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Les fondements théoriques du concept de capital humain (Partie 1)

Publié le 11/05/2009
Auteur(s) : Stéphanie Fraisse-D'Olimpio
L'objectif de ce dossier est de reprendre les enjeux théoriques de la notion de capital humain en revenant sur les différents apports des économistes qui se sont intéressés à ce concept depuis une cinquantaine d'années. Il s'agira aussi de présenter les prolongements les plus significatifs de la théorie du capital humain.
Selon la définition de l'OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Economique), le capital humain recouvre « l'ensemble des connaissances, qualifications, compétences et caractéristiques individuelles qui facilitent la création du bien-être personnel, social et économique. » « Le capital humain constitue un bien immatériel qui peut faire progresser ou soutenir la productivité, l'innovation et l'employabilité »

L'investissement dans le capital humain, OCDE, 1998 ; Du bien-être des nations, le rôle du capital humain et social, OCDE, 2001.


L'investissement en capital humain est aujourd'hui l'un des grands thèmes de la politique publique dans les pays développés. Il semble pouvoir apporter des solutions à plusieurs problèmes auxquels les décideurs politiques ont été confrontés au cours des dernières décennies, à savoir le ralentissement de la croissance économique dans la plupart des pays occidentaux depuis 1973, la montée du chômage et la polarisation des revenus. L'accumulation de capital humain permettrait en effet des gains de productivité favorables à la croissance et à l'emploi.

Depuis Adam Smith, la plupart des économistes reconnaissent que les compétences de la main d'œuvre d'un pays représentent un de ses atouts concurrentiels les plus importants. Les origines de la théorie moderne du capital humain remontent toutefois aux années 60, alors que Theodore Schultz, puis Gary Becker, proposaient leurs analyses théoriques et empiriques des liens entre l'investissement en capital humain et la rémunération.

La théorie du capital humain a en effet contribué à expliquer la croissance économique et la formation des rémunérations individuelles. Elle suppose, nous le verrons, que les individus peuvent améliorer leur productivité par des actes volontaires d'investissement dans l'éducation ou la formation. Les écarts de revenus du travail traduisent alors le fait que les individus ne font pas (pour des raisons diverses sur lesquelles nous reviendrons) les mêmes investissements, en formation par exemple..

À une époque plus récente, deux courants de recherches ont ravivé l'intérêt envers ces questions.

D'une part, suivant les nouvelles théories de la croissance économique, auxquelles sont associés les noms de Romer, Barro et Lucas, le capital humain est un facteur déterminant de la croissance économique. Et d'autre part, il se dégage aujourd'hui un consensus interdisciplinaire de plus en plus large quant au rôle critique que jouent les premières années de l'enfance dans la formation d'adultes productifs et bien adaptés.

Les politiques relatives à la famille mais aussi à l'aide sociale et à la santé ont semble-t-il une influence déterminante dans l'acquisition de capital humain. L'éducation n'en reste pas moins le pivot de la formation du capital humain, ce qui la met au cœur des analyses du capital humain. L'éducation comprend ici la formation initiale (scolaire et universitaire) mais la notion de « capital humain » peut s'étendre aux apprentissages « informels » et surtout d'appliquer à la formation continue.

La transition de l'école au milieu de travail et la formation des adultes représentent en effet un autre enjeu important. Le capital humain peut se déprécier si les compétences acquises ne sont pas maintenues en bon état par un usage régulier. De ce point de vue, le chômage de longue durée et le chômage des jeunes peuvent conduire à une dégradation des connaissances et des compétences.

L'OCDE propose depuis quelques années une série de rapports portant sur la notion de capital humain, qui permettent de mesurer la fertilité du concept mais aussi son caractère pluridimensionnel. Les pays membres de l'organisation s'accordent en effet à penser que l'investissement dans le capital humain œuvre en faveur de la prospérité économique, de l'emploi et de la cohésion sociale en promouvant le bien-être des populations. L'analyse comparative présentée dans ces synthèses est riche d'enseignements pour saisir l'influence des choix de politiques publiques sur l'accumulation de capital humain à travers les arbitrages qui peuvent être faits en matière de santé, de formation, d'éducation bien sûr mais aussi de gestion de la criminalité [1] puisque l'accroissement du capital humain se traduirait par une plus forte intégration sociale des individus.

Par ailleurs, l'analyse théorique qui sous-tend la notion de capital humain apporte des éléments pour comprendre les mécanismes de la croissance et du développement. Les contributions de Gary Becker ont fait l'objet de critiques mais ont aussi donné lieu à des prolongements théoriques stimulants. Les théories du capital humain font également l'objet d'applications (et de réinterprétations) dans le domaine de la formation professionnelle et plus largement de la gestion des ressources humaines.

Le premier objectif de ce dossier sera ainsi de reprendre les enjeux théoriques de la notion de capital humain en revenant sur les différents apports des économistes qui se sont intéressés à ce concept depuis une cinquantaine d'années. Il s'agira aussi de présenter les prolongements les plus significatifs de la théorie du capital humain. (Partie 1)

Le second objectif sera de souligner à quel point le capital humain conditionne des domaines variés de la vie quotidienne des individus ce qui induit que cette notion est désormais au cœur des politiques publiques menées dans les pays développés et de plus en plus dans les pays en développement. Les choix publics s'orientent notamment vers l'amélioration du niveau d'éducation et de formation des populations tout au long du cycle de vie mais aussi du degré d'intégration sociale des sociétés (Partie 2).

Ce dossier s'appuie sur de nombreuses données fournies par l'OCDE, que nous remercions pour sa collaboration.

