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Les auteurs : les classiques II

Publié le 08/09/2007
Cet article présente trois économistes classiques : Robert Malthus, Jean-Baptiste Say, et John Stuart Mill.

Robert Malthus

Thomas Robert Malthus (1766-1834) est le fils de Daniel Malthus, un ami de Jean-Jacques Rousseau et de David Hume. Eduqué selon les principes rousseauistes, Robert Malthus étudie de 1784 à 1788 au Jesus College de Cambridge. Ordonné pasteur anglican, il s'installe en 1795 à Albury dans le Surrey. En 1798, il publie anonymement un pamphlet intitulé Essai sur le principe de population en tant qu'il influe sur les progrès futurs de la société, avec des remarques sur les théories de Mr Godwin, de M. Condorcet et d'autres auteurs. Compte tenu du succès rencontré auprès du public, il fait paraître en 1803 sous son propre nom un long traité, intitulé Essai sur le principe de population ou Exposé des effets passés et présents de l'action de cette cause sur le bonheur de genre humain, suivi de quelques recherches relatives à l'espérance de guérir ou d'adoucir les maux qu'elle entraîne. Le succès de librairie ne se démentit pas, puisque le second essai fait l'objet de plusieurs éditions successives augmentées (1806, 1807, 1817, 1826). En 1805, Malthus est nommé professeur d'"Histoire générale, politique, commerce et finance" à l'East India College de la Compagnie des Indes orientales, à Haileybury dans le Hertfordshire. Il occupe ainsi jusqu'à sa mort la première chaire d'économie politique en Angleterre. En 1820, il publie les Principes d'économie politique considérés sous le rapport de leur application pratique et en 1827, Définitions en économie politique.

La définition de l'économie politique dans les Principes d'économie politique:
Selon Malthus, le "but principal" de l'économie politique est "la recherche des causes qui influent sur les progrès de la richesse". Il précise à ce propos: "[...] j'appellerai richesse les objets matériels nécessaires, utiles ou agréables à l'homme, et qui sont volontairement appropriés par les individus ou les nations aux besoins qu'ils éprouvent" (pp. 3 et 14).

Jean-Baptiste Say

Jean-Baptiste Say (1767-1832) est le fils de Jean-Etienne Say, négociant en soierie, originaire de Genève, installé à Lyon. Après une éducation dans un pensionnat d'Ecully, il doit faire son apprentissage dans une maison de commerce, en raison des revers de fortune de son père. Etienne Clavière, directeur d'une compagnie d'assurances sur la vie, lui trouve un emploi dans une banque parisienne. Il lui fait découvrir la Richesse des nations d'Adam Smith. En 1792, sous les Girondins, Clavière, ministre des Finances durant quelques mois, le prend pour secrétaire. En 1797, Say devient rédacteur en chef du journal La Décade philosophique, littéraire et politique, dont le groupe sera favorable deux ans plus tard au coup d'Etat du 18 Brumaire de Napoléon Bonaparte. En 1803, Say publie le Traité d'économie politique (2e édit., 1814, 3e édit., 1817, 4e édit., 1819, 5e édit., 1826). Persécuté par le régime napoléonien, il dirige une entreprise de filature à Auchy dans le Pas-de-Calais. Après la chute de l'Empire, il enseigne l'économie politique à l'Athénée (1816-19), puis au Conservatoire des Arts et métiers (1820-32) et enfin au Collège de France (1831-32). En 1815, il publie le Catéchisme d'économie politique (2e édit, 1821, 3e édit., 1826). En 1820, paraissent les Lettres à Malthus sur différents sujets d'économie politique. En 1828-29, paraît le Cours complet d'économie politique pratique.
Jean-Baptiste Say est considéré comme le principal économiste classique français.

Deux définitions de l'économie politique :


"Jusqu'au moment où Smith a écrit, on a confondu la Politique proprement dite, la science du gouvernement, avec l'Economie politique qui montre comment se forment, se distribuent et se consomment les richesse" (Traité d'économie politique, 1e édit., 1803, p. 2).
"L'Économie politique n'est pas autre chose que l'économie de la société. Les sociétés politiques que nous nommons des nations, sont des corps vivants, de même que le corps humain. Elles ne subsistent, elles ne vivent que par le jeu des parties dont elles se composent, comme le corps de l'individu ne subsiste que par l'action de ses organes. L'étude que l'on a faite de la nature et des fonctions du corps humain, a créé un ensemble de notions, une science à laquelle on a donné le nom de physiologie. L'étude que l'on a faite de la nature et des fonctions des différentes parties du corps social, a créé de même un ensemble de notions, une science, à laquelle on a donné le nom d'économie politique, et qu'on aurait peut-être mieux fait de nommer économie sociale. [...]. L'objet de l'économie politique semble avoir été restreint jusqu'ici à la connaissance des lois qui président à la formation, à la distribution et à la consommation des richesses. C'est ainsi que moi-même je l'ai considérée dans mon Traité d'Économie politique [...]. Cependant on put voir, dans cet ouvrage même, que cette science tient à tout dans la société" (Cours complet d'économie politique pratique, 1828, tome 1, pp. 1-2 et 6-7).

