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L'économie internationale en campagne avec le CEPII

Publié le 19/01/2017
Auteur(s) : Isabelle Bensidoun
Jézabel Couppey-Soubeyran
Sébastien Jean
Afin d'éclairer de façon accessible, rigoureuse et documentée le débat public pendant la campagne présidentielle française, le CEPII propose chaque semaine un billet sur des questions d'économie internationale qui ont toute leur place dans ce débat : l'immigration, le retour du protectionnisme, l'avenir de l'euro, l'instabilité financière, la politique climatique, etc. Ces questions-réponses d'économistes du CEPII au format court, également proposées en vidéos, s'adressent à un large public et se prêtent bien à un usage pédagogique. Le site SES-ENS accompagne cette publication en vous faisant découvrir l'analyse de Sébastien Jean sur le retour du protectionnisme.

Le CEPII met l'expertise de ses chercheurs au service du débat public lors de la campagne présidentielle avec une série de publications regroupées dans L'économie internationale en campagne (EIC). Le premier billet a été publié le 17 janvier 2017 et, chaque semaine, une nouvelle analyse sera diffusée sur une question en lien avec l'économie ou les relations internationales susceptible d'être débattue lors de la campagne présidentielle. L'objectif visé par L'économie internationale en campagne n'est pas «de dénoncer ou de défendre des propositions mais d'éclairer de façon rigoureuse et documentée, de rectifier quand il y a lieu, de permettre à chacun de prendre connaissance des résultats d'études et de les confronter à son opinion». C'est donc aux citoyens en quête d'éclairages avant de se rendre aux urnes que s'adressent ces documents pédagogiques. Les questions/réponses sont également diffusés sous forme d'interviews vidéos réalisés par la web-TV Xerfi-Canal. Le quotidien La Tribune et le média en ligne The Conversation sont les autres partenaires de cette publication.

Logo du CEPII "L'économie internationale en campagne" (2017)

L'économie internationale en campagne : http://eic.cepii.fr/
Page Facebook du CEPII : www.facebook.com/CEPIIParis/

Les billets des économistes du CEPII mis en ligne

Vous trouverez ci-dessous la liste des billets de L'économie internationale en campagne par ordre chronologique de sortie, accompagnés d'un résumé et de suggestions d'exploitation en classe.

1) L'économie internationale en campagne, par Isabelle Bensidoun, Jézabel Couppey-Soubeyran, Sébastien Jean, 17 janvier 2017. Billet de lancement de la publication.

2) Immigration en France : quelles réalités ?, questions à Anthony Edo, 17 janvier 2017.

Chiffres à l'appui, Anthony Edo montre que la France n'est plus un pays d'immigration massive et que son taux d'immigrés est stable et inférieur à celui de nombreux pays développés. Cette réalité de l'immigration dans notre pays contraste avec la perception qu'en ont beaucoup de Français, ce qui peut s'expliquer par la répartition géographique des immigrés, mais aussi par des confusions, notamment entre immigrés et personnes nées en France de parents immigrés. Un billet utile pour traiter le début du thème "Économie et démographie" en enseignement de spécialité "Économie approfondie" en terminale (les dynamiques démographiques nationales), ou pour analyser les programmes relatifs à l'immigration des candidats à l'élection présidentielle dans le cadre de l'enseignement de spécialité "Sciences sociales et politiques" en terminale ou bien de l'EMC en première.

A signaler : Les "Rencontres de la démo" de décembre 2016 à l'Ined ont porté sur le thème des migrations et des minorités. Cinq mini-conférences de 10 minutes par des chercheurs de l'Ined sur les statistiques ethniques (François Héran), les discriminations à l'embauche (Dominique Meurs), la crise des identités nationales et l'intégration des immigrés (Patrick Simon), etc.

3) Faut-il craindre le retour du protectionnisme ?, questions à Sébastien Jean, 24 janvier 2017. Billet reproduit plus bas sur cette page.

Sébastien Jean met en relation les critiques à l'égard du libre-échange (qui émergent dans nombre de pays développés ou émergents) avec le ralentissement récent du commerce mondial et les méfaits de la concurrence internationale pour certains travailleurs, entreprises et territoires de ces pays. Il précise quels seraient les risques d'une politique protectionniste, pour nos activités les plus performantes et pour les ménages les moins riches. Plutôt que le protectionnisme, il plaide pour une intervention publique et un changement institutionnel de manière à compenser les coûts de la mondialisation et à la réorienter pour satisfaire des objectifs collectifs tels que l'emploi ou l'environnement.

