Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Navigation
Vous êtes ici : Accueil / Articles / Les évolutions de la macroéconomie depuis les années 1980

Les évolutions de la macroéconomie depuis les années 1980

Publié le 26/05/2016
Auteur(s) : Xavier Ragot
La macroéconomie a été marquée par des évolutions importantes depuis la "critique de Lucas" adressée à la macroéconomie keynésienne. Dans cette conférence, l'économiste Xavier Ragot retrace ses principales avancées depuis les années 1980 et ses développements récents, visant à dépasser les limites des modèles néokeynésiens standards d'avant la crise de 2008. C'est par un retour au cœur de la pensée keynésienne que la théorie macroéconomique pourra, selon lui, connaître de nouvelles avancées et mieux rendre compte de la réalité des économies développées post-crise. Cette thèse est défendue dans un article de Xavier Ragot que nous vous proposons en complément de la conférence.

Xavier Ragot, Président de l'Observatoire Français de Recherche Economique (OFCE), chercheur au CNRS et professeur associé à l'Ecole d'Economie de Paris (PSE), était l'invité de la Journée de rencontre secondaire-supérieur 2016 de la Loire, le 22 janvier 2016. Cette journée de formation pour les enseignants de SES et leurs élèves est organisée chaque année par le département de Sciences économiques de l'Institut d'Administration des Entreprises (IAE), à l'Université Jean Monnet de Saint-Etienne, dans le cadre d'un partenariat avec l'Inspection Pédagogique Régionale de SES. Xavier Ragot est spécialiste en macroéconomie, en particulier monétaire et financière.

La conférence de Xavier Ragot pour la formation des enseignants a porté sur l'évolution de la macroéconomie et l'état de la recherche académique aujourd'hui dans ce domaine. En complément de la vidéo de cette rencontre, nous vous proposons un schéma récapitulant les grandes étapes de la présentation de Xavier Ragot, ainsi qu'un article de Xavier Ragot sur "Le retour de la pensée keynésienne". Cette publication intéressera tout particulièrement ceux qui préparent le nouveau thème de sciences économiques de l'agrégation externe, l'histoire de la pensée économique depuis 1945. L'autre intervention de Xavier Ragot lors de cette journée, à destination de lycéens et d'étudiants, portait sur le thème de la croissance (voir notre publication : Quelle croissance pour demain ?)

La conférence de Xavier Ragot : Quel renouveau de la pensée macroéconomique ?

 

Les évolutions de la macroéconomie depuis les années 1980 - Partie 1

 

Diaporama associé à cette conférence (réalisé à partir de la présentation de Xavier Ragot).

Résumé de l'intervention de Xavier Ragot :

Lors de cette conférence, Xavier Ragot a retracé les grandes avancées qui ont marqué la pensée macroéconomique depuis les années 1980. Trois courants de recherche se sont développés à partir du modèle de l'équilibre général (Arrow-Debreu), concurrent de la macroéconomie keynésienne : le courant anti-keynésien de Chicago avec les modèles RBC, le courant de Bewley et les modèles à prix fixes prolongeant la tradition keynésienne. Les deux premiers courants ont débouché sur deux types de modèles macroéconomiques dans les années 2000 :

- les modèles néokeynésiens à agent représentatif et marchés efficients (DSGE) d'une part, devenus la norme parmi les macroéconomistes et les institutions internationales pour penser la conjoncture à court terme et les prévisions à long terme ;

- les modèles à agents hétérogènes avec imperfections de marché d'autre part, issus des avancées de la recherche en macroéconomie monétaire.

Xavier Ragot a ensuite expliqué comment les critiques adressées aux modèles standards type DSGE, suite à la crise de 2008 et à la gestion de la crise de la zone euro, ont ouvert de nouvelles perspectives de recherche pour la macroéconomie. C'est, selon Xavier Ragot, en revenant à la tradition keynésienne, par l'introduction dans les modèles de davantage de rigidités de prix et d'imperfections de marché, que la théorie macroéconomique pourra progresser et expliquer les déséquilibres macroéconomiques qui ont affecté les économies développées – en particulier européennes – depuis 2008. Les avancées microéconomiques théoriques permettent aujourd'hui de mieux penser les interactions et la formation des prix sur les marchés, et donc les microfondations de la rigidité des prix. L'introduction des rigidités nominales doit aussi être réalisée dans un cadre plus réaliste, prenant en compte l'hétérogénéité des agents économiques, afin que les modèles soient capables de rendre compte de phénomènes tels que la montée des inégalités, l'instabilité des marchés financiers ou la persistance du chômage.

Schéma récapitulatif à télécharger : "Les évolutions de la macroéconomie depuis les années 1980".

Échange avec le public

Les évolutions de la macroéconomie depuis les années 1980 - Partie 2

 

Liste des questions posées :

1) La crise de 2008-09 a-t-elle radicalement changé la façon de faire de la recherche et d'envisager l'avenir en macroéconomie ?

2) Vous avez parlé de l'introduction de la rigidité des prix et des interactions entre les agents dans les modèles, mais les asymétries d'information sont-elles prises en compte dans les derniers développements de la macroéconomie ?

