Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Navigation
Vous êtes ici : Accueil / Articles / Compte-rendu de la journée de formation continue sur "Travail et genre"

Compte-rendu de la journée de formation continue sur "Travail et genre"

Publié le 10/01/2008
Auteur(s) : Hélène Steinmetz
Pierre Mercklé
Christian Baudelot
Stephanie Fraisse-D'Olimpio
Les enseignants de SES ont pu assister le vendredi 7 décembre à une journée de formation continue organisée par les départements de sciences sociales des ENS de Paris, de Cachan et par l’ENS-LSH de Lyon, à l’initiative d’Hélène Steinmetz et de Pierre Mercklé. Ce dossier donne accès aux textes de plusieurs interventions ayant eu lieu lors de cette journée.

Responsable scientifique : Hélène Steinmetz

Contact : helene.steinmetz@ens.fr

Introduction de Christian Baudelot, professeur à l'ENS

Je suis extrêmement heureux de l'existence de cette journée et de ces liens qu'au fil du temps nous avons tissés ensemble. Chercheurs à plein temps, enseignants d'université, professeurs de Khâgne, enseignants de SES, nous formons un même ensemble. Une chaine dont tous les maillons sont nécessaires et les va et vient sont nombreux entre nos enseignements. Nous avons souvent les mêmes élèves à des âges différents. Nous partageons le même corpus de valeurs, nous lisons et enseignons les mêmes auteurs. Nous sommes les uns et les autres un peu pétris avec des variables différentes d'un certain positivisme. Et nous rêvons aussi ensemble d'une société meilleure. Ce qui nous relie est que nous sommes les uns et les autres les hommes et les femmes de la troisième culture. Nous avons beaucoup de points communs et il est intéressant de pouvoir échanger en dehors de toute contrainte académique de concours.

Il est important, à intervalles réguliers, de se demander à quoi sert et ce que nous faisons tant la sociologie que les sciences sociales. Nos travaux, nos études ont-ils exercé des effets sur la réalité sociale ? Avons-nous réussi à modifier des comportements ? Des façons de penser ? Des pratiques ? Avons-nous contribué à réduire les inégalités ? A accroitre la mobilité sociale ? Avons-nous réussi à fluidifier les rigidités de corps social ? A améliorer les scolarités des enfants des classes populaires ? A Diminuer certaines formes de l'ethnocentrisme de classe, amoindri la violence et l'étendue du racisme ?

Je pose les questions et vous avez les réponses...c'est plutôt du côté du non.

Il y a plusieurs façons d'évaluer les résultats pratiques, les effets concrets de nos travaux qui correspondent aux différentes façons pour les sciences sociales d'exercer des effets sur la société. Pour simplifier, je dirais qu'il y en a deux. Deux grands modèles d'intervention : Machiavel et Mao. Conseiller le Prince ou soulever les masses. Les économistes ont plutôt pris le premier chemin, encore que, lorsqu'on les interroge les plus actifs et les plus brillants d'entre eux, ceux qui font partie du Conseil d'Analyse Economique auprès du premier Ministre, ils demeurent assez réservés et sceptiques sur leur action réelle. Jourdan en regorge...J'ai interrogé certains de ces éminents représentants du Conseil d'Analyse Economique, et sur les 72 rapports qui ont été publiés depuis l'existence de cette institution, seul un a eu un effet réel, c'est celui de Malinvaud sur la baisse des charges dans les petites entreprises. Tous les autres rapports ont été lus et estimés mais ont finalement eu peu d'effets...ou n'on eu que des effets indirects.

La sociologie adopte la seconde voie, celle de Mao qui consiste à soulever les masses. Bien sûr, on songe aussitôt aux effets des Héritiers sur Mai 68, plus directs à l'époque que ceux du petit livre rouge.

Mais au-delà de ce cas limite, j'entends par « soulever les masses », une action qui consiste, par nos travaux, à changer le regard de nos concitoyens. On agit un peu comme les peintres. On ne voit plus la même réalité sociale après la lecture qu'avant. Cézanne, Monet, Turner...Des illusions sont dissipées, des erreurs de perspectives sont corrigées, l'accent principal est déplacé. La sociologie du suicide est exemplaire dans ce domaine mais tous les sociologues réussissent à produire cet effet quand ils travaillent bien : Monjardet et le travail des policiers, Peneff et les chirurgiens, Chénu et les employés, pour en rester au domaine de la sociologie des professions.

Les sociologues ne s'adressent pas aux Princes qui nous gouvernent - ils savent par profession que le vrai pouvoir n'est pas là -, mais au public, grand ou petit, qu'ils estiment concernés par leurs travaux : enseignants et parents d'élèves pour la sociologie de l'éducation, par exemple.Lorsqu'on dresse un bilan, au regard de ces deux canaux d'influence, des effets de la sociologie au cours des quarante dernières années, le constat est franchement...modeste ? Triste ? Désespérant ? A chacun de trouver le bon adjectif.