Cet article (et la vidéo associée) est tout à fait utilisable en classe pour aider les élèves à réfléchir aux avantages et aux inconvénients des échanges internationaux et aux risques des politiques protectionnistes, des questions présentes dans le thème "Mondialisation, finance internationale et intégration européenne" de l'enseignement spécifique de SES en terminale ("Quels sont les fondements du commerce international et de l'internationalisation de la production ?"). Toujours en lien avec l'actualité, l'analyse que fait Sébastien Jean du programme de Donald Trump en matière de politique commerciale ainsi que la présentation par Jean Fouré des enjeux des accords de libre-échange négociés par l'UE, complèteront utilement ce billet. La discussion pourra être replacée dans une perspective historique avec ces données sur l'évolution de l'ouverture commerciale de 1827 à 2014.

4) Climatiser la finance pour financer le climat, questions à Etienne Espagne, 31 janvier 2017.

La transition écologique exige des investissements très importants et ne pourra se faire sans une "climatisation" de l'ensemble de la finance (ou "finance-climat"), c'est-à-dire une réorientation des flux financiers vers des investissements bas carbone. Celle-ci sera aussi bénéfique à la stabilité financière, puisqu'elle permettra de limiter l'exposition de la finance aux risques climatiques et aux activités spéculatives. Etienne Espagne donne des exemples d'actions qui pourraient être mises en œuvre pour réaliser cette transformation en profondeur du secteur de la finance : informer sur le contenu en carbone des titres financiers, développer les banques publiques d'investissement, etc. Un billet intéressant pour éclairer les enjeux financiers de la transition écologique (thème "Économie du développement durable" en enseignement spécifique de terminale) et faire réfléchir les élèves au rôle des incitations dans les décisions économiques (enseignement spécifique de première).  

5) Décennie perdue dans la zone euro : stop ou encore ?, questions à Jérôme Héricourt et Fabien Tripier, 7 février 2017.

Après un retour sur la notion de "décennie perdue", Jérôme Héricourt et Fabien Tripier évoquent les causes et les conséquences des mauvais choix de politique économique en zone euro, qui ont contribué à transformer la crise de 2008-2009 en stagnation prolongée. Selon eux, afin de retrouver le chemin de la croissance à long terme, il faudrait éviter de sortir trop tôt de la politique monétaire accommodante actuelle et activer l'outil budgétaire (comme la Commission européenne a essayé de le faire en proposant le Plan Juncker). Mais mettre en place une véritable politique budgétaire commune supposerait des changements institutionnels majeurs au sein de la zone euro et donc de réconcilier les citoyens avec le projet européen, ce qui n'est pas gagné !

Ce billet est intéressant pour relier, dans le programme d'enseignement spécifique de terminale, la question des crises et des mécanismes entrainant la déflation et la dépression ("Comment expliquer l'instabilité de la croissance ?", thème 1) à celle de la coordination des politiques économiques au sein de la zone euro ("Quelle est la place de l'Union européenne dans l'économie globale ?", thème 2). Il peut être complété par les ressources suivantes, également utilisables en classe : des vidéos de "Dessine-moi l'éco" : Pourquoi la déflation peut-elle être dangereuse ? et Le budget de l'UE ; une vidéo de la Cité de l'économie et de la monnaie sur la politique monétaire ; une présentation du Pacte de stabilité et de croissance et des instruments de coordination budgétaire européenne sur le site Toute l'Europe ; deux courts articles de presse (Le Figaro et La Croix) sur le rejet par l'Eurogroupe d'une relance budgétaire en zone euro, en décembre 2016.

6) Régulation financière : le temps de la pause ?, questions à Jézabel Couppey-Soubeyran, 14 février 2017.

La question de la régulation du secteur bancaire et financier est pour l'instant peu présente dans les débats de la campagne présidentielle de 2017. En Europe et aux États-Unis avec l'élection de D. Trump, il semblerait qu'on se dirige vers une nouvelle phase de dérégulation financière. Pourtant, rappelle Jézabel Couppey-Soubeyran, les banques et la finance sont intrinsèquement instables et notre économie n'est pas à l'abri d'une nouvelle crise financière. Et, comme l'ont montré de récents travaux, trop de finance nuit à la croissance (voir aussi l'analyse de Michel Aglietta sur l'amplification des cycles financiers et leurs effets récessifs). Certes, des réformes ont été menées depuis la crise financière de 2008 pour mieux réguler les banques, mais, pour l'économiste, rien n'est totalement achevé ni suffisant (voir cette autre interview de Jézabel Couppey-Soubeyran sur les réformes du système bancaire et l'article de Jean-Paul Pollin et Jean-Luc Gaffard sur l'union bancaire européenne). La concentration du secteur bancaire français et l'essor du shadow banking demeurent une source de risque systémique en cas de crise financière. Au final, selon Jézabel Couppey-Soubeyran, «renforcer la régulation financière profiterait à la stabilité financière sans compromettre la croissance».