3) Comment peut-on avoir une économie de la crise qui fonctionne par bulles avec l'hypothèse de rigidités de prix dans les modèles ? N'est-ce pas contradictoire ?

4) Le fait que certains chercheurs en macroéconomie soient plus financés que d'autres car ils plaisent davantage aux Banques centrales est aussi un élément du débat sur l'avancée de la science…

5) Les travaux récents en macroéconomie, en particulier la révision de la valeur du multiplicateur budgétaire par le FMI dans ses modèles de prévision, ont-ils eu un effet sur la conduite des politiques économiques, monétaires et budgétaires, en Europe ?

6) La question de l'euro semble oubliée dans ces débats. Pour Keynes l'or était une "relique barbare". On peut imaginer que l'euro fonctionne comme un étalon or. Quelle est votre opinion sur le fonctionnement de l'euro ?

7) Patrick Artus affirme que la création de la monnaie unique européenne a entraîné une polarisation industrielle et qu'il faut alors envisager une redistribution des revenus pour que cela puisse fonctionner. Qu'en pensez-vous ?

8) La France et l'Allemagne ont la même monnaie, mais les prix des services, des taxis, de l'immobilier par exemple, sont beaucoup plus élevés en France, ce qui peut expliquer les écarts de compétitivité entre les deux pays…

9) Quelles solutions peut-on envisager pour la convergence d'autres économies européennes, telles que l'Espagne ou l'Italie ?

10) Qu'en est-il des autres pays européens, l'Irlande, les Pays-Bas, l'Autriche… ? Et de l'Islande ?

11) Quand vous affirmez que la sortie de l'euro est un contre-sens économique, sur quoi cela repose-t-il ?

12) Mais que peut-il se passer en cas de sortie non coordonnée de l'euro, si un pays décide seul de quitter la zone euro ?

13) Certains économistes comme Patrick Artus pensent que les politiques monétaires très accommodantes des banques centrales favorisent la formation de bulles qui peuvent exploser d'un jour à l'autre. D'autres comme Daniel Cohen sont un peu moins optimistes que vous sur la question de la croissance à long terme et la capacité du progrès technique à générer de la croissance. Qu'en pensez-vous ?

Article de Xavier Ragot : Le retour de la pensée keynésienne

L'article que nous vous proposons en complément de la conférence de Xavier Ragot a été publié en 2016 dans la Revue d'Economie Financière dans un numéro consacré aux défis d'une économie à taux zéro (n°121, 2016/1). Nous remercions l'Association d'économie financière (AEF) de nous avoir autorisés à diffuser cet article sur SES-ENS.

Résumé : Les modèles macroéconomiques standards utilisés avant la crise, qualifiés de néokeynésiens, reposent sur la notion de taux d'intérêt naturel plutôt que de demande effective. Or les développements récents de la théorie macroéconomique modélisent de manière bien plus réaliste le fonctionnement du marché des biens et services et le fonctionnement du marché du travail. Ces modèles retrouvent les intuitions keynésiennes – sous-consommation, paradoxe de l'épargne – dans des cadres qui permettent une confrontation plus rigoureuse aux données. Le caractère keynésien ou néoclassique de l'économie ne devrait pas être un enjeu politique ou théorique, mais plutôt un enjeu empirique. À cet égard, des résultats économétriques récents indiquent par exemple que l'économie américaine se comporte de manière keynésienne dans les grandes crises et de manière non keynésienne dans les crises de moindre amplitude, ce qui devrait guider la politique économique.

Télécharger l'article en pdf : Xavier Ragot, "Le retour de l'économie keynésienne".

Pour aller plus loin

Challe E., Matheron J., Ragot X., Rubio-Ramirez J. F., "Precautionary saving and aggregate demand", document de travail n°535, Banque de France, 2015.

Sur la taille des multiplicateurs budgétaires, les travaux d'Olivier Blanchard et Daniel Leigh : "Growth Forecast Errors and Fiscal Multipliers", IMF Working paper 13/1, janvier 2013.

Dans le blog de l'OFCE, plusieurs billets accessibles et en français portent sur la taille des multiplicateurs budgétaires et l'impact des politiques de consolidation budgétaire en période de récession :

- Éric Heyer, "Quel impact de la politique budgétaire sur la croissance française?" (13/09/2011) et "Une revue récente de la littérature sur les multiplicateurs budgétaires : la taille compte !" (21/11/2012)

- Xavier Timbeau, "Que valent les multiplicateurs budgétaires aujourd’hui ?" (21/11/2012)

- Bruno Ducoudré, "Révision des multiplicateurs et révision des prévisions – du discours aux actes ?" (14/12/2012).

Voir également notre article : Jacques Le Cacheux, La crise économique européenne (avril 2012), notamment la conclusion de la partie 1 et "la réponse européenne à la crise" dans la partie 2.

Pour une présentation un peu différente de l'histoire de la macroéconomie depuis les années 1950, voir : Bernard Guerrien "Une brève histoire de la macroéconomie et les leçons que l'on peut en tirer".

 

Anne Châteauneuf-Malclès pour SES-ENS.

Mots-clés associés :