Une chose est sûre : dans le domaine le plus travaillé de la sociologie, celle de l'éducation, les inégalités sociales devant l'école ont peu ou pas diminué (elles ne se sont pas aggravées). Des formes nouvelles d'inégalités sont apparues : les ségrégations spatiales, les écarts entre établissements, la construction de ghettos,... La mobilité sociale n'a pas augmenté...J'arrête, vous imaginez la suite.

Il y a toutefois une exception à ce paysage un peu sombre. Le Gender Studies massivement conçues et pratiquées par des femmes. Elles ont réussi à obtenir des effets positifs sur les deux tableaux : Machiavel et Mao.

Pour illustrer la voie de Machiavel, on pense à la loi sur la parité et les prises en compte et répression du sexisme dans la loi.

En ce qui concerne la mobilisation des masses, la voie Mao, leurs études et leurs travaux ont changé en profondeur le regard des femmes d'abord et avant tout mais aussi des hommes sur le statut et le rôle des femmes dans la société, dans la famille et au travail. Les constats sur le caractère dominé de leur position ne fait plus de doute pour personne mais des stratégies pour transformer la position sont aussi mises en œuvre, la lutte est dans tous les domaines. Et dans ces progrès considérables accomplis depuis trente ans - insuffisants, inachevés...le rôle des Genders Studies a été décisif partout. C'est une situation rare en sociologie.Pourquoi, comment ?

  • Elles ont une dimension planétaire, ce qui leur donne de la force.
  • Les Genders Studies sont pluri-disciplinaires, il y a un petit noyau de professionnels des Gender Studies (incarné en France par le Mage), mais l'essentiel a été fait par des historiennes, des ethnologues, des sociologues, des économistes, des juristes, des biologistes, des politistes qui travaillent sur des domaines plus généraux ou plus spécialisés. Comme Mr Jourdain faisait de la prose sans le savoir, il suffit de croiser une variable par le sexe, pour faire des Gender Studies.
  • Elles sont constituées dans l'ensemble d'un collectif non sectaire, car non paralysé par des querelles d'école...bien que la jeune génération de sociologues soit de façon générale moins victimes de ces luttes d'école (On pense aux publications collectives de M.Maruani pour le Mage).
  • Elles sont portées par des femmes.
  • Elles ont des objets précis. Il y a tout un « radada » philosophique sur le différentialisme...c'était nécessaire pour avancer. Mais les caissières de supermarché, les écarts de salaire, le salaire d'appoint, le travail à temps partiel, sont des problèmes précis et les enquêtes sur ces thèmes ont fait avancer les choses.

Et c'est surtout par le travail et dans le travail que la situation a le plus changé et que les femmes ont réussi à faire valoir leurs droits. D'où l'intérêt de cette journée volontairement organisée autour d'enquêtes empiriques et de travaux concrets.

Genre et dynamique des professions

La présentation de Geneviève Pruvost, Chargée de recherche au CNRS. Chercheur au C.E.S.D.I.P.

Résumé de l'intervention :

L'accès des femmes aux pleins pouvoirs de police est récent... Depuis une trentaine d'années, les policiers de sexe féminin suivent la même formation, sont dotées des mêmes habilitations judiciaires et du même armement que les hommes. S'agit-il d'un changement profond dans la conception de l'ordre public ? Ont-elles accès aux mêmes services et aux mêmes missions ? Comment s'intègrent-elles à la sociabilité virile des commissariats ? L'accent est mis sur les arrangements, les processus d' « asexuation » et les possibles neutralisations d'un espace fortement sexualisé, tout en pointant les discriminations et les contraintes fortes qui entravent la progression des femmes dans la profession.

L'intégralité de l'intervention en pdf.

Travailler à l'extérieur : des implications ambivalentes pour les compagnes d'agriculteurs

Céline Bessière, Maître de conférences à l'Université Paris-Dauphine, IRISES

Résumé de l'intervention :

Le secteur agricole en France a connu, depuis les années 1970, une transformation majeure, qui est passée relativement inaperçue : la très forte augmentation du travail salarié des compagnes d'agriculteurs « à l'extérieur » des exploitations. Les compagnes d'agriculteurs sont la plupart du temps des employées (caissières, aides-soignantes, aides à domicile, etc.) ou des professions intermédiaires pour les plus diplômées d'entre elles (infirmières, institutrices, etc.) Souvent elles cumulent des handicaps en termes d'emploi (contrats à durée déterminée, temps partiel, chômage), de salaires, de progression de carrière. Les familles agricoles constituent donc un terrain contemporain privilégié pour questionner les effets du travail salarié sur la situation des femmes.

Nous nous appuierons dans cette communication, sur les résultats d'une enquête ethnographique menée dans la région de Cognac, dans le cadre d'une thèse (1997-2005). En nous situant du point de vue des compagnes de viticulteurs, nous voudrions insister sur les conséquences pour les jeunes femmes de cette généralisation du « travail à l'extérieur », en comparant leur situation avec celle de leurs belles-mères, le plus souvent aides familiales sur l'exploitation de leur mari. Les jeunes femmes voient dans leur emploi salarié la possibilité d'une réelle émancipation : non seulement le gain d'une autonomie financière par rapport à leur compagnon, mais aussi le gain d'une autonomie tout court par rapport à l'entreprise familiale, leur conjoint et leurs beaux-parents. Nous montrerons cependant, que cette émancipation doit être nuancée, puisque les implications du travail à l'extérieur des compagnes d'agriculteurs varient selon les positions sociales des un-e-s et des autres et s'avèrent beaucoup plus ambiguës qu'il n'y paraît en première analyse.