Ce billet permettra notamment d'introduire la question de la régulation du système financier en réponse aux crises financières en enseignement de spécialité "Economie approfondie" de terminale (thème 3 "Instabilité financière et régulation"). En amont, en lien avec la première question posée dans le billet, il pourrait être intéressant de demander aux élèves d'aller consulter les programmes des différents candidats à l'élection présidentielle pour voir quelles sont leurs propositions en matière de régulation financière.

7) L'immigration tire-t-elle les salaires et l'emploi vers le bas ?, questions à Anthony Edo, 21 février 2017.

Ce billet, qui traite de la question complexe et débattue de l'impact de l'immigration sur le marché du travail, complètera utilement l'interview d'Anthony Edo du 17 janvier sur la réalité de l'immigration en France. Pour démêler le vrai du faux, Anthony Edo s'appuie sur les travaux empiriques anciens et récents qui ont cherché à évaluer rigoureusement les effets de l'immigration sur les salaires et l'emploi. Il ressort de ces études économiques que l'immigration a un effet très marginal en moyenne, mais qu'elle génère des effets redistributifs (avec des perdants et des gagnants) qui dépendent de la structure de qualification des immigrés. Ainsi, Anthony Edo et Farid Toubal montrent, dans une analyse du CEPII, qu'en France entre 1990 et 2010, l'immigration, composée de travailleurs de plus en plus qualifiés, a redistribué la richesse des qualifiés vers les moins qualifiés et a donc contribué à réduire les inégalités salariales dans notre pays.

A signaler : la vidéo de "Dessine moi l'éco" sur le même thème, également utilisable en classe, Immigration : opportunité ou menace pour le marché du travail ? (janvier 2017).

8) Abandonner l'euro : possible ? profitable ?, questions à Anne-Laure Delatte, 28 février 2017.

Face aux dysfonctionnements de l'union monétaire européenne et à la perte de compétitivité de l'économie française, faut-il abandonner la monnaie unique ? Dans ce billet, Anne-Laure Delatte se penche sur les effets d'un retour au franc sur notre économie. Les avantages liés à la possibilité de déprécier notre monnaie et à une plus grande autonomie des politiques monétaires et budgétaires seraient en réalité assez limités. Les principaux inconvénients seraient le renchérissement des dettes des entreprises, dont une grande partie resterait libellée en euros, et des difficultés de financement extérieur pour l'État français dont plus de la moitié de la dette est détenue par des étrangers. Que faire dans ce cas pour conserver l'euro ? Pour Anne-Laure Delatte, il faudrait aller plus loin dans l'intégration européenne, en restructurant les dettes publiques des pays de la zone euro en difficulté et en avançant vers une union budgétaire pour autoriser les transferts entre États.

Ce billet est utilisable en classe pour réfléchir aux avantages et aux inconvénients de la monnaie unique pour l'économie française, une question abordée dans la partie "Quelle est la place de l'Union européenne dans l'économie globale ?" de l'enseignement spécifique de terminale (thème "Mondialisation, finance internationale et intégration européenne"). Il pourra servir de point de départ pour organiser un débat entre élèves "pour ou contre la sortie de l'euro". D'autres ressources en ligne (ou des extraits de celles-ci) permettront de creuser les arguments. Quelques suggestions : l'article d'Anne-Laure Delatte sur notre site Sortie de l'euro extrait de L'économie française 2015, la vidéo de Patrick Artus Euro : par ici la sortie ? sur XerfiCanal (20/02/2017) et ce Flash Économie Comprendre les effets d'une dévaluation (1/03/2017), un billet de Pierre Gruson sur The Conversation Abandonner l'euro : quand les fêtards auront dessaoulé… (9/03/2017), un billet du blog de l'OFCE Effets de bilan d'un éclatement de l'euro (12/01/2017), l'émission "L'économie en questions" sur France Culture sur le thème L'euro peut-il disparaître ? avec P. Artus, J. Creel, B. Coriat (25/02/2017), un billet de Daniel Cohen sur L'Obs L'euro : réformer ou périr (6/03/2017), un entretien avec Joseph Stiglitz pour Les Échos "Il faudra peut-être abandonner l'euro pour sauver le projet européen" (16/09/2016), une interview de Jacques Sapir pour Le Nouvel économiste (11/10/2016).