 

Partie 1 : LES FONDEMENTS THEORIQUES DU CONCEPT DE CAPITAL HUMAIN.

Joseph Stiglitz [2] définit le capital humain comme « l'ensemble des compétences et de l'expérience accumulées qui ont pour effet de rendre les salariés plus productifs ». Samuelson et Nordhaus [3] rajoutent qu'il constitue le « stock de connaissances techniques et de qualifications caractérisant la force de travail d'une nation et résultant d'un investissement en éducation et en formation permanente ».

Dans le Livre II de La Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations (1776), Adam Smith, qui s'interroge sur les différences relatives de salaires, identifie déjà l'amélioration des compétences des salariés comme une source fondamentale de progrès économique, de même qu'il souligne dans le livre V les limites d'une division du travail qui freine l'exercice des facultés intellectuelles des salariés et se répercute sur d'autres sphères de la vie en collectivité [4]. Alfred Marshall observe que les investissements en capital humain s'inscrivent dans le long terme et ne dépendent pas que de variables monétaires puisque le rôle joué par la famille dans les choix éducatifs serait déterminant. Karl Marx explique pour sa part la rémunération plus élevée des travailleurs qualifiés par le coût (monétaire et horaire) de leur formation.

Si ces économistes ont l'intuition que la qualité du travail exerce une influence sur la croissance, la théorie économique n'en considère pas moins pendant longtemps le travail comme un simple facteur de production, appréhendé exclusivement dans sa dimension quantitative.

Il faudra attendre les années 60 pour que Theodor Schultz et Gary Becker, deux économistes de l'école de Chicago, développent le concept de capital humain. La théorie qui émerge énonce que toute dépense susceptible d'améliorer le niveau de formation d'un individu augmente sa productivité, et par conséquent ses revenus futurs, d'où le nom de capital humain.

Ainsi, le fait que l'on considère aujourd'hui que le Capital humain représente entre 2/3 et 3/4 du capital total (Stiglitz), et que les dépenses en éducation se soient accrues de façon exceptionnelle sur ces 50 dernières années met la question du capital humain au cœur de l'analyse économique contemporaine.

Nous reprendrons donc les grands principes de l'analyse de la théorie du capital humain, puis nous présenterons quelques un de ses prolongements.

A) Les fondements de la théorie du capital humain.

1) Du facteur travail au capital humain.

2) Théodore W.Schultz, l'initiateur.

3) Gary Becker, le précurseur de l'économie comportementale.

4) Encadré : De la décision rationnelle d'investissement en capital humain aux inégalités de revenus : motivations et fondements du modèle de Becker, par Olivier Monso. [PDF - 46 Ko]

B) Les prolongements de la théorie du capital humain.

1) Les enjeux autour de l'éducation et de la formation.

2) Education et croissance économique : de la théorie de la croissance endogène à la théorie des capacités d'A.Sen.

 

Bibliographie de la partie 1.

 

Partie 2 : DE L'ANALYSE THEORIQUE A L'ACTION PUBLIQUE.

Extrait : « Si le temps moyen que chaque personne consacre à l'éducation augmente d'un an, le produit économique du pays par habitant devrait augmenter sur le long terme, dans une fourchette comprise entre 4 à 6 % ». Ce constat fait à partir de données de l'OCDE permet de mesurer les enjeux de l'accès à l'éducation tant pour les pays développés que pour les pays en développement. Nous aborderons successivement les trois étapes qui jalonnent le parcours éducatif et professionnel des individus, en observant en premier lieu que l'accumulation du capital humain débute dès la naissance, se poursuit tout au long de la scolarité jusqu'aux études universitaires et peut se renforcer pendant la vie professionnelle.

Lire la suite : Consulter cette partie du dossier.

 

Dossier réalisé en collaboration avec l'OCDE.
 
 

Notes :
 
[1] Un exemple édifiant est celui du Perry Preschool program, mené aux Etats-Unis depuis 1962 dont les modalités sont détaillées sur ce site de l'Université d'Ottawa.

L'encadrement scolaire précoce et poussé d'enfants de milieux défavorisés, présentant a priori de faibles aptitudes scolaires, a aboutit au constat que jusqu'à l'âge de 40 ans les participants au programme préscolaire Perry sont moins susceptibles d'être arrêtés pour des crimes de violence, des crimes contre les biens ou liés à la drogue. Les économies en termes de coûts de la criminalité sont en outre 11 fois supérieures au coût du programme.

[2] Stiglitz Joseph et alii, Principes d'économie moderne, Broché, 2007. p.190.

[3] P.A. Samuelson, W.D. Nordhaus, Economie, Economica 2000.

[4] « Un homme qui passe toute sa vie à remplir un petit nombre d'opérations simples, dont les effets sont aussi peut-être toujours les mêmes ou très approchant les mêmes, n'a pas lieu de développer son intelligence ni d'exercer son imagination à chercher des expédients pour écarter des difficultés qui ne se rencontrent jamais; il perd donc naturellement l'habitude de déployer ou d'exercer ces facultés et devient, en général, aussi stupide et aussi ignorant qu'il soit possible à une créature humaine de le devenir; l'engourdissement de ses facultés morales le rend non seulement incapable de goûter aucune conversation raisonnable ni d'y prendre part, mais même d'éprouver aucune affection noble, généreuse ou tendre et, par conséquent, de former aucun jugement un peu juste sur la plupart des devoirs même les plus ordinaires de la vie privée. ». Passage du livre V de la Richesse des nations (chap. I, section 3, art. 2).

 

Par Stéphanie Fraisse-D'Olimpio pour SES-ENS.

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