John Stuart Mill

John Stuart Mill (1806-1873) est le fils de James Mill (1773-1836), journaliste puis, à partir de 1819, employé de la Compagnie des Indes Orientales, qui compte parmi ses amis David Ricardo (1772-1823) et Jeremy Bentham (1748-1832). Enfant surdoué, John Stuart Mill ne fréquente aucune école, ni aucune université, car de trois à quatorze ans il est éduqué exclusivement par son père. A l'âge de treize ans, James Mill lui enseigne l'économie politique. Dans son Autobiographie, il affirmera à ce propos: "[...] mon père veilla tout particulièrement à ce que je pointe les lumières supérieures de Ricardo sur la vision plus superficielle de l'économie politique entretenue par Smith pour déceler ce que ses arguments avaient de fallacieux ou ses conclusions d'erroné". L'éducation de son fils conduit d'ailleurs James Mill à publier en 1821 les Eléments d'économie politique. En 1822, John Stuart Mill fonde l'"Utilitarian Society", active durant trois ans, puis en 1823, il devient employé de la Compagnie des Indes Orientales, jusqu'à sa dissolution en 1858. Député libéral de 1865 à 1868, il défend le droit de vote des femmes et il prône des réformes sociales. En 1843, il publie Système de logique déductive et inductive et l'année suivante les Essais sur quelques questions non résolues d'économie politique. Ensuite, paraît les Principes d'économie politique avec quelques applications à la philosophie sociale (1e édit., 1848; 7e édit., 1871). Parmi ses autres publications, on peut citer De la liberté (1859), L'Utilitarisme (1861), L'assujettissement des femmes (1869) et une Autobiographie (1873). John Stuart Mill est considéré comme le dernier de la lignée des économistes classiques.

La définition de l'économie politique dans les Principes d'économie politique :

Selon John Stuart Mill, l'objet de l'économie politique porte sur les richesses, c'est-à-dire "toutes les choses utiles ou agréables qui possèdent une valeur échangeable" et elle consiste dans l'étude des lois de la production et de la distribution de la richesse. Cependant, les lois de la production doivent être clairement distinguées des lois de la répartition. En effet, "les lois et les conditions de la production des richesses partagent le caractère des vérités physiques [...]. Tout ce qui est produit par l'homme doit l'être d'après les modes et les conditions imposées par la nature constituante des choses extérieures et par les propriétés physiques et intellectuelles inhérentes à sa propre nature [...]. Il n'en est pas de même à l'égard de la distribution des richesses: c'est là une institution exclusivement humaine. Les choses étant créées, l'espèce humaine, individuellement ou collectivement, peut en agir avec ces choses comme elle l'entend [...]. La distribution des richesses dépend donc des lois et des coutumes de la société. Les règles qui déterminent cette distribution sont ce que les font les opinions et les sentiments de la partie dirigeante de la société, et varient considérablement, suivant les différents siècles et les différents pays; elles pourraient varier encore davantage si les hommes en décidaient ainsi" (tome 1, pp. 233-234).

Bibliographie

Malthus (Thomas Robert) : An Essay on the Principle of Population (1803), edited by Patricia James, Cambridge : Cambridge U. Press, deux tomes, 1989.

Malthus (Thomas Robert) : Essai sur le principe de population [premier essai], "Avant-propos" de Jacques Dupâquier, Paris : I. N. E. D ., 1980.Malthus (Thomas Robert) : Essai sur le principe de population [second essai], Paris : Garnier-Flammarion, deux tomes, 1992.

Malthus (Thomas Robert) : Principes d'économie politique considérés sous le rapport de leur application pratique, Paris : Calmann-Lévy, 1969.

Mill (John Stuart): Principles of Political Economy With Some of their Applications to Social Philosophy, London : Routledge, 1996, deux tomes [Collected Works of J. S. Mill, vol. II and III].

Mill (John Stuart) : Principes d'économie politique avec quelques unes de leurs applications à l'économie sociale, trad. française d'H. Dussart et J.-G. Courcelle-Seneuil, Paris : Guillaumin, 1873, 2 tomes.

Mill (John Stuart) : De la liberté, Paris: Gallimard, 1990.

Say (Jean-Baptiste), Traité d'économie politique. Edition variorum, vol. I des uvres complètes, Paris: Economica, 2006, deux tomes.

Say (Jean-Baptiste) : Oeuvres diverses, Paris : Guillaumin, 1848, Reprint Osnabrück : Otto Zeller, 1966.

Say (Jean-Baptiste) : Cours complet d'économie politique pratique, 2e édit., 1840, Paris: Guillaumin.

Say (Jean-Baptiste) : Cours d'économie politique et autres essais, édition et introduction par P. Steiner, Paris : Garnier-Flammarion, 1996.

Sismondi (J. C. L. Simonde de) : Nouveaux principes d'économie politique [livres 1 à 4], Paris: Calmann-Lévy, 1971.

Sismondi (J. C. L. Simonde de) : Nouveaux principes d'économie politique [livres 5 à 7], Economies et Sociétés. Cahiers de l'ISMEA, tome X, n° 1, janvier 1976, H. S. n° 20.

Sismondi (J. C. L. Simonde de) : Etudes sur l'économie politique, deux tomes, 1837 et 1838, Reprint Genève : Slatkine, 1980.



Jean-Pierre POTIER, Professeur de Sciences économiques à l'université Lumière-Lyon2 et chercheur au laboratoire Triangle - pôle Histoire de la Pensée (Centre Walras) pour SES-ENS.

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