9) Le tout renouvelable est-il possible ?, questions à Stéphanie Monjon, 7 mars 2017.

Ce billet fait le point sur les énergies renouvelables, leur poids dans notre consommation énergétique, les progrès réalisés et les freins à leur développement.

10) L'Union européenne doit-elle continuer de signer des accords de libre-échange ?, questions à Jean Fouré, 14 mars 2017.

Ce billet explique la nature et les enjeux à la fois économiques et politiques des traités de libre-échange bilatéraux nommés "accords de deuxième ou de nouvelle génération". Ces accords portent principalement sur la réduction des obstacles non tarifaires au commerce international : harmonisation des normes sanitaires, techniques ou environnementales, accès aux marchés publics... En font partie le CETA conclu entre l'UE et le Canada en 2016 (ratifié par le Parlement européen le 15 février 2017), le Partenariat transatlantique (TIPP ou TAFTA) entre l'UE et les États-Unis (dont les négociations sont suspendues depuis l'élection de D. Trump), ou encore le Partenariat transpacifique (TPP) signé en octobre 2015 entre douze pays du Pacifique dont les États-Unis, le Canada ou le Japon. Jean Fouré revient sur les procédures de négociations des accords commerciaux conclus par l'UE et deux points très discutés de ceux-ci : le mécanisme de règlement des différends investisseur-État et le périmètre des services pouvant être fournis par un prestataire étranger. Un billet utile pour aborder la question du libre-échange sur le plan institutionnel, en lien avec l'actualité, et qui complètera celui de Sébastien Jean sur les politiques protectionnistes.

11) La zone euro a-t-elle perdu l'équilibre ?, questions à Sophie Piton, 21 mars 2017.

Depuis l'adoption de la monnaie unique, les déséquilibres des balances courantes se sont accentués au sein de la zone euro : certains pays ont vu leurs déficits se creuser tandis que d'autres ont accumulé les excédents. Sophie Piton explique dans ce billet l'origine de la détérioration des soldes courants des pays périphériques, leurs conséquences financières et les mesures prises pour les réduire. Le bilan des plans d'ajustement est en demi-teinte : les déficits ont été résorbés mais au prix d'une stagnation économique et de lourdes conséquences sociales. Et rien n'a été fait pour corriger les déséquilibres des pays excédentaires. Les divergences produites par le passage à l'euro sont toujours là. Il devient donc urgent, pour Sophie Piton, que l'union monétaire renoue avec le projet initial de convergence des niveaux de vie entre pays.

Ce billet est intéressant pour aider les élèves à réfléchir aux difficultés posées par l'union monétaire et aux problèmes de coordination macroéconomique qu'elle soulève, des questions abordées dans la partie "Quelle est la place de l'Union européenne dans l'économie globale ?" de l'enseignement spécifique de terminale (thème "Mondialisation, finance internationale et intégration européenne"). Il pourra être complété par cette interview de Michel Aglietta sur notre site : L'union monétaire européenne : quels bénéfices, quelles difficultés ? En enseignement de spécialité "Economie approfondie" de terminale, il peut être utilisé comme exemple de déséquilibres macroéconomiques susceptibles de créer une instabilité financière (partie "Comment expliquer les crises financières et réguler le système financier ?" du thème "Instabilité financière et régulation").

12) Peut-on se passer des capitaux chinois ?, questions à Andrea Goldstein et Françoise Lemoine, 28 mars 2017.

Faut-il avoir peur de l'économie chinoise ?, questions à Christophe Destais, 31 mars 2017.

L'économie chinoise est montée en puissance depuis les années 1990. Sa taille est désormais comparable à celle de la zone euro. Selon Christophe Destais, ses performances économiques trouvent leurs sources dans l'ouverture de la Chine aux investissements étrangers, la diversification de ses activités, ainsi que le développement de l'éducation et des infrastructures. Cependant, la Chine n'a pas encore achevé son rattrapage économique et de nombreux déséquilibres fragilisent son économie : une croissance encore fortement tirée par les exportations et pas assez par le marché intérieur, une dégradation de l'environnement, une accumulation inquiétante des dettes et un développement du shadow banking.