Le plafond de verre dans le monde académique

Catherine Marry, Directrice de recherches au CNRS, CMH-PRO,

Résumé de l'intervention : Le monde académique n'échappe pas au plafond de verre ou au ciel de plomb qui pèse sur les carrières des femmes. La conférence se propose d'explorer ce phénomène à partir d'enquêtes récentes menées en France et dans d'autres pays auprès d'universitaires et de chercheur-e-s en sciences de la vie. (recherche menée entre 2003 et 2005)

L'intégralité de l'intervention

Tableaux et graphiques de l'intervention (tirés du power point)

Quelques documents aimablement fournis par C.Marry :

Marry C., Jonas I., 2005, « Chercheuses entre deux passions : l'exemple des biologistes », Travail, genre et sociétés, n°14, novembre, pp. 69-88.

Löwy I., Marry C., 2007, Pour en finir avec la domination masculine, Paris : Les Empêcheurs de penser en rond/Seuil.

Emplois de service : nouvelle domesticité ou gisement d'emplois ?

Tania Angeloff, Maître de conférences à l'Université Paris-Dauphine, Centre Maurice Halbwachs, équipe « Enquêtes, terrains, théories » (CMH-ETT) et Centre de recherches sur la sociologie des organisations (CERSO)

Résumé de l'intervention :

Les «emplois de service» désignent les emplois du secteur de l'aide à domicile, Remise au goût du jour au début des années 1990, dans un contexte de lutte contre le chômage, l'expression «emplois de service» a une double connotation, à l'image de son histoire. À l'heure où le droit à l'emploi semble remis en cause, le terme «d'emploi» est valorisé et valorisant pour la personne qui en occupe un. Tandis que le mot «service», qu'on le veuille ou non, fait écho dans l'imaginaire collectif soit au service religieux et au bénévolat, soit à la servilité. De quel type de service s'agit-il ? Au service de qui ? Telles sont les questions que l'on a spontanément envie de poser. Que s'est-il passé exactement autour de ces emplois ces dernières années ? À quels types de métiers et de personnels renvoient-ils ? Le dispositif législatif récent a-t-il contribué à créer des emplois dignes de ce nom ou, au contraire, n'a-t-il fait que rebaptiser - et par là officialiser et «blanchir» - de vieux métiers dévalorisés et largement développés dans l'économie informelle ? Au cœur de la question des emplois de service à domicile, c'est leur caractère fortement sexué, précaire, inégalitaire et dévalorisé qui ressort. Ce débat autour des emplois de service est donc à comprendre comme une figure emblématique du travail féminin, comme un ideal-type au sens que Max Weber donnait à ce terme. Dans un premier temps, il s'agira de retracer l'historique des emplois de service et de voir qui les occupe. Ensuite, l'on montrera quelle a été l'incidence sur ces emplois des dispositifs récents et des principaux débats qu'ils ont suscités, notamment autour de la question du temps partiel. Enfin, on soulignera le renforcement des stigmates et des inégalités sociales et sexuées car il pose de manière cruciale la question d'une professionnalisation des employées à domicile.

L'intégralité de l'intervention.

Féminisation et masculinisation chez les personnels de l'éducation nationale dans une perspective socio-historique : les enseignants et les chefs d'établissement du second degré au XXème siècle

Marlaine Cacouault-Bitaud, Maître de conférences en sociologie à l'Université Paris-V René Descartes, Culture et sociétés urbaines (CSU)

Résumé de l'intervention :

En nous appuyant sur les matériaux recueillis à la faveur de plusieurs enquêtes par questionnaire et entretiens auprès d'enseignants et de chefs d'établissement du second degré, hommes et femmes, nous nous attachons à comprendre pourquoi et comment s'opèrent des différenciations entre les sexes dans un milieu perçu comme égalitaire étant donné l'importance du diplôme et du concours pour l'accès aux postes. On observe notamment un phénomène de masculinisation des fonctions de direction après la dernière guerre alors que, parallèlement, la présence des enseignantes ne cesse d'augmenter dans les lycées et dans les collèges. Une approche socio-historique s'impose car il faut prendre en compte simultanément l'avènement de la mixité, la "démocratisation" du secondaire, la redéfinition partielle des fonctions et les changements qui marquent la vie familiale des professeurs pour expliquer ces phénomènes. Nous ferons le point également sur les données les plus récentes concernant la présence des hommes et des femmes dans le secondaire.

L'intégralité de l'intervention

Un article de fond aimablement proposé par M.Cacouault-Bitaud : Egalité formelle et différenciation des carrières entre hommes et femmes chez les enseignants du second degré.

 

Stephanie Fraisse-D'Olimpio pour SES-ENS

Mots-clés associés :