols, on peut citer :

  • Martín González de Cellorigo, auteur d'un Memorial de la política necesaria y utíl restauración a la república de Espanã [_], adressé à Philippe II en 1600.
  • Sancho de Moncada, auteur de Restauración política de Espanã (1619).
  • Pedro Fernández de Navarrete, auteur de Conservación de Monarquías y discursos politícos (1626).
  • Jerónimo de Uztáriz, auteur de Theórica y práctica de comercio y marina (1724).

Les auteurs français

  • Jean Bodin (1530-1596), auteur d'une Réponse aux Paradoxes de Mr de Malestroit (1568) et des Six livres de la République (1576).
  • Antoine de Montchrétien (1576-1621), auteur du Traicté de l'oeconomie politique (1615), destiné à Marie de Médicis et au jeune Roi Louis XIII, afin de les éclairer sur la politique économique à suivre.

L'oeconomie politique selon Montchrestien

« [_] qu'en l'Estat aussi bien qu'en la famille c'est un heur meslé de grandissime profit de mesnager bien les hommes selon leur particulière et propre inclination. Et sur la considération de ce rapport qu'ils ont ensemble, en ce qui concerne le poinct de l'utilité, joint avec plusieurs autres raisons qui seroient longues à deduire, on peut fort à propos maintenir, contre l'opinion d'Aristote et de Xenophon, que l'on ne sçauroit diviser l'oeconomie de la police sans demembrer la partie principale de son Tout, et que la science d'acquerir des biens, qu'ils nomment ainsi, est commune aux républiques aussi bien qu'aux familles. De ma part, je ne puis que je ne m'estonne comme en leurs traitez politiques, d'ailleurs si diligemment escrits, ils ont oublié cette mesnagerie publique, à quoy les necessités et charges de l'Estat obligent d'avoir principalement égard. » (Traicté de l'oeconomie politique, édité par T. Funck-Brentano, Paris : Plon, 1889, pp. 31-32).

La formule de Montchrestien n'a pas eu de succès en France, si bien que l'on a pu parler de « naufrage de l'expression "économie politique" de 1615 jusqu'en 1755-1758 » (J.-C. Perrot, Une histoire intellectuelle de l'économie politique (XVIIe-XVIIIe siècle), Paris : Ed. de l'EHESS, 1992, pp. 66-67). En effet, Jean-Jacques Rousseau fera renaître le vocable en 1755 dans l'article "Economie politique" de l'Encyclopédie, mais avec un contenu différent, désignant la "théorie de l'administration ou du gouvernement". Notons cependant qu'en Angleterre, William Petty dans The Political Anatomy of Ireland (1691) utilise l'expression de "Political Oeconomics".

Commerce "du dedans" et commerce "du dehors", selon Montchrestien

Extraits du Traité de l'oeconomie politique

Parmi les administrateurs et les praticiens "industrialistes", on peut mentionner Barthélémy de Laffémas (1545-1611), contrôleur général du commerce (1602-10) d'Henri IV et surtout Jean-Baptiste Colbert (1619-1683), contrôleur général des finances (1661-83) de Louis XIV.

Deux auteurs critiquent la politique économique de Colbert : Vauban et Boisguilbert

Sébastien Le Prestre, Marquis de Vauban (1633-1707), Maréchal de France, célèbre pour ses fortifications et ses travaux statistiques est l'auteur du Projet de dixme royale (1707), dans lequel il propose la création d'un impôt unique sur les différents revenus dont le taux le plus élevé serait de 10 %.

Pierre Le Pesant de Boisguilbert ou Boisguillebert (1646-1714), lieutenant général civil et lieutenant de police à Rouen, auteur de quatre ouvrages : Le détail de la France, rédigé en 1693 et publié en 1695, le Traité de la nature, culture, commerce et intérêt des grains, rédigé en 1704, la Dissertation sur la nature des richesses, de l'argent et des tributs, également écrite en 1704 ; le Factum de la France, préparé entre 1703 et 1705, sera interdit par le Roi. L?uvre de Boisguilbert constitue l'un des premiers systèmes d'économie politique en France.

Les auteurs anglais

En 1581, sous les initiales « W. S. » (William Smythe), est publié A compendious or briefe examination of certayne ordinary complaints, of divers of our country men in these our days,. Une version antérieure (1549) sera publiée en 1893 et attribuée à John Hales, sous le titre A Discourse of the Common Weal of this Realm of England. Ce texte discute de l'impact de l'arrivée des métaux précieux d'Amérique sur la hausse des prix.

Les principaux écrivains anglais dits "mercantilistes" au XVIIe siècle sont qualifiés de "commercialistes", car ils mettent l'accent sur le rôle du commerce dans l'enrichissement de la nation :

  • Gerard de Malyne (1586-1641), auteur de A Treatise of the Canker of England's Commonwealth (1601), The Maintenance of Free Trade (1622) et Lex Mercatoria (1622).
  • Edward Misselden (1608-1654), employé de la compagnie des "Merchant Adventurers" et aussi de l'"East India Company", auteur du pamphet The Circle of Commerce or The Ballance of Trade, in defense of free trade (1623).
  • Thomas Mun (1571-1641), dirigeant de l'"East India Company", auteur de A Discourse of Trade from England unto the East-Indies (1621) et England's Treasure by Forraign Trade, or The Ballance of our Forraign Trade is the Rule of our Treasure (rédigé durant les années 1620, mais publié par son fils, John Mun en 1664).
  • Josiah Child (1630-1699), lui aussi membre de la direction de l'"East India Company", auteur de Brief Observations concerning Trade and Interest of Money (1668), A Discourse about Trade (1690) et A New Discourse about Trade (1694).