Un autre signe des performances économiques de la Chine est l'essor de ses IDE. Premier pays exportateur mondial, la Chine est aussi le deuxième investisseur international après les États-Unis. Mais la montée des investissements chinois en Europe dans l'industrie et les services, qui vise avant tout l'acquisition de brevets, de marques et de savoir-faire, inquiète les Européens, expliquent Andréa Goldstein et Françoise Lemoine. Sont soulignés le risque de perte de contrôle d'infrastructures ou de fleurons de notre industrie, celui d'appauvrissement du tissu industriel européen, alors que le marché chinois est, lui, difficile à pénétrer pour les Européens. Si les IDE chinois sont une source de financement dont il ne faudrait pas priver les entreprises européennes, il conviendrait alors, selon les deux économistes, de favoriser une ouverture réciproque, par l'application de règles équitables et transparentes pour les IDE et par l'établissement au niveau de l'UE de principes communs pour l'accueil des IDE en Europe.

13) En quoi les décisions des multinationales nous concernent-elles ?, questions à Antoine Vatan, 4 avril 2017.

Après le billet sur la multiplication des investissements de FMN chinoises en Europe, celui d'Antoine Vatan met l'accent sur le poids considérable des multinationales dans notre commerce international et dans l'activité économique en général. En France par exemple, plus de 90% des exportations sont réalisées par moins de 5% des entreprises. Mais l'influence des grands groupes sur notre économie va bien au-delà de leur activité propre, en raison des importantes externalités qu'ils engendrent. Du fait de leur taille, de leur poids à l'international et des liens tissés avec d'autres entreprises, les décisions des multinationales ont des répercussions sur l'ensemble de la collectivité. Elles affectent l'emploi, le niveau de production et de productivité des autres entreprises, ou encore la balance commerciale. C'est donc le bien-être de tous qui est affecté par ces externalités, externalités qu'il conviendrait d'internaliser, comme le préconisent les économistes, afin de limiter le pouvoir involontaire des multinationales.

Un billet qui peut être exploité en enseignement de spécialité "Economie approfondie" pour la partie "Stratégies d'entreprises et politiques de concurrence dans une économie globalisée". Il permet de remobiliser la notion d'externalité étudiée en première ("Quelles sont les principales défaillances du marché ?").

14) Comment redonner vie au projet européen ?, questions à Michel Aglietta, 11 avril 2017.

15) L'Union européenne est-elle naïve dans sa politique commerciale ?, questions à Sébastien Jean, 14 avril 2017.

16) À quoi tient la progression des salaires dans la finance ?, questions à Ariell Reshef, 18 avril 2017.

17) Hausses et baisses d'impôts : quels effets sur la croissance ?, questions à Thomas Grjebine, 25 avril 2017.

18) Où vont les profits des multinationales ?, questions à Laurence Nayman, 2 mai 2017.

19) La productivité du travail est-elle vouée à la stagnation ?, questions à Michel Fouquin, 5 mai 2017.

Faut-il craindre le retour du protectionnisme ? par Sébastien Jean

Questions à Sébastien Jean, directeur du CEPII.

photo de Sébastien Jean

Les critiques à l'encontre du libre-échange se multiplient, le processus de mondialisation a-t-il du plomb dans l'aile ?

La perception des conséquences du commerce international a, en effet, évolué de façon négative dans les opinions publiques et les débats politiques. En Europe, les négociations du Traité transatlantique (TTIP, ou TAFTA), puis la ratification de l'accord avec le Canada ont fait l'objet de débats virulents. Dans la campagne présidentielle américaine, Donald Trump réclamait une forte augmentation de la protection douanière américaine et Hillary Clinton critiquait vivement les accords commerciaux. Dans nombre de pays émergents, également, les gouvernements semblent désormais plus préoccupés de protéger leur marché que d'ouvrir des débouchés à leurs entreprises. Le contraste est frappant avec le climat du début des années 2000, lorsque la croissance échevelée des économies émergentes y faisait voir un eldorado, dans lequel il fallait absolument prendre position. Aujourd'hui, le ralentissement du commerce mondial a inversé la perspective : les échanges sont plus souvent considérés comme un jeu à somme nulle, dans lequel il faut protéger ses entreprises, car les gains des concurrents seraient nécessairement nos pertes.

Que se passerait-il si cet engouement récent pour le protectionnisme se concrétisait ?

Les demandes de protection sont compréhensibles, que ce soit de la part des entreprises pour protéger leurs profits ou de celle des salariés pour leur emploi. Mais leur coût est élevé pour l'économie dans son ensemble, essentiellement parce qu'elles renchérissent l'accès aux biens importés et qu'elles donnent lieu à des mesures de rétorsion de la part des partenaires, qui suppriment des débouchés aux industries performantes. Souvenons-nous de la tentative de nous protéger de l'importation des magnétoscopes japonais en 1982 : elle a coûté cher à l'Etat en manque à gagner de TVA et aux consommateurs en pouvoir d'achat, tout en échouant complètement à relancer l'électronique grand public français et son champion de l'époque, Thomson. Le principal risque est celui d'une guerre commerciale, dans laquelle les mesures protectionnistes des uns déclenchent les représailles des autres. Les avions, les produits de luxe et certaines spécialités alimentaires sont rapidement ciblés dans ces cas-là. La crise des années 1930 a montré l'enchaînement dramatique qui pouvait s'ensuivre. C'est d'ailleurs en réponse à ce traumatisme qu'a été fondé le système commercial multilatéral actuel, dans lequel les pays échangent des engagements de limitation de leur protection commerciale. Qui plus est, dans le contexte actuel, les barrières douanières sont en moyenne plus élevées sur les produits consommés par les ménages les moins riches, comme l'habillement ou les produits alimentaires. Ce sont donc les plus défavorisés qui, les premiers, pâtiraient du protectionnisme, contrairement à l'idée que l'on peut en avoir.

Si le protectionnisme n'est pas la solution, que peut-on faire pour les perdants de la mondialisation ?

Tout d'abord, faciliter l'ajustement des travailleurs par un effort accru de formation, initiale et professionnelle, et favoriser leur mobilité. Ensuite, s'assurer que les politiques publiques jouent efficacement leur rôle d'assurance et de redistribution. Au-delà, se pose la question de savoir s'il faut aider davantage quelqu'un qui perdrait son emploi du fait de la concurrence internationale, plutôt que d'un changement technologique ou d'une mauvaise orientation stratégique de son entreprise, à supposer que l'on puisse faire la part des causes. La réponse est loin d'être évidente, mais une différence doit être soulignée : la spécificité de la concurrence internationale est d'avoir le plus souvent un impact très concentré géographiquement. Si bien que celui qui a perdu son emploi risque aussi de voir la valeur de son logement baisser, voire peut-être l'emploi de son conjoint menacé. Et l'appauvrissement des collectivités locales qui s'ensuit peut à son tour être préjudiciable aux services qu'elles proposent. Toutes ces raisons plaident pour une action volontariste au niveau local pour compenser les coûts de la mondialisation. Enfin, il faut prendre acte de la forte demande de protection et de la défiance exprimée vis-à-vis de la mondialisation. Cela signifie que les échanges internationaux et leur cadre institutionnel doivent être plus clairement considérés et affichés non pas comme une fin en soi, mais comme des outils subordonnés à des objectifs plus larges comme l'emploi, l'environnement, le pouvoir d'achat ou l'innovation. 

Propos recueillis par Isabelle Bensidoun & Jézabel Couppey-Soubeyran.

Pour aller plus loin :

Emlinger C. et Fontagné L. [2013], "(Not) Made in France", La Lettre du CEPII, n°333, juin.

Fouquin M., Hugot J., Jean S. [2016], "Une brève histoire des mondialisations commerciales", in CEPII, L'économie mondiale 2017, La Découverte, coll. Repères, Paris.

Jean S. [2015], "Le ralentissement du commerce mondial annonce un changement de tendance", La Lettre du CEPII, n°356, septembre.

Jean S., "La fin du libre-échange a-t-elle sonné ?", Blog du CEPII, 27 février 2017.

Sur notre site :

- L'élection de Donald Trump va-t-elle bouleverser le commerce international américain ?, Interview de Sébastien Jean, 14 novembre 2016.

Quelques questions à Sébastien Jean sur l'histoire des mondialisations commerciales, 19 septembre 2016.

- L'évolution de l'ouverture commerciale de 1827 à 2014, Stats à la une, septembre 2016.

Les mutations du commerce international, présentation de l'atelier animé par Sébastien Jean lors des Jéco 2015.

 

Anne Châteauneuf-Malclès, avec la collaboration d'Isabelle Bensidoun et de Jézabel Couppey-Soubeyran (CEPII).

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