Deux auteurs apparaissent davantage comme de véritables théoriciens :

  • William Petty (1623-1687), auteur de A Treatise of Taxes and Contributions (1662), Verbum Sapienti (1664, publié en 1690), The Political Arithmetick (1676, publié en 1690), The Political Anatomy of Ireland (publié en 1691).
  • John Locke (1632-1704), auteur de Two Treatises of Government (1690), de Some Considerations on the Consequences of the Lowering of Interest and Raising the Value of Money (1691), de Further Considerations Concerning Raising the Value of Money (1695).

L'un des fondateurs d'un système d'économie politique occupe une place particulière dans la mesure où il s'agit d'un banquier irlandais, émigré à Paris, à Amsterdam, puis à Londres : Richard Cantillon (1680-1734), qui rédige en français, sans doute entre 1728 et 1734, un Essai sur la nature du commerce en général, publié seulement en 1755.

Les auteurs de langue allemande

Les auteurs sont plus proches de l'"industrialisme" que du "commercialisme". Le "caméralisme" va imposer une marque originale à l'économie politique allemande. Parmi les "caméralistes", on peut citer :

  • Veit Ludwig von Seckendorf (1626-1692), auteur de Der teutsche Fürstenstaat [L'Etat des princes allemands] (1655).
  • Johann Joachim Becher (1635-1682), auteur de Politischer Discurs (1668).
  • Philipp Wilhelm von Hornick (ou Hörnigk) (1640-1712), auteur de Oesterreich über Alles, wann es nur will (1684). Il est célèbre par un "Alphabet d'un marchand ou d'un caméraliste", qui contient les neuf règles suivantes :

1. Les terres et les ressources naturelles doivent être exploitées complètement (en particulier les mines d'or et d'argent) ;

2. Les matières premières domestiques doivent être transformées sur place ;

3. L'accroissement de la population doit être encouragé, ainsi que l'emploi et la formation de la main d'oeuvre ;

4. L'exportation de l'or et de l'argent est prohibée ; mais le métal précieux ne doit pas être thésaurisé et doit rester en circulation dans le pays ;

5. La consommation des produits domestiques doit être encouragée au détriment des produits de luxe étrangers ;

6. Quand l'importation de produits étrangers s'avère nécessaire, il faut la réaliser en échange de l'exportation de produits nationaux et non par des sorties de métal précieux ;

7. Les produits étrangers importés doivent être des matières premières transformables dans le pays ;

8. Il faut exporter le maximum de produits manufacturés contre de l'or et de l'argent ;

9. Il faut prohiber toute importation de marchandises que l'on peut produire en quantité suffisante.

  • Johann Heinrich Gottlob von Justi (1717-1771), professeur à l'Université de Vienne, auteur de Staatswirtschaft, oder systematische Abhandlung aller Oeconomischen und Cameral-Wissenschaften (1755) et de Das System der Finanzwesens (1766).
  • Joseph von Sonnenfelds (1733-1817), sucesseur de Justi à l'Université de Vienne, auteur de Grundsätze der Policey, Handlung und Finanz (1763-67).

 


Bibliographie

  • La Response de Jean Bodin à M. de Malestroit- 1568, nouvelle édition par Henri Hauser, Paris : A. Colin, 1932.
  • Bodin (Jean) : Les Six Livres de la République (1576), Paris : Fayard, 1986, six tomes.
  • Cantillon (Richard) : Essai sur la nature du commerce en général, Paris : I.N.E.D., 1952.
  • Montchrestien (Antoine de) : Traicté de l'oeconomie politique (1615), édité par T. Funck-Brentano, Paris : Plon, 1889.
  • Locke (John) : Several Papers relating to Money, Interest and Trade, 1696, Reprint New York : A. M. Kelley, 1989.
  • Mun (Thomas) : A Discourse of Trade from England Unto the East-Indies (1621), Reprint New York : A. M. Kelley, 1971.
  • Mun (Thomas) : England's Treasure by Forraign Trade (1664), New York : Macmillan, 1895.
  • Petty (William) : The Economic Writings, edited by C. H. Hull, Cambridge U. Press, 1899, 2 tomes, Reprint New York : A. M. Kelley, 1986. Trad. française, Les oeuvres économiques, Paris : Giard et Brière, 1905, 2 tomes.
  • Vauban : La Dîme Royale, Paris : Imprimerie nationale, 1992.
  • Pierre de Boisguilbert ou la naissance de l'économie politique, Paris : I.N.E.D., 1966, tome 1, Etudes, tome 2, uvres manuscrites et imprimées.

 


Jean-Pierre POTIER, Professeur de Sciences économiques à l'université Lumière-Lyon2 et chercheur au laboratoire Triangle - pôle Histoire de la Pensée (Centre Walras) pour SES-ENS.

 

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